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La chapelle de Khabab, un trésor caché en Syrie.

FR - 27/08/2019

« Check point ! »  Les volontaires se réveillent en sursaut. Par la fenêtre, la silhouette d’un joli village se dessine au loin, perdu entre les oliviers. Ils arrivent à Khabab. Ce village ne leur est pas inconnu, puisque chaque semaine, la même voiture prend la même route, et les emmène au même endroit. Mais Khabab est loin d’être des villes dont on se lasse. Située au sud de la capitale syrienne, Khabab est un des joyaux historiques de la Syrie

sos chretiens orient syrie khabab volontaire chapelleLes volontaires sortent de la voiture, et s’aventurent dans un chemin entre deux murs de pierres sombres. C’est parmi celles-ci que se cache aujourd’hui l’une des plus anciennes églises de notre histoire, construite au troisième siècle au-dessus d’un temple païen, qui aurait servi auparavant de lieu consacré aux dieux de la chance, Tika, pour qu’ils protègent de là-haut la récolte des villageois de Arizinooua et de Eishfirinoua.

Guidés par Athar, une habitante du village, nous pénétrons dans une grande cour, où les herbes folles acceptent peu de nous laisser passer jusqu’à l’entrée de la chapelle. Une douce sensation de fraîcheur nous surprend alors. Au centre de ce qui fut auparavant la nef, un rayon de soleil a réussi à se frayer un passage, à travers le toit éventré, et nous permet de contempler l’œuvre des ancêtres. Fascinés par cette architecture simple mais colossale, nous restons silencieux. Tête en l’air et bouche ouverte, nous scrutons presque deux-mille années d’histoire, superposées les unes au-dessus des autres en voûte.

Les yeux pétillants et fiers, Athar accélère notre saut dans le temps : « Ici se trouvait l’autel, d’abord utilisé pour les sacrifices, puis pour célébrer la sainte messe. Khabab s’appelait à cette époque « Abiba », ce qui signifie « les champs d’épis verts », en araméen. Ces grandes caves, à votre droite, servaient de tombeaux. La légende raconte qu’elles cacheraient encore de nos jours le trésor de la chapelle. Cette chapelle est restée à l’abandon durant toutes ces années, d’où son état. »

sos chretiens orient syrie khabab chapelleMon pied qui trébuche sur une racine, nous ramène brusquement au vingt-et-unième siècle. Oui, cette chapelle a été envahie par une colonie de figuiers, ronces, qui surmontent les pierres effondrées du plafond. De part et d’autre, toutes sortes de déchets dénoncent l’oubli, le temps, la vieillesse.

« Yallah ! » Le mot d’ordre est donné, chaque volontaire se munit d’un sceau, pelle ou balais, et commence le grand nettoyage. Pierres, terre, ronces, arbres, tout doit disparaitre de la grande nef, ainsi que des bas-côtés. Tout le monde trouve sa place dans ce beau projet, entre les sanguins qui s’attaquent à la végétation, les plus mélancoliques, à la découverte des vielles tomettes cachées par dix centimètres de terre.

sos chretiens orient syrie khababSoudain un énorme « BOOM » fait lever nos têtes au-delà du sol. Ramez, dans un élan incroyable, soulève les pierres qualifiées « importables », mais gênantes pour nettoyer le sol. Un fou rire général détend nos visages déjà colorés par la terre. Les Syriens sont vraiment surprenants !

En quelques heures, quelques semaines, le changement est radical. Au sol, les gravas ont laissé leur place aux tomettes rouges que l’on commence peu à peu à voir. Les murs, dévêtus du lierre, semblent plus imposants. Au fond, les pierres de l’autel se sont superposées, prêtes à être remontées comme d’antan. Sortant du lieu saint, la grande cour a perdu ses hautes tiges et ronces. Maintenant, le presbytère qu’elles défendaient, est facile d’accès.

sos chretiens orient syrie khabab volontaireMais le travail est loin d’être fini. Si les volontaires se succèderont à cette tâche, le projet durera encore pendant des années. Après le grand nettoyage, ce sont des architectes, des maçons, des ouvriers qui doivent venir nous aider. Même finie, cette chapelle n’est qu’un début, mais d’une grande importance. Elle est comme la première pierre que l’on pose dans une maison, et cette maison, c’est l’Histoire de la Syrie.

Avec la guerre et la crise, peu se sont intéressés à l’histoire de leur pays, puisqu’ils n’en avaient ni le temps, ni la priorité. Mais un pays qui ne s’attache pas à son histoire peut difficilement s’attacher à sa nation.

Par leur histoire, les Syriens retrouveront la force d’affronter l’ego des hommes, et nul ne pourra leur retirer cette richesse cachée dans leur cœur. Le trésor de cette chapelle, nous l’avons trouvé : ce n’est ni de l’or, ni des bijoux, mais c’est l’espérance qui se dégage d’un tel projet.

Cependant, un tel projet nécessite encore la participation de nombreux professionnels, que ce soit pour la reconstruction, l’électricité, ou autres, qui nécessitent du temps et de l’argent. Vous aussi, participez financièrement à ce projet, Faites un don.

Aliette, volontaire en Syrie depuis deux mois.

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