Actualités

Témoignage volontaire en Syrie - Après avoir survécu, il leur faut vivre de nouveau.

FR - 13/09/2019

Voilà, c'est arrivé, je rentre en France. J’en avais presque oublié que ce jour arriverait. Lorsque j'avais choisi début 2018 de partir avec SOS Chrétiens d’Orient, un an me paraissait à la fois long et nécessaire. Cela me paraît toujours aussi nécessaire de partir pour une longue durée, mais ma mission quant à elle est passée si vite. Après cette année, il y a tellement de souvenirs que je voudrais partager et il y a tellement de gens que je voudrais remercier. Mais évidemment une simple énumération serait fastidieuse. Je vais donc m’astreindre à vous délivrer un condensé de ma vie dans ce pays riche de sa culture, sa diversité, et ses habitants.

sos chretiens orient syrie homsEn quittant Homs, cette ville où j'ai passé onze mois de ma vie, je me suis rendu compte que je ne la connaissais que peu. Beaucoup de ses quartiers nous y étaient interdits pour notre sécurité et les balades que nous y faisions se résumaient à quelques quartiers proches de notre maison. J’étais donc à l’affut de chaque détail que je pourrais stocker dans ma mémoire et ramener avec moi en France, ces petites choses insignifiantes qui m’auraient échappées après un an.

« On se rend compte de l’importance des choses qu’après les avoir perdu ».

En effet : je perdais la Syrie au fur et à mesure que je m’en éloignais, et de retour en France je prends conscience de l’importance d’un retour à l’essentiel et de toutes ces choses fondamentales de la vie que j’ai retrouvé en Syrie.

Parmi elles, l’hospitalité des Syriens m’a particulièrement touché. On l’entend souvent dire, mais le vivre est différent. Ces gens que l’on ne connaît pas, qui ne nous connaissent pas, qui ont une culture différente, parfois sont d’une religion différente, et qui sans cesse nous invitent chez eux. Ils sont toujours ravis de partager un repas ou simplement boire le thé avec nous. Cela fait un peu mal à l’égo mais après tout ce n’est pas plus mal : leur sens de l’accueil est beaucoup plus naturel que chez nous.

Dîtes-vous qu’ils sont prêts à recevoir de la visite à n’importe quel moment, car il y a toujours des plats déjà préparés pour une occasion improvisée. Ils se font un point d’honneur à ce que leurs invités ne manquent de rien. Je me revois encore à Sadad, assis devant le poêle avec mon assiette que je viens de terminer. A peine ais-je tourné la tête quelques secondes pour m’adresser à mon voisin qu’elle est de nouveau remplie par Angie, huit ans, sous le regard avisé et fier de sa maman.

Le même soir, nous fêtons l’anniversaire du papa, et bien qu’ils ne soient pas riches, la maman a acheté un magnifique gâteau très coloré. Des oncles et tantes, jusqu’à la grand-mère, presque toute la famille est présente. Nous sommes tous rassemblés dans le petit salon, la seule pièce chauffée de la maison. Car en cet hiver particulièrement humide, il fait très froid dans les maisons.

sos chretiens orient syrie sadad hiver volontaireL’isolation étant inexistante, il est très rare de voir plus d’une pièce chauffée dans la maison. Pour ne pas arranger les choses, le mazout qui permet d’alimenter les poêles était en lourde pénurie cet hiver dût aux sanctions économiques. Le plus aisés pouvaient s’en procurer au marché noir mais pour beaucoup plus cher, et beaucoup de Syriens ne pouvaient pas se permettre de telles dépenses supplémentaires.

Il faut savoir que chez eux la famille est sacrée, et que tous sont très proches. Tous les cousins habitent souvent dans le même quartier, dans la même rue, ou parfois dans le même immeuble. Ils se connaissent donc très bien, et passent une bonne partie de leur vie ensemble. Je me remémore ces moments où nous parlions de nos familles respectives. Ils étaient toujours interpellés que nous partions si tôt de chez nos parents pour aller faire nos études et notre vie ailleurs.

Plusieurs fois ils me disaient : « Après tout ce que nous avons reçu de nos parents, nous n’allons pas partir comme cela sans le leur redonner lorsqu’ils auront besoin de nous, donc nous ne sommes jamais loin ».

