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Crise humanitaire en Irak : les volontaires avec les 10.000 réfugiés syriens du camp de Bardarash.

FR - 30/10/2019

Suite à l’offensive turque baptisée « Source de paix » lancée dans le Nord-Est Syrien, le 5 octobre dernier, le Kurdistan irakien fait face à un flux ininterrompu de réfugiés.

A peine l’offensive lancée, près de 400 réfugiés franchissaient la frontière à Al Whalid chaque jour. Aujourd’hui, ils seraient entre 800 et 1 000 par jour. Le Consulat Général de France et les autorités du KRG (Kurdistan regional government) estiment entre 30 000 et 50 000, le nombre d’entrée déclarée ou clandestine de réfugiés.

sos chretiens orient camp bardarash irakA quelques kilomètres seulement du monastère syriaque orthodoxe de Mar Matti, le camp de Bardarash (anciennement dévolu à des IDP’s Shabaks) a été rouvert et accueille déjà des milliers de familles syriennes. Ce camp d’une capacité initiale de 5 000 personnes est arrivé à saturation. 2 585 familles y sont regroupées, soit 10 839 personnes.

Interpellée dans ses valeurs de charité chrétienne et par la situation d’urgence, tant côté syrien que côté irakien, SOS Chrétiens d’Orient a décidé de mettre en place un dispositif d’aide humanitaire d’urgence. Celui-ci tend également à minimiser le grand déséquilibre qu’engendre cette situation d’urgence humanitaire sur une société déjà meurtrie par des années de conflits. 

Le samedi 26 octobre 2019, grâce à vos dons, douze volontaires et quatre interprètes irakiens menés par Antoine Brochon, chef de mission en Irak, ont acheminé trois tonnes de denrées alimentaires, soit cent-cinquante colis alimentaires, distribués à 750 réfugiés du camp de Bardarash.

Une opération menée en coordination avec les autorités du camp et le Consulat général de France.

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« Au départ j'en vois 20, puis 50, puis 100 puis 1000. Plus nous avançons en direction du camp de réfugiés de Bardarash, plus l'horizon se parsème de tentes en bâches blanches floquées du logo de l'UNHCF (United nations High Comitee for refugees).

sos chretiens orient irak refugies syriens camp bardarashA l'entrée du camp, les sentinelles vérifient l'intérieur des véhicules et interrogent les occupants sur les raisons de leur présence. Alors que notre chef de mission part s’entretenir avec les personnels du camp, j'aperçois au loin une colonne d'étrangers en chasuble blanche. Une équipe de « Médecins sans Frontières » fait son entrée, les mains et le dos chargés de matériel médical.

D’autres ONG japonaise, sud-africaine et saoudienne complètent le paysage humanitaire. Ce camp est un microcosme de nationalités.

Mon regard s’attarde sur des familles syriennes qui s’étreignent de bonheur. Probablement des retrouvailles.

Je suis rappelé à la réalité par un militaire qui nous fait signe de franchir l'enceinte grillagée. Nous passons devant deux bureaux en préfabriqué de l'ONU, probablement des locaux de recensement, puis devant des immenses hangars où est entreposé du matériel ou de la nourriture.

Nos véhicules sillonnent les chemins boueux jusqu'à un petit bâtiment tenu par la « Barzani Charity Foundation » (BCF), en charge de la logistique interne du camp. Nous sommes amenés en bordure du camp, là où les dernières familles de réfugiés syriens sont arrivées pendant la nuit. Des centaines de personnes s’agglutinent autour de nos cinq véhicules, chargés de nourriture. Une sensation de chaleur moite et humide s'empare de moi. Est-ce la saison ? Ou la centaine de personnes qui m’entoure ? Quoiqu'il en soit je sors du véhicule respirer un bon coup d'air frais.

Pendant une heure, nous devons patienter ; l’occasion pour moi de me replonger dans l’observation de ce triste paysage grouillant d’activité.

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Un camp où pauvreté et espoir cohabitent.

sos chretiens orient irak camp refugies badarashDes tentes de fortune marquées d’une lettre et d’un chiffre s’étalent à perte de vue.

Sur le chemin de terre principal, des enfants modestement vêtus se courent après, comme si cette fuite n’était qu’un jeu. Leur innocence est touchante autant qu’elle serre le cœur. Assise à même le sol, des mères de familles observent d’un œil distrait leur va et vient incessant. De loin, j’aperçois un bébé étendu sur une bâche peu confortable. Il ne pleure pas, il regarde le ciel, ses mains battant l’air.

A côté d’une poubelle autour de laquelle des sacs de déchets s’accumulent, Tamia*, une petite fille en vêtement de sport, nous interpelle. Sa sœur et ses parents ont quitté Qamishli à dos de cheval. « Erdogan, nous a bombardé ! » Comprend-t-elle vraiment ce monde d’adulte impitoyable qui joue avec la vie, au nom d’intérêts financiers et de ressources énergétiques ?

