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Dossier Pakistan - Seul, parti de rien, le Père Parvez a sorti les pakistanais de l'esclavage.

FR - 06/09/2019

Les enfants s’accrochent aux branches d’un arbre qui ressemble étrangement à un Baobab, celui de Rafiki, dans le Roi Lion. Vêtu de sa kurda pajama bleutée, tenue traditionnelle pakistanaise, une pomme juteuse à la main, Badil gravit un sentier de terre durcit et craquelé aux abords duquel de hautes herbes et petits arbustes s’entremêlent. Au loin, un troupeau de chèvres se bat les quelques touffes d’herbe verte éparpillées autour de champs de fleurs de jaunes aux senteurs de jasmin.

A quelques encablures de ce terrain d’aventure, des petites maisons de briques parfaitement alignées abritent quelques deux-cent familles pakistanaises. Le village ne paie pas de mine et pourtant il accueille des familles autrefois en situation d’esclavage économique. Au sommet des murs de nombreuses bâtisses, des vêtements de bébé et quelques sweats sèchent au soleil. Sur un feu de camp, dans lequel quelques bûches de bois craquent sous l’effet de la chaleur, s’agite une casserole cabossée et noircit par le temps.

sos chretiens orient pakistan femme cuisineDrapée dans un sari aux motifs des milles et une nuits, Eicham surveille la cuisson du biryani, riz cuit richement assaisonné servi avec une sauce de viande de poulet. Un parfum doux et chaud de cannelle se mêle à celui entêtant et subtile du cury. Son époux agrippe le mécanisme de la pompe à eaux duquel s’écoule une eau limpide et claire. Le soleil est à son zénith, le village s’apprête à déguster ce met de choix, servit à la cour des empereurs à l’époque moghols. Installés à l’ombre d’un bosquet, le Père Parvez, curé de Pansara, Alexandre Goodarzy et François Xavier Gicquel, en charge du développement des actions de l’association, sont concentrés sur la partie de football lancées par quelques jeunes de la colonie. Slalomer entre les buffles sans leur tirer dedans est un art que les enfants maîtrisent bien.

Quelques semaines plus tard, le Père Parvez en voyage en France est reçu par les équipes de SOS Chrétiens d’Orient à Paris. Le tableau présenté est moins idyllique, éprouvant, douloureux.

Au cœur du Pundjab, le Père Parvez sillonne les terres accidentées et arides à la recherche des plus pauvres d’entre les pauvres, les oubliés du Pakistan, les chrétiens. Pendant quinze ans, ce père au grand cœur enseigne les séminaristes pakistanais jusqu’à ce jour où il est détaché dans la paroisse de Sainte-Thérèse-Bénédicte-de-la-Croix, de Pansara. Il est immédiatement confronté à la misère et à la mort, la typhoïde, la tuberculose, le choléra…

sos chretiens orient pakistan fabrique briqueDe la fumée, s’échappant d’une tour de terre cuite, s’élève vers le ciel. Un enfant aux cheveux roux, au pull rouge décoré de moutons, marche pieds-nus sur des rangées de briques sommairement empilées. Un homme rachitique, à la peau tannée par le soleil, bêche une terre boueuse. Un autre sans outils enduit de boue les murs briquetés de ce qui pourrait être un entrepôt, où sont stockées ces briques séchées. Ils sont une vingtaine, tous esclaves économiques. Ils sont au service de propriétaires peu scrupuleux qui les exploitent contre un salaire de misère et un abri sommaire. « Le soir de ma visite, je n’arrivai pas à dormir. Je devais faire quelque chose pour eux. Je ne pouvais imaginer que l’esclavage existait encore. Dans ces briqueteries, tous les jours, ils travaillent sans relâche, même s’ils sont malades pour payer leurs propriétaires. La dette est telle que certains paysans se retrouvent enchaînés à leur employeur à vie. »

A l’image de Mère Térésa, le Père Parvez se fait humble et, seul, se lance dans un projet impossible, le projet de sa vie : celui de libérer et faire vivre ces femmes obligées d’occuper les postes ingrats et de faire les basses besognes (nettoyer les rues, les maisons…), ces enfants illettrés, parfois enchaînés et affamés, ces pères qui travaillent douze heures par jours, parfois la nuit sans voir leur dette diminuer.

