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Témoignage volontaire – Elisabeth, mère de famille, trouve dans un bidonville le sens de la souffrance.

FR - 20/09/2019

D’aucuns jugeront que dans ma situation je n’avais rien à faire en Égypte, au mieux que je me suis accordée des vacances, au pire que j’ai fui mes responsabilités laissant en plan ma famille et en suspend mes problèmes.

Cet humble témoignage, retracera simplement l’expérience humaine, difficile mais belle, qui m’aura permis de me hisser au-dessus de moi-même et de me détacher un peu de tout ce qui entravait à la spontanéité de mon âme accablée de milles inquiétudes et affamée de miséricorde.

J’étais à la fois trop et pas assez. Comprenne qui pourra.

A la fin de l’année scolaire, alors que « l’histoire de Mère Teresa racontée aux enfants » tourne en boucle dans la voiture, je regarde mes enfants en bonne santé, heureux à la perspective des grandes vacances, rêvant de camps scouts, de cousinades et du programme à venir avec leur père. Partir aider ceux dont la vie a accordé moins de chances devenait quasi une nécessité pour moi. Je n’arrivais plus trop à trouver et à donner beaucoup de joie autour de moi non plus je l’avoue. Les retraites spirituelles sont très bénéfiques mais parfois certaines âmes, dont je fais partie, ont besoin de plus de radicalité.

sos chretiens orient egypte temoignage volontaireJ’ai donc décidé de partir avec SOS chrétiens d’Orient. Je connais bien et je suivais cette association depuis longtemps. Je me disais aussi qu’être loin et dans ces conditions m’empêcherait de me projeter avec mes enfants, pour ne pas qu’ils me manquent trop. Ça n’a pas vraiment été une surprise pour eux, malgré quelques appréhensions dues à la distance et au lieu. Nous parlions beaucoup de nos frères chrétiens d’Orient à la maison. C’est une cause qui m’est chère et ils ont bien compris pourquoi leur maman partait. J’ai d’ailleurs bon espoir que leur établissement scolaire participe au projet en cours concernant la construction d’une nouvelle école pour les petits chiffonniers du Caire, d’où mon choix pour l’Égypte.

La conviction intime qui avait motivé mon départ et ne m’a jamais quitté tenait dans ce texte :

« Je vous le demande, mes frères, que voulez-vous, que cherchez-vous quand vous venez à l'église ? Quoi donc, sinon la miséricorde ? Donnez celle de la terre, et vous recevrez celle du ciel. Le pauvre te demande, et tu demandes à Dieu : il demande une bouchée de pain, et toi, la vie éternelle.

Ne méprise donc pas la misère des pauvres, si tu veux espérer avec confiance le pardon de tes péchés. Ce qu’ils reçoivent sur la terre, ils le rendent dans le ciel. »

Plutôt de nature solitaire, mais pas totalement asociale...Je redoutais la vie en communauté et le jeune âge des volontaires plus que les conditions de vie en elles-mêmes pour lesquelles étrangement j’étais moins inquiète.

En quelques jours et au fil des rencontres avec mes nouveaux congénères, j’étais totalement rassurée tant la maturité, la générosité et le parcours personnel de la plupart de ces jeunes sont remarquables. Il demeure encore une jeunesse française bien câblée qui fait plaisir à voir et je les enjoints tous à toujours conserver cette belle qualité d’empathie envers les plus faibles car notre société en manque cruellement.

J’ai d’ailleurs tissé des liens amicaux avec certains qui ont partagé cette mission avec moi, courageux et dévoués, ils m’ont accordé tout naturellement une place parmi eux.

sos chretiens orient egypte volontaire temoignageLes conditions parfois extrêmes peuvent nous révéler, encore bien ancrés au fond de nous-même, certaines qualités de notre personnalité que l’on croyait disparues ou cassées avec le temps et les difficultés de la vie. Ainsi mon enthousiasme et une bonne humeur retrouvée venaient peu à peu remplacer ma nervosité. J'étais là pour les autres. Et c'est tout. Et de cette pensée, je pouvais ressentir une grande spontanéité et une certaine liberté. Celle d’être moi-même. Et du mieux possible. Voilà le secret du bonheur comme l’écrivait Georges Bernanos « Trouver sa joie dans la joie de l’autre. »

J’ai eu la chance d’être envoyée rapidement à Ezbet El Nakl « la ferme de palmeraie » qui, comme son nom ne l’indique pas, est un des bidonvilles les plus pauvres du Caire, oubliés de l’État et d’ailleurs quasi inconnu de certains égyptiens. Y vivent pourtant plus de 800.000 personnes, à 90 % chrétiens, dont 100.000 enfants de moins de 5 ans.

