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La renaissance du village chrétien syrien de Mhardeh.

FR - 30/08/2019

Nous sommes le vendredi 23 août, il est environ 20h, et nous venons à peine de rentrer de nos activités. Fatigué par cette longue journée, je m’affale presque sur le canapé du salon. C’est alors que je reçois un message de mon chef de mission qui va réussir à mobiliser le peu de force qu’il me reste pour me lever d’un coup car je n’en crois pas mes yeux : « Libération officielle de Mhardeh aujourd’hui ».

sos chretiens orient syrie mhardeh liberation eglise saint george volontaireCette nouvelle est tellement invraisemblable que je me sens obligé de vérifier. En effet, sur mon application du territoire Syrien en temps réel, Mhardeh est maintenant à plus de vingt kilomètres de la ligne de front. Tout s’est passé si vite. A ce moment-là, j’éprouve un sentiment de joie indescriptible et un grand soulagement pour toutes ces familles qui se sont battues pendant ces huit longues années. Après m’y être rendu trois fois ces derniers mois, j’ai le désir ardent de m’y rendre une nouvelle fois dans ce contexte extraordinaire. A ma grande surprise ce souhait sera exaucé car, quelques heures plus tard, notre chef vient nous annoncer que nous serons à Mhardeh ce dimanche. Cette journée sera sans aucun doute le point d’orgue de ma mission.

Si normalement la sonnerie du réveil le matin n’est pas une chose agréable, celle de ce dimanche à un timbre particulier, qui me rappelle pourquoi je dois me lever aussi tôt. Même si nous partons plus tôt qu’à l’accoutumée, il y a comme un bouillonnement d’excitation et d’impatience dans la maison. Après environ 1h de route, nous arrivons aux abords de Mhardeh. A l’entrée de la ville, les militaires du point de contrôle nous lancent des saluts de bienvenue très enjoués. Ils ont l’air tellement joyeux, et ce n’est que le début. Les rues sont peu remplies, car beaucoup de familles sont partis du village pour se reposer et profiter de ces derniers jours avant la rentrée des classes. Cela est sûrement aussi à cause du soleil qui rayonne déjà très fort alors qu’il n’est que 9h du matin. Nous arrivons à la maison de Monsieur Simon, le chef de la défense nationale. Nous y retrouvons sa femme Rima, ainsi que Fahed et le petit Simon, la star du village ! L’accueil y est toujours aussi convivial.

sos chretiens orient syrie mhardeh liberation baptemeNous entrons dans l’église Saint-Georges pour assister à la première messe après la libération, qui a une valeur très symbolique à nos yeux. Les paroissiens arrivent peu à peu jusqu’à ce que l’église soit entièrement pleine. Les magnifique chants orientaux de la chorale font résonner mon cœur et font monter au ciel mes prières d’action de grâce. A la fin de la messe, nous allons saluer le père Youssef qui a concélébré la messe. A notre grand étonnement il est très sollicité et quatre couples font la queue avec leurs nouveau-nés pour obtenir une bénédiction de sa main en cette occasion si singulière. Alors que son vieil âge et cette messe solennelle durcissent les traits de son visage, ils changent totalement lorsque qu’il tient ces jeunes enfants dans ses bras. Avec cet air joyeux qu’il arbore, c’est comme s’il mettait sa confiance dans cette nouvelle génération pour le futur de sa ville. Grands et petits allument des bougies dans le fond de l’église en signe de remerciement pour cette messe, nous faisons de même. Elles sont des dizaines à scintiller à côté des icônes. Reconnaissant le logo de l’association sur nos t-shirts, plusieurs personnes que nous n’avons jamais rencontrées viennent spontanément nous remercier chaleureusement d’être avec eux pour partager leur joie.

Dans la suite de la journée, nous avons la chance immense de recueillir les témoignages à chaud sur la libération de militaires et de civils, et leur discours est unanime. Johny, un militaire qui a étudié la littérature française, nous partage son ressenti : « c’était incroyable, magnifique ! Nous sommes si contents ! La joie est partout. Nous avons célébré, chanté, dansé. Tout le monde est sorti dans les rues ». Sarah, une militaire qui a étudié la langue anglaise, nous dit que « même sur le visage des enfants le bonheur est clair ! ». Des enfants qui depuis plusieurs années n’osaient pour certains même plus sortir de chez eux par peur des bombardements. Marah, une autre militaire, étudiante en chimie nous assure que « c’est une nouvelle naissance ».

sos chretiens orient syrie mhardeh liberation volontaire mere martyr majd kadissaMyriam, une mère de martyr, est partagée entre la joie et la tristesse, et aux bords des larmes. Elle est tellement heureuse pour sa ville mais si déçue que son fils n’ai pas pu assister à ce moment. Rima, la femme de monsieur Simon, en nous montrant un impact de missile sur sa fenêtre, nous dis que « pendant la guerre, nous avions très peur des fenêtres en direction du nord, car les missiles venaient de là ». Et dans un grand soulagement : « maintenant cette peur n’est plus là ». Elle espère beaucoup de cette nouvelle situation, et que pour la sécurité, l’économie, et les offres d’emploi, les choses soient à nouveau comme avant. Le maire de la ville, quand à lui, nous explique qu’à l’annonce de la libération « c’était comme dans un rêve », et termine sur un trait plus nuancé en disant que « la libération n’est pas complète, car il faudrait que tout le pays soit libéré, donc le bonheur n’est pas vraiment complet ».

Parmi tous les témoignages de ces gens, ressort une vraie volonté de paix. La sécurité était jusque-là pour eux un trésor perdu, sans carte pour le retrouver. Ce n’est seulement que depuis deux jours qu’ils ont retrouvé ce trésor, et que la ville renaît. Durant ces huit années d’épreuves, ils sont restés solidaires. Et malgré les 11.000 missiles tombés sur la ville, la plupart des bâtiments étaient reconstruits en quelques jours. Ces gens sont un exemple d’entraide. Ils sont aussi un modèle d’engagement, car pour beaucoup d’entre eux ce ne sont pas des militaires de carrière. Ce sont des gens qui ont arrêté leurs études, leur métier, sacrifier des années entières pour sauvegarder leur ville. Leur paix, ils la méritent plus que n’importe qui. Au moment où j’écris ces lignes, je me pose cette question : « Aurais-je eu le courage de faire de même à leur place ? ».

Louis-Alban, volontaire en Syrie depuis un an.

Maintenant que le village est loin de la ligne de front, SOS Chrétiens d'Orient continuera d'apporter son aide aux chrétiens de Mhardeh. Maintenant qu'ils vont reconstruire, soutenez-les.