Actualités

Vis ma vie à Alexandrie : 48h dans la peau d’un volontaire.

FR - 23/07/2019

Il est 20h, le train s’arrête en gare. Les passagers sortent dans un brouhaha désorganisé. Il y a un monde fou. L’air, plus humide qu’au Caire, provoque bousculades et stress. Je suis tant bien que mal le petit groupe de volontaires pour finalement sortir de cette gare. Ça y est, me voilà à Alexandrie !

sos chretiens orient egypte alexandre le grandFondée en 331 avant Jésus-Christ par Alexandre le Grand, Alexandrie a été, durant l'époque hellénistique, la plus grande ville du monde grec. Ce fut notamment la capitale du pouvoir Lagide, ce qui lui conférait un rôle de premier plan dans la gestion administrative de l'Égypte et dans l'histoire de la dynastie ptolémaïque. Il remonte à loin, cet Alexandre Le Grand. Sa ville vivante et magnifique, qui abrita le phare d’Alexandrie, l’une des sept merveilles du monde disparu au XVe siècle, camoufle la misère et la détresse des chrétiens d’Orient. Il y a quelque mois, SOS Chrétiens d’Orient y a envoyé une équipe de volontaires, dont j’ai l’honneur de faire partie.

Me voilà à l’appartement de cette équipe de volontaires en mission à Alexandrie. Au programme de la journée de demain : le village des 500 et la maison de l’Espérance. 

Lundi, 8 heures : l’équipe est debout, les yeux cernés mais impatiente d’attaquer la journée. On sonne à la porte : voilà Mina, traducteur de l’équipe d’Alexandrie qui nous accompagne durant cette première matinée. Le village des 500 est un bidonville aux alentours d’Alexandrie. Contrairement à Ezbet el Nakhl, ou au bidonville du 15 May, le village des 500 abrite seulement 5 % de chrétiens. Une minorité que SOS Chrétiens d’Orient soutient depuis maintenant plusieurs mois.  Arrivés là-bas, nous assistons à la messe. Les fidèles nous fixent avec un grand sourire, ils nous serrent la main discrètement, avant de se concentrer sur la célébration. Je viens ici pour la première fois et j’ai l’impression qu’ils me connaissent déjà. En réalité c’est le cœur rouge sur fond blanc qu’ils reconnaissent !

Après la messe, Mina nous conduit à l’étage pour nous présenter le prêtre référent du bidonville. Ici, un seul bâtiment regroupe l’église, les salles de classes, les bureaux… Nous remettons un sac de médicament au prêtre, échangeons quelques mots sur la situation, et repartons.

En début d’après-midi, nous profitons de quelques heures de pause pour visiter la grande bibliothèque d’Alexandrie.

À 16 heures, nous reprenons les activités de mission. Nous passons le grand portail. Avec un peu d’appréhension j’avance à pas rapide vers la maison, tenue par des religieuses qui suivent les pas de Mère Térésa de Calcutta. Les résidentes lèvent les yeux vers nous et leurs yeux s’illuminent. Des grands sourires, un accueil chaleureux, une ambiance enfantine. Nous aidons au dîner, puis c’est l’heure de l’extinction des feux. Nous chantons tous ensemble, accompagnés à la guitare par l’un des volontaires, avant de repartir sur la pointe des pieds.

Mardi, 7 heures : direction la maison de l’Espérance. Là-bas, une dizaine de femmes handicapées nous attendent, les bras grands ouverts, le sourire aux lèvres. Nous jouons avec elles une partie de la matinée, avant d’improviser un concert de guitare et quelques chants, pour leur plus grand plaisir.

Dans le salon, un volontaire assis sur un canapé accorde sa guitare. Je m’installe sur un fauteuil entre deux résidentes, elles me prennent la main simultanément. Je leur souris. La joie se lit facilement sur leurs visages, elles n’essaient pas de la cacher. La guitare résonne, les mains claquent, les rires retentissent. On chante, on danse et on oublie tout pendant quelques instants. Plus de question, plus de dilemme. Notre attention est tournée vers ces femmes qui nous donnent une belle leçon de vie ; celle de saisir chaque occasion de sourire même quand tout va mal.

Comme la veille, nous passons l’après-midi à la maison des missionnaires de la Charité. Même lieu, même mission, et toujours plus de joie et de rire.

19 heures lance une activité très attendue : la maraude. Pendant la préparation des sacs que nous allons distribuer aux sans-abris d’Alexandrie, je suis interpellée par un enfant d’environ six ans. Il me regarde avec un sourire timide et après une petite hésitation il me tend un ballon de football. Je pose les cartons que j’ai dans les mains et le saisis. Son sourire s’élargit et il se précipite dehors en m’invitant à le suivre. Trois autres enfants attendent. Il leur dit quelque mot que mon faible niveau en arabe m’empêche de traduire et la partie commence.

Brièvement car l’heure du départ a sonnée. Répartis en plusieurs équipes, chacune accompagnée par des volontaires égyptiens, nous sillonnons les rues d’Alexandrie à la rencontre de personnes dans le besoin. À chacune, nous donnons un repas, une bouteille d’eau, des sourires, quelques mots.

À l’issue de cette maraude, l’esprit ailleurs, je me demande comment recommencer à vivre ma routine parisienne après avoir été confronté à cette réalité. Comment voir les choses et gérer les problèmes de la vie facile après avoir été confrontés à la misère du monde.

Mais la mission du volontaire commence comme cela. Elle commence lorsque nous rentrons en France après avoir vu de nos propres yeux une misère méconnue, inconsidérée. On pourra croire à une légende. Et la mission du volontaire rentrant en France est de témoigner de cela. Et pour les quelque Saint Thomas qui doivent le voir pour le croire, rejoignez-nous en Egypte !

Un article d'Alix-Anne, volontaire en Egypte.