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Témoignage volontaire : « Une partie de mon âme est restée en Irak. »

FR - 26/07/2019

Depuis plusieurs années, interpellée par le sort des chrétiens d’Orient, Albane rêvait de partir comme volontaire avec SOS Chrétiens d’Orient. En août 2018, elle réalise une première mission courte, « une formidable expérience » qui l’incite à rempiler.

« Lassée du mode de vie étudiant métro/boulot/apéro, je ressentais la nécessité de donner de mon temps aux autres. C’était décidé, je prenais une année de césure pour passer, entre autres, plusieurs mois en mission auprès des chrétiens d’Orient.

L’esprit léger et très enthousiaste, je m’envolais à nouveau pour l’Irak début avril. Je savais que chaque mission est unique et qu’il ne faut pas se faire d’idée préconçue mais apprendre le « lâcher-prise », comme on nous l’enseigne si bien ici. Je n’ai pas été déçue.

Je ne peux m’empêcher de rire en repensant à la tête que j’ai dû faire lorsque le chef de mission, venu me chercher à l’aéroport, m’a annoncé que je devenais chargée de communication, avec prise de fonction immédiate. Effectivement, je ne m’y attendais pas, pensant ne pas avoir de compétences particulières dans le domaine.

sos chretiens orient volontaire irak temoignageLes premiers jours sont donc un peu stressant, mais on prend rapidement la main. Même si les situations sont parfois cocasses, j’apprends vite de mes erreurs : oublier d’allumer le micro de la caméra lors d’une interview, ne pas anticiper la coupure d’électricité qui survient au mauvais moment … C’est beaucoup de travail mais c’est un beau défi que je suis ravie de relever. Je me rends compte que c’est une responsabilité très motivante qui permet d’avoir une vue très large sur l’ensemble des projets.

Après deux semaines passées à Erbil, vient le moment de faire un tour dans les villages périphériques pour collecter de l’information. Je me rends à Bana Sor, un village au milieu des montagnes, construit il y a une vingtaine d’années par des chrétiens fuyant Mossoul. Je suis très enthousiasmée par le projet de rénovation de l’église d’Aqra, la ville voisine. C’est ici que je passe la Semaine Sainte.

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Pour les Rameaux, je suis à Alqosh, magnifique village chrétien très ancien. La procession grandiose des habitants en costumes traditionnels et chantant à tue-tête me laisse ébahie. Les chrétiens d’Orient vivent pleinement les évènements et leur participation aux messes sont souvent très touchantes.

Le temps passe vite et l’on ne s’ennuie pas ! Je découvre les autres projets, les autres lieux de mission. Contrairement aux autres volontaires, en tant que chargée de communication, je me déplace beaucoup. Je passe une journée à droite, trois jours à gauche, une semaine à un autre endroit. Pendant les trajets, sur des routes en piteux état, j’apprends à faire du montage vidéo. C’est rudimentaire mais très efficace.

Au cours de ces déplacements, j’ai la chance de rencontrer de nombreux chrétiens, des prêtres ou évêques qui font beaucoup pour que leurs ouailles restent dans leur village. Je participe à la vie des communautés, partage leurs peines et leurs joies, assiste aux enterrements et mariages, baptêmes et premières communions.

Ils n’ont pas tous la même histoire, certains sont déplacés à Erbil après avoir fui la plaine de Ninive ou Mossoul dans des conditions terribles, d’autres vivent dans des villages très pauvres, sans travail. Beaucoup ont des problèmes de santé. La vie est extrêmement dure pour eux.

Certains ont tout perdu en fuyant Daesh, ont vu leur maison détruite, ont perdu des proches. D’autres se retrouvent seuls car tous leurs enfants ont émigré. Il est parfois impossible de comprendre comment ils arrivent à vivre après cela. Où trouvent-t-ils encore du courage ?

Nous avons parfois le sentiment de n’avoir aucun mérite. Nous nous sentons même petit face à eux. Les aider est pour moi un devoir, mais à leurs côtés je réalise que c’est un strict minimum. On ne vient pas pour sauver le monde, mais on tente d’apporter une petite pierre et de faire ce que l’on peut.

sos chretiens orient irak volontaire proche orient albaneMalgré le drame de toutes ces vies brisées, nous avons la chance de voir que notre présence est un rayon de soleil ; comme le montrent les sourire reconnaissants des femmes qui s’empressent de nous servir le thé et des repas toujours plus abondants, les salutations des hommes sur notre chemin quand nous nous rendons sur les chantiers, les rires des enfants qui, timides au début, ne veulent plus que se faire prendre en photos avec nous et jouer au football pour s’évader un instant de leur quotidien morose.

Les chrétiens d’Orient sont comme une société malade, presque dépressive. L’avenir est noir pour eux et pourtant ils tiennent. Même s’Il semble se cacher, Dieu est là. En témoigne leur piété populaire qui a disparu depuis longtemps en Occident. Peu d’entre eux veulent rester, se battre pour vivre avec leur foi, dans ce pays qu’ils n’arrivent plus à aimer. Mais ceux qui restent sont extrêmement édifiants, comme cette dame âgée.

Quoi qu’il en coûte, elle était encore prête à tout ; elle avait une grande confiance en Dieu et pour elle l’Irak valait la peine qu’on souffre et qu’on se batte pour elle. Quelle force ! Bien sûr l’Irak est un magnifique pays ; une des premières terres habitées, dans le croissant fertile, une terre biblique, celle de Ninive et de Babylone, celle du Prophète Naoun dont le livre est dans la Bible, et dont le tombeau est à Alqosh, une des premières terres chrétiennes, où se trouvent encore de magnifiques monastères. Mais, aujourd’hui, sa population chrétienne se réduit comme peau de chagrin, dans un silence assourdissant. Je suis inquiète pour eux.

J’ai beaucoup aimé ce pays, ce peuple chrétien fier, à la culture multimillénaire qui mets son honneur à recevoir ses hôtes de la meilleure façon, mais qui disparaît sous les persécutions et l’émigration qu’elles entrainent.

sos chretiens orient irak alqosh volontaire temoignageMon départ est douloureux. Une partie de mon âme est restée dans ces villages de montagne, et y restera tant qu’il y aura une présence chrétienne. On annonce que dans une vingtaine d’année cette présence aura disparu. Même si Daesh a perdu presque l’ensemble de ses territoires en Irak, la situation est loin de s’améliorer, en particulier pour les chrétiens. Cela semble une cause perdue mais on dit qu’il n’y a pas de plus belle cause à défendre que celle des causes perdues. Le miracle de la vie qui renait, sur le visage d’un enfant ravi qu’on lui enseigne le français, dans un village que l’on reconstruit ou dans une église que l’on réhabilite est déjà une grande victoire.

Si j’ai parfois eu le regret de ne pouvoir participer à certaines activités parce que je devais rester derrière mon ordinateur, j’ai vite compris que c’était une chance : d’abord parce que je pouvais avoir une vue d’ensemble sur la situation mais aussi parce que c’est une tâche essentielle. Les chrétiens d’Orient nous demandent qde faire connaître leur situation. Ils ont besoin de vos dons, de vos prières et de votre aide sur place.

Je n’oublierai jamais ma mission, et je n’ai qu’un seul regret : le temps  est passé beaucoup trop vite. Je remercie SOS Chrétiens d’Orient de m’avoir permis de vivre cette expérience inoubliable.

Si toi aussi tu rêves d’une expérience inoubliable, rejoins-nous, deviens volontaire chargée de communication !!^^

Albane, volontaire et chargée de communication en Irak.