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En Irak, l'espérance succède à la peur, la tristesse et l’exil.

FR - 30/09/2019

De passage au centre de formation Saint-Joseph à Qaraqosh, Julien Dittmar, chef de mission adjoint en Irak et Abu Danny, traducteur irakien de l’association, ont rencontré Aziza Gibrael, originaire de Karemless, et Diana Bousaïd, originaire de Qaraqosh, qui leur ont fait le récit de leur fuite. Ce 6 août 2014 restera gravé dans l’esprit de milliers d’Irakiens, comme le jour où tout a basculé.

« Vous ne pouvez imaginer à quel point nous avons souffert. Nous étions treize personnes dans une petite voiture. Nous avons voyagé depuis Karemless, tétanisés par la peur, » confie Aziza Gibrael.

Le 6 août 2014, Daesh s’empare de la Plaine de Ninive. Dans la nuit, des milliers de chrétiens fuient à pieds ou en voiture, talonnés par les hommes en noir.

Aux points de contrôle, c’est la cohue générale. « À l'un d'entre eux, un motard a refusé de s'arrêter comme les nombreuses autres personnes qui fuyaient, les soldats l’ont donc abattu. » explique Diana Bousaïd. « Tout le monde était effrayé, y compris des peshmergas qui étaient présents. La foule criait : Daech arrive. » Il faut s’échapper au plus vite.

Pendant des heures, de nuit, avec les enfants, ces deux familles marchent en priant pour que Jésus et la Vierge Marie leur viennent en aide. Autour d’elles, les pleurs des enfants effrayés glacent le sang. De keleg, première ville du Kurdistan sur leur route, la famille d’Aziza tente par tous les moyens de trouver un moyen de locomotion qui pourrait les conduire à Erbil.

sos chretiens orient irak camp deplaces chretiens irakiensRien n’y fait, il leur faut compter sur des connaissances pour rejoindre Ankawa. Le calvaire est loin d’être terminé. Comme la Sainte Famille, « il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie » (Saint Luc 2 : 7). L’église Saint-Joseph est prise d’assaut par les déplacés. Désespérée, Diana tente de mendier pour être hébergée.

« Nous fuyons Daech et nous n'avons rien si ce n'est cette église, vous ne pouvez imaginer ce que nous vivons ».

Pendant deux jours, sa famille est accueillie dans le jardin avant d’être déplacée dans un camp. Elle y rejoint Aziza qui, comme elle, vit dans des conditions sommaires. Elle confie : « La caravane très inconfortable était plus conçue pour des animaux que pour des humains. Toutes les familles cuisinaient au même endroit et nous utilisions aussi tous les mêmes sanitaires. C'était très dur pour nous tous. Mais malgré la faim et la peur, nous rendions grâce à Dieu d'être encore en vie, notamment les femmes que Daech avait capturées et vendues. »

Cet été, il fait chaud, très chaud. La température monte à 50°C. Sous les tentes, en plus de la peur et de la tristesse, c’est la canicule. Aux séquelles physiques s’ajoutent les psychologiques et la misère matérielle. « Nous avons tout perdu. Le quartier chrétien d'Ankawa à Erbil est un refuge pour les chrétiens d'Irak et de Syrie mais il reste tout de même très onéreux de vivre dans ce quartier aisé alors que nous sommes ruinés. Grâce à l'aide de l'Eglise, nous parvenons tout de même à améliorer sensiblement notre situation. »

Avec cette fuite, ce sont des espoirs qui s’envolent, un futur qui s’obscurcit, des projets qui sont anéantis. Diana se préparait à recevoir le sacrement du mariage. « Mon fiancé et moi commencions à acheter des meubles pour aménager notre maison. Aujourd’hui, tout est en cendres dans une maison calcinée. Tout ce que nous préparions pour construire notre avenir est parti en fumée. Aujourd'hui j'ai deux enfants, deux petits garçons de 4 ans et 2 ans. Mais quel sera leur futur ? »

sos chretiens orient irak plaine de ninive fuite daeshVoir sa maison brûlée et pillée, un choc pour Aziza et sa famille.

« Pour le futur, nous craignons à nouveau la venue de terroristes, cela est trop dangereux pour nous et nos familles. Nous avons le sentiment qu'il n'y a pas de futur pour les chrétiens ici. »

A la suite de ce désastre et alors que Daesh est loin, avec l’aide de l’église, ils sont hébergés temporairement dans une autre maison de Karemless. Malgré les difficultés rencontrées avec l'électricité ou encore l'arrivée d'eau courante, la famille reconstruit, patiemment, étape par étape, grâce notamment à la formation qui leur est dispensée au centre Saint-Joseph. « Ce centre nous permet ainsi qu'à nos enfants de bénéficier d'une bonne formation pour reconstruire notre ville. Nous savons que nous sommes soutenus par de nombreuses Français qui pensent à nous. Cela nous touche. Le plus important pour nous est la sécurité nos enfants, la nôtre, et de pouvoir travailler pour subvenir aux besoins de nos familles. » Aujourd’hui, après neuf mois d’attente, ils sont logés chez eux.

Le centre de formation professionnelle Saint-Joseph a été financé par les donateurs de SOS Chrétiens d’Orient. En 2017, grâce à leur soutien, 167 jeunes ont été formé gratuitement aux métiers de la reconstruction : charpentier, maçon, vitrier, carreleur, plombier et électricien. Depuis, ces ouvriers du bâtiment reconstruisent les maisons de Qaraqosh et Karemless, permettant aux familles de revenir petit à petit chez elle.

Daesh les a poussés à l’exil, vous leur avez permis de revenir. Merci à tous.