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Crise au Liban, vers une révolution ?

FR - 29/10/2019

Depuis le 17 octobre, des manifestations ont éclaté dans tout le pays. Cet immense mouvement populaire n’est pas sans rappeler la « révolution du cèdre » en 2005, lors de laquelle les Libanais réclamaient le départ des troupes syriennes.

C’est la première fois que des manifestations de cette ampleur durent aussi longtemps : des millions de personnes sont dans la rue rue ;

C’est la première fois que l’on proteste sur tout le territoire ;

C’est la première fois que tous les dirigeants, de toutes les confessions sont conspués. Des chiites critiquent les chefs chiites comme Hassan Nasrallah et Nabih Berri, des maronites Samir Geagea, Gebran Basil et Michel Aoun, des sunnites Saad Hariri… Le drapeau du Liban, est omniprésent, ceux des partis politiques presque invisibles.

Qu’est-ce qui a poussé autant de Libanais à descendre dans les rues, partout sur le territoire ?

Dans ce Liban multiconfessionnel d’après-guerre civile, les Libanais ont du mal à se reconnaître dans les dirigeants. La plupart d’entre eux, qu’ils soient druzes, chrétiens, sunnites ou encore chiites, sont souvent issus de clans, au pouvoir depuis des décennies, beaucoup sont d’anciens miliciens de la guerre, vieillissants. Aujourd’hui, tous les Libanais souhaitent un changement, certains espèrent des démissions de ministres, députés, d’autres du Président de la République ou du Premier Ministre.

Depuis douze jours, les gens sont dans les rues, de Beyrouth, Tyr, Saida, Tripoli, Nabatieh… Des messages reviennent : « nous voulons dégager Bassil, Berri et tous les autres, nous en avons assez de ces politiciens dont on entend les noms depuis quarante ans ! » ; beaucoup entendu dans la bouche de protestataires : « nous voulons maintenant un gouvernement composé de technocrates, de vrais professionnels. »

Paul, un restaurateur libanais vivant et travaillant à Nice, est en vacances pour quelques semaines dans son pays. Il se rappelle d’autres manifestations qui ont eu lieu par le passé : « Avant, c’était toujours la même chose, les gens descendaient dans la rue, protestaient, puis ils étaient chassés par des nervis achetés par les partis politiques et tout s’arrêtait. Cette fois-ci, il y a eu des coups, des violences, des tentatives pour que tout cesse mais les manifestants ont tenu ! Et ils tiennent, c’est historique ! »

« On en a assez des partis, des chefs de clans. Trouvez n’importe quel Libanais, demandez-lui : « si des gens violents t’attaquent, qui appelles-tu ? La police ? Ton « clan » ? Tous vous répondront qu’ils feront appel au parti dont ils sont membres, à leur « gang », l’Etat est impuissant, on en a assez… »

Les manifestations ne cessent pas. Après douze jours, on remarque même que tout est prévu pour que cela dure : des tentes sont maintenant installées dans les rues. La logistique est bien pensée, les approvisionnements en eau, nourriture sont continus.

SOS Chrétiens d’Orient poursuit son aide aux familles pauvres libanaises. Nous vous invitons à prier pour le Liban afin qu’il retrouve la paix.

François-Marie, chef de mission au Liban.