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Une journée au paradis pour les familles irakiennes qui ont connu l’enfer.

FR - 02/09/2019

Le dimanche 25 août, les volontaires ont décidé de partager leur journée de repos avec les réfugiés, autour d’un grand pique-nique dans un parc non loin d’Amman. Des bus sont affrétés pour les amener et les ramener chez eux. Notre groupe de volontaires arrive tôt dans la matinée pour préparer le lieu du pique-nique. A une trentaine de minutes de voiture de la capitale, nous découvrons un complexe étendu sur plusieurs paliers, à flanc de montagne. Depuis l’entrée, La vue est à couper le souffle. Un panorama composé de montagnes rocailleuses, de sable jaune et de verdure s’offre à nous, le tout rehaussé d’un ciel bleu azur.

Les différentes terrasses sont couvertes de toiles en tissus aux couleurs vives et de canisse. Les ombres jaunes, vertes, oranges et bleues s’étendent sur le sol, projetées par le soleil dont la chaleur brûle déjà la peau. Dans le ciel, pas un nuage ne vient nuancer le bleu éclatant. Alors que nous descendons les paliers, de nombreuses rigoles remplies d’eau traversent le complexe et tombent de terrasse en terrasse. C’est inhabituel, compte tenu de la rareté de l’eau dans les régions arides comme le désert jordanien, que nous apercevons au loin, dans le fond de la vallée. Le propriétaire du parc nous présente les plateformes de béton sur lesquelles se dérouleront les festivités.

Le palier qui nous a été réservé est spacieux, il est composé d’un vaste espace rempli de tables et de chaises, d’une piste de dance. Nous découvrons à notre plus grande surprise, au centre du palier, une grande piscine composée de deux bassins de céramique bleue, dans lesquels s’écoule l’eau des rigoles, croisées un peu plus tôt.

Peu de temps après, les premiers bus arrivent, avec eux les premières familles. Nous les avons toutes déjà visitées au moins une fois, de sorte que nous reconnaissons des visages connus, tandis que d’autres familles nous saluent d’un geste de la main. Le premier groupe découvre la terrasse avec émerveillement. Les cris excités des plus jeunes et des moins jeunes retentissent à la vue des bassins de nage. Les piscines sont extrêmement rares dans ces pays chaud où l’eau vient facilement à manquer, c’est donc avec un plaisir immense que les réfugiés redécouvrent le plaisir de se baigner.

sos chretiens orient jordanie vacancesChacun s’installe avec ses proches à une table, et les festivités commencent. Au fur et à mesure que les plats sortent des sacs et que les plateaux se recouvrent de mets plus délicieux les uns que les autres, les fragrances d’épices et d’aromates emplissent tout l’espace. Les spécialités locales et irakiennes apparaissent en toutes les formes et couleurs. Poivrons farcis, yaourt, feuilles de vigne, riz teinté de curry ou encore poulet mariné, rien ne saurait manquer autour des tables des familles rassemblées. Dans le fond, un filet de fumée s’échappe du coin barbecue et ajoute à la scène une senteur de bois brûlé.

Alors que le groupe des volontaires déambule entre les tables afin de s’assurer que tout le monde est bien installé, ils sont interceptés par des familles qui leur proposent de goûter les plats qu’elles ont préparés. Après avoir dégusté des mets plus exquis les uns que les autres, et bu le thé avec les adultes qui parlent un peu anglais, souvent avec l’aide de leurs enfants qui font office de traducteurs, il est temps de se rafraîchir !

sos chretiens orient jordanie enfant irakienLes enfants enfilent leurs maillots de bains colorés et bouées aux formes étonnantes, les adultes les suivent dans un même élan d’excitation. Le bassin bleu se remplit rapidement de cris, de bouées et de joie alors qu’il se vide au même moment de son eau, au rythme des sauts et plongeons. Si les enfants passent l’intégralité de l’après-midi à barboter, les adultes, une fois rafraîchis, se rassemblent sur la piste de dance pour pratiquer leur passe-temps favori : la danse traditionnelle irakienne ! Musiques au rythme effréné et aux sonorités orientales se succèdent alors que les plus grands forment un grand rond, main dans la main, et tournent à grand renfort de passes parfois compliquées, marquant le tempo de leur pas jovial. Les volontaires se joignent à eux et essayent tant bien que mal de copier les pas des danseurs. Il n’est pas aisé de suivre les mouvements de ce peuple qui a le rythme dans la peau ! Cependant, même si l’imitation reste imparfaite, tous s’amusent.

sos chretiens orient bingo jordanie refugie irakienUne bonne heure et demie plus tard, l’attraction de l’après-midi est lancée : un bingo. Chaque famille se munit d’une plaquette de bois blanche couverte de nombres et se rassemble autour de la table centrale d’où sont tirées les boules colorées indiquant les chiffres gagnants. La tension est à son comble : tous désirent gagner un des cinq prix prévus pour l’occasion. La joyeuse cohue explose en cris de joie alors que le premier prix est décerné. Puis, les familles retournent à leur table alors que les ombres s’allongent, le soleil est sur le point de se coucher. Ses rayons dorés donnent à la scène une allure surréaliste.

Le temps d’une après-midi, ces familles, qui ont tout perdu parfois en l’espace d’une nuit, ont pu oublier les tracas du quotidien, oublier qu’ils sont réfugiés dans un pays qui n’est pas le leur, oublier cette situation qui ne laisse de place qu’à l’espérance et la foi. Cette scène me rappela une chanson longtemps oubliée, un murmure au fond de mon esprit : « Car il n’est que l’espérance, pour animer notre cœur, qui de nos plus noires souffrances, sait toujours être vainqueur ».

Une fois le soleil disparu derrière les montagnes, l’obscurité s'installe et les luminaires accrochés aux toiles de couleur s'illuminent pour éclairer le pallier. Cependant, avec la tombée de la nuit, l’heure du coucher des plus jeunes a sonné. Il est temps pour les familles de se rhabiller, de plier leurs affaires et de rentrer chez elles. Les bus repartent un à un, remplis de sourires et de souvenirs heureux.

Et c’est à notre tour de les suivre maintenant, exténués mais le sourire aux lèvres. Lors de ces quelques heures passées en leur compagnie, ces enfants, ces jeunes et ces adultes nous ont offert le plus beau des cadeaux : le bonheur de rendre les gens heureux.

Louis Marie, volontaire en Jordanie.

Une journée comme celle-ci coûte 5 euros par personne pour les transports et la réservation du lieu. Afin d’aider SOS Chrétiens d’Orient à rendre le sourire à ces personnes qui ont tout perdu, faites un don !