« Ils vivent tous dans une prison dont les murs peuvent s’écrouler sur eux à tout moment. Ce fut le cas pour ce couple. Ils étaient parvenus à réunir la somme nécessaire pour acheter leur liberté. Une nouvelle vie se profilait à l’horizon. Mais leur propriétaire y était farouchement opposé. Afin de les empêcher de quitter la briqueterie vivant, il les accuse d’avoir déchiré des pages du coran. La rue se charge de leur sort. Ils sont jetés dans le four à briques, brûlés vivant sous les yeux de leur enfant. La femme était enceinte de huit mois. »

A cette servitude économique s’ajoute la persécution religieuse. La loi sur le blasphème est invoquée de façon abusive et sert les intérêts des puissants. Victimes d’un sentiment haineux qui ne cesse de s’accroître par manque d'éducation, ils sont systématiquement pris pour cible dans les villages les plus reculés, malgré les tentatives répétées du gouvernement de contenir la situation.

« A Faisalabad, deux enfants ont été mis en prison pour avoir supposément envoyé des textos remplis de blasphèmes. Bien qu’ils aient été acquittés, ils ont été abattus dans la rue par des fanatiques qui les attendaient armés. »

Sans sourciller, le Père Parvez raconte son histoire, celles de ces « purs » assassinés injustement, comme cette femme qui avant de mourir se penche vers ses enfants, les enserrent dans ses bras en leur murmurant à l’oreille : « I will see you in heaven. »

Alors qu’un silence se fait, un sourire traverse le visage du Père mais ses yeux trahissent sa douleur. Et pour cause, sa famille aussi n’a pas été épargnée par la tragédie. Un de ses cousins souhaitait proposé un projet de loi adoucissant la loi sur le blasphème. A quelques jours de la présentation publique, il est tué de soixante balles dans la tête. Interrogés par l’un de nous sur sa force d’âme, le Père répond simplement : « Je souris beaucoup mais je pleure autant et je me bats toujours. »

sos chretiens orient pakistan esclave fabrique briqueSon combat : libérer des centaines de familles chrétiennes de l’esclave, leur donner un toit, un terrain et un avenir. Ce jour-là, un terrain vague s’étend à ses pieds à perte de vue. Il le comprend tout de suite : c’est ici, au milieu de nulle part, que son projet se réalisera.

Avec accord de sa hiérarchie, il commence à bâtir quelques maisons. Au début méfiants, ses paroissiens, convaincus par le succès de son entreprise auprès de voisins, se tournent désespérément vers le Père. Ils peuvent sortir de leur enfer et vivre ! « Après la messe, des centaines de familles venaient me voir. Mais je n’ai pas les moyens de tous les aider ! Tous les ans, je suis obligé de sélectionner une vingtaine de familles seulement. » Une fois libres, ces « affranchis » ont besoin de tout. « Je dois leur trouver un travail, rembourser les dettes accumulées (mariage, maladie, nourriture), scolariser leurs enfants… »

En plus de sa mission de prêtre, le Père apporte une présence réconfortante à ses paroissiens. Les longues heures qu’il passe chez eux lui permettent de les guider et de les sensibiliser à l’importance d’éduquer leurs enfants. En la matière, ses succès parlent pour lui !

sos chretiens orient pakistan ecole filles« Les trois-cent enfants qui fréquentent notre « Centre Cardinal Joseph Coutts » repartent toujours plein de joie chez eux, à tel point qu’ils sont nos premiers ambassadeurs auprès des parents récalcitrants. Contrairement à la plupart des enfants chrétiens, ils ont la chance de recevoir un minimum d’éducation, même si l’école n’a pas d’argent pour payer un professeur. Déjà, nous voyons de grandes avancées dans ce domaine de la jeunesse. Aujourd’hui, ils savent que Jésus n’est pas né à Karachi ! » lance le Père Parvez avec un grand sourire.

Aujourd’hui, son projet porte largement ses fruits. Une vingtaine de ses élèves féminines sont devenues infirmières, deux garçons travaillent dans un laboratoire médical, un est devenu séminariste. Des anciens briquetiers sont désormais épiciers, mécaniciens, vendeur de fruits. Soixante familles ont été affranchies économiquement et vivent dans la colonie du Christ Roi à Faisalabad.

« Les donateurs de SOS Chrétiens d’Orient ont permis de financer la construction de deux églises, d’un centre éducatif pour la jeunesse, de vingt-cinq maisons d’une valeur de 10.000€ unitaire à Karachi et de 1.000€ à Faisalabad. Chaque maison comporte une chambre, une salle à manger, une cuisine, une salle de bain, l’accès à l’eau et à l’électricité et est raccordé aux égouts. Je remercie l’équipe pour son amitié et présence. »

Notre silence est coupable. N’ayons pas peur de faire connaître le sort de ces milliers de chrétiens. Regardons la vérité en face. Faites un don.