Actualités

Dabké, banderoles ou flammes : protestations au Liban.

FR - 19/10/2019

Le soir du 17 octobre 2019, des émeutes ont éclaté au Liban. A Beyrouth et partout dans le pays, la foule manifeste, les routes sont bloquées. On brûle des pneus, des planches de bois.

Après la région du Chouf, c'est le coeur de Beyrouth qui brûle.

Cette vague de soulèvement aurait été déclenchée par l'annonce du gouvernement d'imposer une taxe sur les appels effectués via les applications de messagerie internet. Si cette annonce est la goutte d'eau de trop, le véritable point de rupture entre les Libanais et leurs dirigeants est à trouver dans la situation économique en déliquescence et dans le terrible désastre provoqué par les incendies.
 
En cause, la nonchalance du gouvernement à gérer la catastrophe. Le lundi matin, les Libanais découvrent ébahis que les hélicoptères anti-feux de forêts n'ont pas décollés pour contenir et combattre les départs d'incendie. Tous les responsables se jettent la patate chaude avec des discours peu concordant mais personne ne semble anticiper le grondement qui sourde dans les foyers libanais.
 
Au lendemain de la tragédie nationale les Libanais, encore sous le choc, se voient annoncer la mise en place d'une nouvelle taxe "Whatsapp".
 
Rapidement, une dizaine de jeunes descend dans la rue, suivis bientôt par des centaines. Un garde du corps d'un ministre sort son arme, tire en l'air pour écarter la foule. La ligne rouge est franchi.

sos chretiens orient revolution liban beyrouth

Toutes les autoroutes et routes principales sont bloquées par quelques jeunes activistes qui font brûler des pneus, paralysant ainsi l’activité du pays. Les portraits des leaders politiques sont piétinés.
Libanais de toutes confession (chiites, sunnites, chrétiennes et druzes), de tout bord politique se tiennent la main en scandant : "We are One" (Nous sommes un).
Sous la pression de la rue, la décision est annulée mais les manifestants eux, tiennent leur position. Dans un discours prononcé le 18 octobre, le premier ministre Saad Hariri annonce que ses partenaires et lui-même donneront une réponse aux Libanais dans un délai de 72 heures. L’hypothèse d’une démission n’est pas à exclure. Saad Hariri a même laissé entendre qu’il était prêt à céder sa place à un autre.
 
Un discours qui loin de calmer la colère des manifestants, l'a attisé.
"Comment pourraient-ils régler en 72 heures ce qu'ils n'ont pas réglé en 15 ans ?" questionne Fares, étudiant  à l'AUB.
Les Libanais sont excédés. "Le mot d’ordre principal est de dégager l’ensemble de la classe politique," explique Benjamin Blanchard, directeur général de SOS Chrétiens d'Orient, actuellement au Liban.
 
sos chretiens orient liban manifestations libanaisDans la soirée, des heurts éclatent dans le centre de la capitale et à Tripoli. "Le parti de l’inamovible président du Parlement, Nabil Berri, en poste pour son sixième mandat, a tenté de perturber les manifestations soit en les infiltrant, soit en faisant de la provocation, soit en empêchant les gens de s’y rendre comme ce fut le cas dans le sud," poursuit Benjamin Blanchard. "Ces tentatives sont restées vaines jusqu’alors ! "  
 
A la télévision, un habitant de Tripoli, âgé de 60 ans, invite ses compatriotes libanais à "rester dans la rue afin de renverser le régime et le gouvernement. Les hommes politiques sont corrompus."
 
Au Liban, trente ans après la fin de la guerre civile, la situation économique ne s'est pas complètement stabilisée et l'avenir des jeunes est une question épineuse. Le chômage est élevé, la vie très chère. Ils ne veulent plus des discours ou des promesses, ils veulent des actes, et tout de suite. Devant la mosquée Al-Amine, des jeunes cagoulés brandissent une pancarte "ils doivent partir tous."
A quelques rues de là, sur la place Riad Solh, alors que s'élève une épaisse fumée noire d'un tas de poubelles en feu, un groupe de jeunes danse le dabké. D'autres munis de sac plastique ramassent les déchets. Dans une artère principale de la ville, un jeune homme pose le genou à terre pour faire sa demande en mariage. La jeune femme accepte, la foule massée autour fait éclater sa joie.
Chacun fait sa "révolution" à sa manière mais tous veulent la même chose: un avenir. "Je ne veux pas avoir la même vie que mes parents qui ont vécu sans rien pendant des années", explique Joe, 26 ans. 
 
sos chretiens orient liban manifestation beyrouthCe 19 octobre, les Libanais sont toujours mobilisés. François-Marie, chef de mission au Liban, s'est joint aux familles venues protester devant le siège du gouvernement, pour recueillir quelques témoignages. Ici pas de fumée, pas d'échauffourées, juste des drapeaux libanais, brandis haut dans le ciel. "Nous sommes des gens très éduqués mais vu que nous n'avons pas d'électricité et pas d'eau, les gouvernants ne se souciant pas de nous, nous sommes obligés de partir. Bientôt, il y aura plus de réfugiés que de Libanais dans ce pays," lui confie un Libanais.
 
Pour certains, les salaires sont juste suffisant pour survivre, avoir un toit et éduquer les enfants. Les plus chanceux, qui ont un travail, peinent souvent à vendre leurs produits à cause de la cherté de la vie. "Je ne paye que 10.000$ par an pour suivre mes études à l'université. Je me considère comme chanceux," nous confie Marc.
 
Actuellement, l’association SOS Chrétiens d’Orient a du cesser la plupart des activités au Liban, des écoles sont fermées, des accès coupés. Tous les membres de l’association en mission au Liban sont en sécurité. Ils suivent les consignes données par les services de sécurité du pays, de l’ambassade de France et des responsables de SOS Chrétiens d’Orient.