L’accueil de la population locale, les nombreux enfants qui accourent à notre passage pour nous taper dans la main ou nous embrasser ainsi que les sourires bienveillants des femmes en retrait m’ont permis une immersion vraie, rapide et totale.

Les activités ne manquaient pas. SOS Chrétiens d’Orient en Égypte mène énormément d’actions en faveur des enfants, des pauvres, des malades et des personnes âgées, isolées ou handicapées.

Je m’arrêterais sur une des personnes qui m’a le plus bouleversée autant qu’elle m’a confortée dans ma Foi: la visite à « nos voisins du rez-de-chaussée » trois fois par semaine.

sos chretiens orient egypte handicape ezbet el nakhlDans la même pièce fermée, sombre, crasseuse, malodorante et à la chaleur écrasante, vivent mélangés une trentaine d’enfants et d’adultes tous avec un handicap sévère, moteur au mental, dont la pathologie était tatouée sur leurs bras avec leur prénom.

De la petite fille tétraplégique, les yeux dans le vide, à même le sol sans fauteuil, au gros gaillard de quarante ans qui crie très fort en faisant de grands gestes, en passant par le petit Abanoub recroquevillé, inquiet et maigre, en manque total d’affection, c’est la plus déroutante des situations.

Pourquoi vivre dans ces conditions? A quoi sert d’y aller? qu’est-ce que ça changera? Quel est le sens de toute cette souffrance ?

Et bien justement, c’est au milieu de cette « cour des miracles » que je ressentais le plus la présence de Dieu.

Sans la foi en effet, comment comprendre cela ? Seul Dieu peut faire que le non-sens prenne sens. Seul Dieu peut transcender cette misère écrasante. Je le crois.

Les visages défigurés de chacune de ces personnes malmenées, méprisées, cassées, sont le visage du Christ. Chaque vie compte, même si elle n’est que laideur, maladie ou souffrance.

Jouer, rire, apporter de l’affection, mes amis volontaires et moi-même ne faisions pas grand-chose quand on y pense, je ne dis pas que c’était facile mais on puisait juste le bon au fond de nous et c’était authentique. Impossible de tricher ici.

sos chretiens orient egypte volontaire ezbet el nakhlAlors ce petit garçon, Abanoub, qui avait l’âge de mon fils mais n’arrivait pas à tenir un petit crayon ou empiler un lego, et pour qui mon affection grandissait au fil des rencontres, je ne trouvais autre chose à faire qu’a le confier au Seigneur et lui parler de Lui. Avec cette certitude que chacun est aimé de Dieu personnellement et lui sans doute tout particulièrement par la Maman de toutes les mamans.

En le signant à la veille de mon départ je l’ai remercié et je lui ai demandé dans le creux de l’oreille qu’il veuille bien se souvenir de mon visage quand il aura rejoint Jésus et qu’il sera heureux là-haut, dans sa vraie maison.

Je sais qu’il m’a comprise car dans cette pièce il n’y a que le cœur qui s’exprime.

SOS Chrétiens d’Orient et les chefs sur le terrain tiennent leurs engagements avec sérieux, dans la durée et pas seulement le temps des vacances ou d’un été. Je suis rassurée rien qu’à cette idée qu’il y ait une continuité et qu’Abanoub esquissera encore un petit sourire discret sur son front inquiet en voyant apparaître les tee-shirts blancs marqués d’un cœur rouge qui viennent passer un peu de temps auprès de lui.

Chaque personne est unique et chaque vie a un grand prix aux yeux de Dieu: voilà notre leitmotiv. Voilà qui donne sens à chacun de nos passages.

Lorsque l’on reste seulement un mois, comme c’était mon cas, on ne vient pas pour changer les choses, ni transformer le bidonville, la vie ou le destin des chiffonniers et des pauvres que nous rencontrons, nous sommes juste « des serviteurs inutiles » qui « donnons nos mains pour servir et nos cœurs pour aimer, » comme disait Mère Teresa.

