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Le bus du Cœur égyptien.

FR - 23/10/2019

Il est midi quand nous franchissons le seuil du grand portail vert du centre Salam. Nous sommes début octobre et il fait encore très chaud. Les odeurs du bidonville sont très fortes.

Le centre, créé par Sœur Emmanuelle à la fin des années 80, regroupe le couvent des Filles de Marie, un hôpital, une garderie, une petite école élémentaire, une maison de repos pour personnes âgées, un lieu de travail pour personnes en situation de handicap et un centre de désintoxication.

Ce matin, nous venons voir Sœur Maria, mère supérieure du couvent, pour parler du minibus financé par les donateurs de SOS Chrétiens d’Orient. Livré au début de l’été, il a été mis en circulation à la mi-septembre. Après avoir longé les jardins potagers et traversé un couloir immaculé, nous nous installons dans un des salons du couvent. C’est si calme.

Nous sommes à deux pas de la rue où se croisent chiffonniers, ânes et tuk-tuk, dans un bruit assourdissant. Et pourtant, ici règne un silence monastique.

L’histoire de ce centre est aussi belle que miraculeuse. Début 2000, les Sœurs sont contactées par un kinésithérapeute, Samuel, qui souhaite leur confier la garde de personnes handicapées rencontrées dans le cadre de son travail. Tout d’abord démunie, Sœur Maria finit par accepter. Le projet prend forme rapidement notamment avec l’aide de Lisa, une hollandaise résidant en Egypte. Grâce à elle, les monitrices nouvellement formées proposent des activités adaptées à leurs résidants, bientôt accueillis au second étage d’un nouvel hôpital.

sos chretiens orient egypte ezbet el nakhl minibusDepuis la mi-septembre, tous les matins du dimanche au jeudi, le chauffeur de bus du centre Salam, Mina, un mètre quatre-vingts de sourire, de joie, de bonne humeur constante et tout autant de muscles, va chercher une quarantaine de personnes handicapées habitant dans un logement social dans le bidonville d’Ezbet El-Nakhl. Ici, dans des grandes salles vides et froides du rez-de-chaussée, l’air est chaud et humide.

L’odeur générale du bâtiment nous prend au nez dès lors que nous rentrons dans le hall. L’ensemble est vide, froid et modestement meublé.

Il est maintenant huit heures, le soleil est déjà bien haut quand Mina récupère les personnes handicapées direction le centre Salam. Parmi elles, le jeune Bishoy. Il a fêté ses 14 ans la semaine dernière et cela fait autant d'années qu'il porte sur son visage ce masque de tristesse. Je me perds un instant dans ses yeux verts remplis d’innocence. Nos regards se croisent, je ne sais pas comment réagir alors je souris, bêtement, mais humblement.

Comment réagir face à ce petit ange à qui la vie n'a pas fait de cadeau ? Comment l'aider à chasser ce masque pour lui apporter un peu de joie de vivre ? Nous qui sommes privilégiés, allons-nous réussir à lui apporter quelque chose ?

Le trajet est doux et agréable puisque les rues sont encore calmes. Mina n’est pas dérangé par les tuk-tuk, les ânes et les vélos qui pourraient secouer le bus et rendre ce moment désagréable pour nos amis qui sont confortablement assis.

sos chretiens orient handicapes egypte ezbet el nakhlAu centre « Leed of Hope » (Graine d’espérance), les passagers sont divisés par groupe d’âge. « Les quinze ans et plus » s’attèlent à des activités manuelles : confection de cierges, de bougies, de petits objets en menuiserie et de tapis. Grace à la méthode Montessori, les plus jeunes apprennent, à leur rythme, à parler et à réfléchir à travers la musique, la cuisine, etc. 

Depuis cinq ans qu’il circulait sur des routes de terres battues jonchées par les ordures, le vieux bus de Mina était sérieusement endommagé. Répondant à l’urgence, les donateurs de SOS Chrétiens d’Orient en ont financé un tout neuf pour Mina. Autrefois « bus de l’espoir », il porte aujourd’hui le nom de « bus du cœur », tel le cœur rouge qui orne les t-shirts de tous les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient.

Grâce à vos dons, ces personnes fragilisées ne sont pas écartées par la société et continuent à nouer des liens sociaux. Vous avez préservé le seul lien avec l’extérieur de ces cinquante enfants et adultes handicapés, qui pour la plupart ont été abandonnés à la naissance ou rejetés par leur famille.          

Marie, volontaire en Égypte.