Et encore : « Actuellement ma grand-mère vit chez nous, et toute la famille s’en occupe, et dans à peine vingt ans il faudra moi aussi être présent pour mes parents ». Ces phrases résonnent encore dans ma tête et me poussent à me remémorer d’où je viens et l’importance de la famille à laquelle j’appartiens. Je les remercie beaucoup de me l’avoir rappelé pendant tous ces moments familiaux.

Au quotidien, on se rend compte de la présence de Dieu omniprésente : « Si Dieu le veut », « par la grâce de Dieu », « Que Dieu te donne du courage », « Que Dieu me pardonne » et j’en passe. Toutes ces phrases nous rappellent que nous vivons dans le berceau chrétien de l’humanité.

Si, en Europe, nous pourrions considérer cela comme des jurons, ici ce n’est pas le cas. On pourrait s’attendre à une foi très ancrée de la part de nos frères d’Orient mais la réalité est plus nuancée. Beaucoup de jeunes ne vont plus à la messe, certains car ils estiment que Dieu les a abandonnés durant ces huit années de guerres. D’autres familles se sont fâchées avec Dieu car elles ont perdu des êtres chers, et vivent cela comme une injustice.

sos chretiens orient syrie sadad famille martyre volontaire visiteCes familles de martyrs, j’en ai rencontré plusieurs cette année, et ces rencontres resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Ce qui marque le plus, ce sont les mères de martyrs, que nous avons surnommé « les femmes en noir », car après plusieurs années de deuil elles sont toujours vêtus de leurs robes noires.

Si beaucoup d’entre-elles se sont fâchées avec Dieu, il est magnifique d’entendre de leur bouche la façon dont elles ont accepté le destin de leur fils, et comment elles sont passées de la tristesse et la colère, à la fierté. Une femme de Mhardeh me racontait que son fils, décédé quelques mois avant la libération, avait espéré de tout son cœur ce moment. Entre la grande tristesse que son fils ne puisse être présent et la fierté que son sacrifice ait participé à la libération de la ville, elle ne pouvait pas s’empêcher de fondre en larmes devant nous. Il m’était très difficile de ne pas pleurer.

Mais le plus beau témoignage de foi que j’ai pu vivre était avec une mère de famille à Sadad. Son fils Raed s’est fait enlever en novembre 2012, et n’ayant aucune preuve de son décès, Dole continue de croire qu’il est vivant. Elle a toujours eu une foi inébranlable, et prie tout le temps que son fils lui revienne. Même après ces sept ans, son espoir n’a pas faibli. Après avoir prié un instant avec elle et au moment de lui dire au revoir, elle me dit « vous êtes le visage de l’espoir ». Cette fois je n’ai pas pu contenir mes larmes et je l’ai prise dans mes bras.

sos chretiens orient homs chantier de reconstruction volontaireCette famille, comme tant d’autres en Syrie ne recherchent finalement qu’une seule chose : la paix. Que ce soit la paix diplomatique ou la paix du cœur, ils sont fatigués de se battre, encore et toujours contre la vie qui a l’air de leur en vouloir.

Un habitant de Sadad me disait cette phrase « Durant la guerre nous devions survivre, mais maintenant nous devons vivre à nouveau ».

En effet tout est cher, la valeur monétaire a été divisée par dix et les pénuries de gaz, de mazout et d’essence sont très fréquentes. Ils ne reçoivent plus de bombes et ils ont retrouvé leur sécurité, mais à quel prix...

Tellement de jeunes syriens, sont tiraillés entre partir pour faire leur service militaire, sans savoir combien de temps ils devront y rester, et avec un salaire de misère, ou partir en occident, pour ce faux eldorado où ils vivront dans des camps de réfugiés, loin de leur famille et de leurs amis, souvent seuls, dans l’espoir de trouver du travail.

Tout cela doit se régler à la source, et depuis l’année dernière, une longue route a commencé pour le peuple syrien. Ce sera très long, sûrement plusieurs dizaines d’années, mais il est vital que nous soyons avec eux. Après tout ce que je vous ai raconté voudriez-vous que ces chrétiens, qui sont sur la terre de leurs pères depuis des deux millénaires, s’éteignent ?

La Syrie a plus que jamais besoin de nos prières.

Louis-Alban, volontaire en Syrie pendant 11 mois.

Tu veux vivre une aventure exceptionnelle et faire des rencontres inoubliables, envoie ta candidature et rejoins les volontaires en Syrie.