« Je ne veux pas retourner en Syrie. » Une chose est certaine, ces enfants, réveillés la nuit par des bruits sourds effrayants, n’imaginent pas rentrer chez eux. Ils sont aujourd’hui déracinés. Savent-ils ce qui les attend ? Ils savent ce qu’ils ont quitté, pas ce vers quoi ils se tournent.

Pensez-vous pouvoir, du jour au lendemain, quitter vos biens et votre pays en sachant que, jamais peut-être, vous ne reviendrez ? Ressentez-vous cette peur vous saisir ? Celle de ne pas savoir si, ce soir, vous pourrez manger et dormir dans un lieu sécurisé ? Serez-vous capable de refaire votre vie dans un pays inconnu, logé dans un préfabriqué dans des conditions rudimentaires ? Ce que vous connaissez est terminé, tout est incertain dans l’inconnu. Auriez-vous dû rester pendant l’offensive et espérer, cloitrés dans votre maison, que les soldats turcs quittent rapidement les abords de la ville ?

Autant de questions que se sont posés, à l’époque, les civils irakiens et syriens à l’arrivée des terroristes de Daesh. Après tant d’années de guerre, un seul obus aura certainement été le déclencheur de la fuite de ces milliers de familles, qui avaient tenues pourtant si longtemps.

sos chretiens orient irak familles refugiees syriennes camp bardarash« J’ai payé 700 dollars pour fuir Qamishli, » confie une mère de famille les yeux perdus dans le vide. Ils n’avaient déjà pas beaucoup, maintenant ils n’ont plus rien. Leur fuite leur a tout coûté sauf la vie. Sa petite fille de deux ans me fait un petit coucou et me sourit avant de remettre sa tétine dans sa bouche.

A ma droite, une jeune femme portant une longue robe rouge, un balai à la main, tente de nettoyer les abords de sa tente et d’en chasser les mauvaises herbes. Un geste qui peut paraître anodin et superflu ici, mais qui rappelle le souvenir d’une vie simple et normale.

Mon attention se reporte vers un garçon de trois ans environ slalomant entre les arceaux de tentes plantées dans un sol relativement plat. Un groupe de femme me faisant face, sourit de ce petit manège. Je me prends à penser à ce qu’elles peuvent se dire : « si petit et déjà si éprouvé » ; « il n’a pas de futur » ; « profite mon fils, demain tu vivras des jours difficiles. »

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Une opération d’urgence alimentaire pour les familles syriennes.

Devant chaque hangar, des files indiennes de centaines de personnes attendent. Enregistrement ? Nourriture ? Impossible de savoir.

De temps à autres, des réfugiés, femmes et enfants pour la plupart, viennent nous voir pour nous demander de l'aide : médicaments, nourriture, orientation au sein du camp, etc. Nous les renvoyons vers le personnel de la BCF, plus apte à répondre à leurs sollicitations.

sos chretiens orient irak donation urgence familles refugiees syriennesLa distribution peut commencer. Chaque réfugié doit présenter un coupon avec un numéro indiquant son éligibilité à recevoir un sac de nourriture. Un à un, nous vidons nos véhicules en donnant un, deux ou trois sac de nourriture suivant la composition de la famille.

L'opération se déroule dans le calme, bien que certaines personnes tentent de se faufiler devant les autres. Elles sont cependant vite rappelées à l’ordre par le personnel de la BCF qui les renvois en bout de queue. Nous sommes dans un chaos ordonné.

J’observe sur le visage de mes collègues volontaires un mélange d'excitation et de concentration. Nous sommes en pleine opération d’aide humanitaire d'urgence, heureux d'aider malgré la situation malheureuse de ces familles. Et ce bonheur grandit lorsque nous lisons sur leurs visages un sentiment de soulagement et que nous nous perdons dans leurs yeux qui se confondent en remerciements. Certains repartent avec le sourire, d'autres avec des larmes de joie.

sos chretiens orient irak donation camp bardarash volontairesEt pour cause, ils reviennent de loin ! Avec Abu Danny, l’un de nos traducteurs irakiens, je fais la rencontre de trois jeunes d'une vingtaine d'années ayant combattu quelques heures une escouade de Daech, avant de fuir en direction du Kurdistan. Dans les violents affrontements, l'un d'entre eux y a laissé son bras, mais étonnamment pas sa bonne humeur !

Les nuages gris de la matinée commencent à faire place au soleil, et alors que nos véhicules quittent le camp de Bardarash, les premiers rayons de lumière font briller les tentes blanches du camp.

Une nouvelle journée débute pour ces milliers de familles avec l'espérance de jours meilleurs qui devraient se profiler à l'horizon. »

Grâce à vos dons et grâce au formidable engagement des équipes sur place, 150 familles, qui étaient arrivées au camp dans la nuit, et qui n’avaient rien pour se nourrir, ont ainsi pu trouver un peu de réconfort.

Poursuivez votre aide à ces familles de réfugiées et soutenez spécialement celles qui sont encore en Syrie sous la menace turque.

Raphaël, responsable des projets à Badaresh.

Antoine BROCHON, chef de mission en Irak.