Si on commence à se demander si tout ça en vaut la peine, qu’on est parti bien loin pour ça, qu’on aurait pu le faire dans son pays, c’est finalement bien arrogant et donner beaucoup trop de valeur à ses propres efforts.

J’ai dû, je l’avoue, m’en persuader plus d’une fois au début, tant la pauvreté des gens est immense et les situations désespérément dramatiques dans ce pays mais ce n’est pas le jugement qui nous est demandé, c’est le sacrifice.

Alors Yallah!

Yallah! Cette injonction bien connue de ce cher Docteur Adel que j’ai eu la chance de rencontrer. Un homme bon et infatigable qui a consacré toute sa vie et sa carrière aux chiffonniers d’Ezbet El-Nakhl en suivant tout jeune sœur Emmanuelle. Il a permis « grâce au seigneur » comme il aime à répéter avec son beau sourire, la création du Centre Salam au beau milieu du bidonville avec la présence d’une crèche, d’un hôpital, d’une école, d’un centre d’accueil pour handicapés, d’une maternité, de cours de soutien, de formations à l’hygiène et à la vaccination.

C’est au Centre Salam que vivent les religieuses coptes orthodoxes « les filles de Marie » à qui nous avons beaucoup de plaisir à enseigner le français. Nous poussons une petite porte au beau milieu de la fureur et des odeurs du souk d’Ezbet El-Nakhl et tout respire miraculeusement la paix avec enfin des fleurs, des arbres et le chant des oiseaux.

Le docteur Adel a eu la gentillesse de nous conduire pour le 15 août au lieu des apparitions de la vierge à Zeitoun, qu’il a eu le magnifique privilège de voir et son regard clair l’atteste à n’en pas douter. J’ai eu beaucoup de plaisir à échanger avec lui. Par son humble proximité avec le Seigneur et la Sainte Vierge il m’a lui aussi permise de m’en rapprocher un peu plus et de m’enseiger que l’action véritable ne peut s’enraciner que dans une authentique vie spirituelle.

sos chretiens orient egypte chiffonniers du ciare ezbet el nakhlJe pense bien sûr aussi à toutes les femmes et les jeunes filles que j’ai rencontrées. J’ai été frappée par leur courage et leur force malgré les conditions de vie extrêmement difficiles, le dur labeur qu’elles exécutent avec résignation dans le tri des déchets, leurs abris de fortune, la chaleur, la fatigue, la rudesse omniprésente.

La communication était sommaire entre nous à Ezbet El-Nakhl à cause de la barrière de la langue mais les sourires entre mamans, en observant un enfant qui joue, en veillant un enfant qui dort ou en consolant un enfant qui pleure, peuvent en dire long.

Un regard même suffisait parfois pour savoir oh combien c’était difficile d’élever ces petits amours dans de pareilles conditions. Mon Dieu que je me sentais loin de certaines de mes contrariétés « à l’occidentale » qui me pesaient avant mon départ. Elles portent et supportent tant ces femmes en terre d’Orient et qui plus est en terre musulmane.

sos chretiens orient egypte sainte familleEnfin j’aime cette idée d’avoir foulé la même terre que la Sainte Famille. Et peut-être que je me trompe (je n’ai pas eu de visions...) mais même si la fuite en Égypte a été forcée et appréhendée, cela a peut-être aussi été pour la Sainte Vierge une douce période durant laquelle elle s’est pleinement occupée de son petit bébé. En amour et en contemplation pour son Dieu qui s’était humanisé dans ses bras et qui grandissait là sous la bienveillance protectrice de Saint Joseph, parmi les pauvres et à l’abri des regards.

C’est loin sur cette terre d’Egypte que je suis allée nourrir, à nouveau, ma Foi , selon mes petits moyens mais en toute authenticité, la partageant fièrement avec mes frères et sœurs chrétiens d’Orient.

C’était ma « fuite en Égypte » à moi.

Elisabeth, 37 ans, mère au foyer, volontaire en Égypte pendant un mois.

Si toi aussi tu rêves d’une expérience inoubliable, rejoins-nous, deviens volontaire !

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