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Syrie - Le souvenir polonais fortement ancré à Maaloula.

FR - 03/09/2019

Les années passent mais la mémoire reste…

C’était au cours de la Seconde guerre mondiale. Suite aux accords Sikorski-Maïski entre l’URSS et la Pologne visant à relâcher les prisonniers polonais retenus dans les goulags, Wladyslaw Albert ANDERS, général de l’armée polonaise détenu à Moscou, les organise en une armée qui deviendra le 2ème corps polonais.

En 1942, 50.000 soldats accompagnés de 65.000 civils quittent la Sibérie pour rejoindre le Moyen-Orient. C’est le début d’une grande épopée.

monte cassino

Avant de se battre en Europe, les militaires s’entraînent au maniement des armes pendant deux ans. De l’Irak à l’Egypte, en passant par la Syrie et la Palestine, tous entendent parler de cette armée qui monte en puissance.

En février 1944, le 2ème corps polonais rejoint la 8ème armée britannique en Italie. La remontée vers le Nord est semée de grandes victoires qui permettent la chute de l’Allemagne nazie : la prise du monastère de Monte Cassino le fait entrer dans l’Histoire. Plus tard, sa contribution efficace engendre des succès retentissants pour les forces alliées : chute de la Ligne Adolf Hitler, prise d’Ancône, bataille pour la rivière Metauro, bataille pour Faenza, chute de la Ligne Gothique, prise de Boulogne…

afp photo polish institute and sikorski museum

Petit-à-petit, les effectifs augmentent avec le renfort de Polonais, qui avaient été capturés et incorporés de force dans les unités allemandes. De 500.00 hommes, le 2ème corps polonais passe ainsi à 100.000 hommes. Ce corps était même accompagné du caporal Wojtek, un ours qui servait de mascotte et affecté à une compagnie de transport.

Au cours de leur entraînement en Moyen-Orient, les militaires s’arrêtent à Maaloula où ils sont chaleureusement accueillis par l’ensemble de la population. En remerciement, le Général Wladyslaw ANDERS revient après la victoire pour donner deux grandes icônes du Christ bénissant et de la Vierge tenant le Christ au monastère Saint-Serge-et-Saint-Bacchus. Malheureusement, pendant l’hiver 2013-2014, les djihadistes occupant le village pillent et volent son trésor iconographique.

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Le temps a passé. En juin 2019, des Polonais nourrissent l’idée de remplacer celles dérobées. En deux mois, ces icônes sont de nouveaux écrites et amenées par une délégation composée des associations « Caritas Lodz » (diocèse situé près de Varsovie) et « Domus orientalis », accompagnées par les Pères Andrzej PARTYKA et Przemyslaw SZEWCZYK.

A peine finies, à peine sèches, les icônes sont envoyées à Maaloula suintant encore de cette huile de lin qui les protège. Le 27 août 2019, lors de leur bénédiction et de la messe célébrée par le Père Toufik, l’émotion est palpable. Syriens et Polonais, tous sont bouleversés de joie par le retour de ces objets sacrés. Le cœur du monastère ressemble à celui d’avant-guerre. Enfin, les villageois pourront se recueillir devant des icônes et non pas devant des images collées sur du bois.

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Les hymnes byzantins alternent avec les chants polonais et anglais. Une fois la cérémonie finit, Maaloulites et Polonais approchent à pas feutrés pour admirer de près ce travail, réalisé dans un temps exceptionnellement court. Maaloulites et Polonais retiennent leur souffle devant l’admirable finesse de l’écriture des icônes. Maaloulites et Polonais rendent grâce pour l’achèvement de ce projet et pour le commencement d’une nouvelle ère.

Malgré l’éloignement géographique et temporel, le lien entre un village et un pays reste fort. Ces liens sont signes d’Espérance pour le village de Maaloula et pour toute la Syrie.