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Notre aventure au bout du monde : chiffonniers parmi les chiffonniers.

FR - 31/10/2019

Nous y voilà, ultime voyage pour terminer notre installation. La voiture est chargée et même surchargée, mais c’est le cadet de nos soucis. Sur la route, nous nous arrêtons dans quelques petits magasins pour nous approvisionner en eau et en friandises, parce que nous savons que sur place ce sera impossible. Nous profitons une dernière fois de la civilisation.

L’air est chaud à l’extérieur et pendant cette heure et demie qui nous éloigne de la capitale, je pense à ce qui nous attends là-bas : un bidonville où vivent cinq milles personnes, sept cents familles à majorité chrétiennes. Les arrivées d’eau et d’électricité y sont volées à un souk voisin.

Chaque foyer a une seule ampoule pour éclairer sa maison, une ou deux pièces pour vivre et les toits, s’ils en ont, sont des cumulas de planches et de cartons.

Le bruit des klaxons me fait sortir de mes pensées, les panneaux autoroutiers défilent : Maadi, Helwān, etc. Je connais chacun de ces endroits mais aujourd’hui nous avons une mission précise : ouvrir un nouveau lieu de mission permanente au bidonville du 15 Mai.

sos chretiens orient egypte bidonville du 15 mayLa voiture quitte la route goudronnée et s’engouffre dans ce qui pourrait s’apparenter à une cuvette géante. C’est la seule route qui nous mène dans ce bidonville. Une route ? Non, un chemin non carrossable que seuls les plus téméraires et les connaisseurs empruntent. Les autres font tout simplement demi-tour, s’il ne se sont pas déjà fait prendre au piège par ce petit chemin, avant même d’avoir vu le bidonville. Le conducteur est un ami égyptien, interprète de l’association, et suffisamment fou pour accepter une telle aventure.

En arrivant au bidonville, ancienne carrière désaffectée, le premier réflexe est de fermer les fenêtres de la voiture, d’abord pour la poussière, et puis, également pour les odeurs. Aujourd’hui le vent s’est levé, et l’effluve des poubelles me rappelle notre destination. Encore plus désagréable que les poubelles, l’odeur des multiples feux d’ordures nous prend au nez. Ici et là, les habitants balayent chez eux, font un tas et se débarrassent ainsi de leurs ordures qu’ils ne peuvent pas recycler. L’épaisse fumée qui en émane me pique les yeux, quant à l’odeur elle est quasiment insupportable et me donne la nausée.

Après quelques rapides minutes, nous apercevons un bâtiment, puis les premières habitations.

Celui qui vient pour la première fois, n’espère qu’une chose : en repartir le plus vite possible et ne plus mettre les pieds dans cet endroit si particulier.

Nous nous garons devant une grande porte, au pied d’une enceinte au mur proprement crépi, sur lequel sont dessinées des croix rouges sur fond jaune. Cette porte donne accès à l’église copte orthodoxe et à l’hôpital, qui sont comme un havre de paix au milieu de la misère.

sos chretiens d orient egypte chiffonniers bidonville du 15 mayTrès rapidement, une dizaine d’enfants pieds nus, et dans une tenue vestimentaire déplorable, nous entourent. Ils nous arrachent nos sacs et nos affaires et nous accompagnent avec un grand enthousiasme sonore dans la cour de l’enceinte. Ensemble, nous montons les deux étages de l’hôpital où nous attend notre logement. Nos petits porteurs font la course jusqu’à la modeste pièce qui nous servira de chambre, de bureau et de cuisine, au sein même de l’hôpital en construction, qui été mis à notre disposition. Dans cette dizaine de mètres carré poussiéreux, il y a le juste minimum : un lit superposé, un bureau, un frigo et un micro-ondes.

L’odeur du bidonville ne nous a pas quittés, tout comme le fond sonore de la vie de la rue. Des ânes qui tirent des charrettes grinçantes, des mères qui hurlent sur leurs enfants, un père de famille qui tape sur de la ferraille, les cochons couinent et les chiens aboient, la musique rythmée et entêtante, voici l’ambiance sonore.

Les enfants sont partis, et jusqu’à la nuit tombée Amir et moi faisons le ménage et l’agencement de cette pièce. Nous branchons le réfrigérateur et allumons la seule lumière de la pièce : un néon. Surprise ! Ce soir pas d’électricité. Nos ventres crient famine. Nous descendons voir les quelques personnes qui sont encore dans l’enceinte de l’église et commençons à les questionner sur l’électricité. 

