Actualités

La fuite de cette famille irakienne n’a pas entamé son amour pour la vie.

FR - 07/11/2019

Il ne reste qu’une seule famille sur la liste. Toute la journée, nous avons sillonné la ville de Duhok et sa banlieue pour recueillir les témoignages de familles chrétiennes, la plupart déplacées de Mossoul en 2014, suite à l'invasion de l'État islamique.

Il est 17h, le soleil commence à faiblir. Notre voiture nous mène en bordure de la ville de Duhok là où les bâtiments et la végétation se font de plus en plus rares.

Au loin, nous apercevons un immense édifice de pierre blanche à l'architecture londonienne coloniale. Un drapeau américain flotte au sommet d'une tour. L'Université Américaine du Kurdistan de Duhok. Financé par le fils de Barzani, ce lieu symbolise, à lui seul, les disparités immenses qui règnent entre les populations Kurdes.

Nous ne sommes plus très loin.

À quelques centaines de mètres derrière l'université se trouve le hameau de Shewoz au centre duquel une petite chapelle a été érigée. Notre rendez-vous nous attend là. Un monsieur aux yeux bleu azur, dans la quarantaine, cheveux courts, propre sur lui.

Tout heureux de nous voir, il fait signe à notre interprète de le suivre. Il n'habite pas le centre du village, mais une petite bâtisse en brique rose non loin de notre position.

sos chretiens orient irak familles deplaceesNous sommes accueillis par deux jeunes garçons d'une dizaine d'années. Dans un arabe rudimentaire, je me renseigne sur le prénom de l’un deux. Bassam. Il me prend par la main pour pénétrer dans sa maison, sur le porche de laquelle patientent deux adolescents, ainsi que deux petites filles.

Étant donnée la taille très réduite de la bâtisse, je déduis rapidement que le salon est la pièce principale. À l'intérieur sont entreposés une petite télé cathodique, un lit et trois chaises. Plusieurs icônes catholiques ornent les murs blancs et fissurés. Le sol est bétonné. Ici, pas de carrelage, ni de parquet.

Le père de famille nous prie de prendre place. Ils nous cèdent les places assises confortables pour s’asseoir sur les chaises en plastique. Les enfants nous scrutent de leur regard bleu avec une certaine curiosité.

Alors que notre traducteur présente l'association et la raison de notre présence, une odeur me prend à la gorge. J'avais feint de l'ignorer, mais c’est désormais impossible de passer outre vu son intensité.

Une odeur de bouse sèche et d'excrément. La bâtisse est plantée au milieu d'un champ. La tuyauterie extérieure est dans un piteuse état. L’évacuation des déchets est laborieuse. Je ne suis ici que depuis quelques minutes, ils vivent dans ces conditions 24h/24.

L'un des adolescents arrive avec des verres d'eau. Je bois d'une traite. L'ambiance ne porte pas à siroter.

Pendant que les parents nous racontent l’histoire de leur fuite et de la perte de tous leurs biens, je m'attarde sur la plus petite des enfants de la famille. Une fille de moins de cinq ans. Un détail me surprend. Elle a les cheveux court coupés à la garçonne. Chose tout à fait inhabituelle pour une fille de cet âge et encore plus dans cette région du monde, où les traits de genre sont très respectés.

Voyant mon intérêt pour la coupe de sa fille, le père sourit : « Elles s’est coupée les cheveux par accident ! Ma femme a dû égaliser pour harmoniser ! » Cela nous fait tous rire et introduit un salutaire moment de détente.

Une fois notre entretien terminé, nous faisons le tour des lieux. La petite bâtisse comprend quatre pièces : un salon, une cuisine, une chambre et une toilette.

sos chretiens orient irak maison famille deplaceeDans la cuisine, les produits vaisselles, les casseroles et l’électroménager sont empilés sommairement. Seul le frigo, tristement vide, trahit la pièce dans laquelle nous nous trouvons. La rouille a gagné la plupart des ustensiles. « Tout ce que vous voyez nous a été donné, » me confie la mère.

« Les produits alimentaires viennent de la supérette locale. Ce sont les invendus de fin de journée. »

L'unique chambre, glaciale et sombre est utilisée comme débarras. On y trouve à la fois les habits des enfants mais aussi plusieurs matelas entassés les uns sur les autres et deux petits lits.

« Où dormez-vous ? » me risquais-je à demander. « La moitié dans la chambre, l'autre dans le salon, sur les matelas. » Pourtant, je ne compte que sept places pour une famille de huit. « Je dors tous les soirs à même le sol, » me répond-t-il.

Sur ces quelques mots, nous sommes raccompagnés à notre véhicule par les enfants et leur père, qui se confond en remerciements.

Sur le chemin du retour, le cœur profondément bouleversé par cette rencontre, une pensée me vient à l'esprit.

Je repense à la plus jeune des filles, celle aux cheveux courts. Sa jeunesse me fait réaliser qu'elle est probablement née après la fuite de sa famille de Mossoul et je comprends que, malgré tous les malheurs qu'avait pu traverser cette famille, l'amour, l'espoir et l'espérance subsistent toujours.

Donnez-nous les moyens de soutenir les familles irakiennes déplacées de Mossoul, soutenez nos actions, faites un don.

Raphaël, volontaire en Irak.