En toute quiétude, ils nous expliquent que leur tableau principal a brulé la veille mais que l’électricien est en plein travail.

Nous regardons le tableau électrique : c’est un monceau de câbles entassés dans une boite, usée par le temps, à ciel ouvert, accueillant la poussière, les déchets et les intempéries.

sos chretiens orient egypte bidonville 15 may volontaires coucher de soleilNous retournons dans notre logis et patientons autour d’un apéritif local composé de chips et de pâte à tartiner de qualité. Quelques longues heures plus tard, un type, avec une lampe fixée sur le front, nous interpelle en disant que c’est de nouveau opérationnel. Alléluia ! Il est minuit et demi et nous allons pouvoir nous mettre en cuisine, un repas chaud et réconfortant est rapidement préparé.

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, c’est bien connu ! A l’ouverture du frigo, la petite lumière est quasiment inexistante et la fraicheur attendue n’est pas au rendez-vous.  Après quelques minutes de réflexion et de différents tests nous comprenons que le réseau est uniquement suffisant pour le néon de bloc opératoire de la chambre et la lumière du réfrigérateur.

Déterminés, nous retournons voir les personnes qui discutent sur le parvis de l’église. Ils nous emmènent au fond de la cour et nous entrons ensemble dans une cuisine indépendante très sombre, qui appartient à l’église. Tant bien que mal, nous parvenons finalement à préparer notre repas puis nous rentrons diner chez nous.

Epuisés par ces aventures, Amir et moi rejoignons nos lits respectifs mais Morphée tarde à se montrer ; nos sens sont trop dissipés.

Les odeurs nauséabondes sont toujours très présentes et l’on peut entendre quelques personnes faire la fête dans le bidonville. J’imagine très nettement les zabalines (chiffonniers en égyptien) danser et discuter sur leur musique, le shaaby, musique orientale très rythmée et répétitive. Chiens, ânes et cochons participent également à l’ambiance sonore générale. La nuit va être longue… Tant bien que mal je finis par m’endormir.

***

Il est huit heures du matin, le réveil sonne. Engourdis et fatigués nous nous levons. L’électricité fonctionne, mais est insuffisante pour faire chauffer le café tant attendu. Le rituel occidental du matin auquel je tiens, malgré mes quelques mois de présence en Egypte, est bafoué, la journée commence mal.

sos chretiens orient bidonville du 15 may egypteDans ce nouveau lieu de mission, SOS Chrétiens d’Orient prévoit d’organiser différents types d’activités : donation de matériel, de nourriture, de médicaments, cours d’éducation sanitaire, présence dans les garderies qui débordent d’enfants. Une immense part de notre projet est celui de continuer la construction de l’hôpital qui prend beaucoup de temps par manque de moyens financiers et de main d’œuvre.

Mais le plus grand projet est celui que seuls nos cœurs sont en mesure d’offrir : celui du don de soi, de la joie et de l’amour.

Aujourd’hui, nous rencontrons les deux Pères coptes orthodoxes (ici nous les appelons Abouna), qui sont les responsables civils et religieux de l’ensemble du bidonville. Pendant six heures, nous échangeons sur les différents projets que nous souhaitons mettre en place.

Après une nuit guère plus reposante que la précédente, nous faisons un brin de ménage et de rangement, c’est vendredi. Une grande majorité de la population est à la Sainte Messe. Le vendredi en Égypte est un jour de congé. Nous reconnaissons quelques visages croisés la veille ou l’avant-veille. Tous ont fait un effort sur leur tenue vestimentaire. L’Abbé en chef, que nous saluons à la fin de la messe, nous explique que pour une partie de la population c’est un grand jour. Une jeune mère de famille nous montre fièrement son petit garçon qui a été baptisé quelques heures avant. Cet enfant est habillé comme un petit pape copte orthodoxe.

Nous saluons brièvement le Père et rentrons au Caire pour retrouver le reste de l’équipe et profiter de notre véritable palace, comparé au logement où nous étions.

Amir et moi avons nos cœurs bien chargés. Nous avons vécu quelques jours intenses mais la mission qui se met en place est belle, la cause noble et l’objectif essentiel. La fin de ma mission en Égypte approche. Dans quelques jours je serai parti mais j’ai grande confiance en la suite.

Michel, volontaire en Égypte.

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