Actualités

Un oratoire pour les handicapés d'Alexandrie.

FR - 05/11/2019

Elles nous guettent depuis la fenêtre du premier étage : Amal, Annie, Fahima, Heba, Mariem, Merwat et Sosso. Le sourire aux lèvres, elles nous accueillent avec effusion comme après une longue absence. Et pourtant, deux fois par semaine, nous nous rendons à la Maison de l’Espérance, une ancienne villa alexandrine, pour jouer et passer du temps avec elles.

sos chretiens orient volontaires egypte oratoire alexandrieCes femmes sont handicapées mentales, plus ou moins sévères. Elles ont été recueillies par une pharmacienne catholique, aujourd’hui à la retraite, docteur Jeannette. Depuis une dizaine d’années, elle leur consacre sa vie, aidée de deux animatrices. Notre présence lui permet ainsi de s’échapper quelques heures pour rendre visite à sa famille, notamment son fils, médecin dans un hôpital à Alexandrie. 

A peine les portes de la Maison franchies, nous nous rendons à l’oratoire pour honorer une nouvelle habitude. Nous nous aventurons dans un couloir un peu sombre, sous l’escalier menant à l’étage. La pièce n’est pas très grande mais elle invite à la prière.

De grandes fenêtres font entrer la lumière et le soleil la plus grande partie de la journée, donnant à l’oratoire une atmosphère toute particulière, empreinte de douceur et de recueillement. Cependant, cela n’a pas toujours été le cas. Il y a encore quelques mois, le lieu vétuste était envahi par la poussière. 

Maria, ancienne responsable des projets à Alexandrie, raconte : « Un jour de juin, j’ai proposé au Docteur Jeannette de repeindre quelques chambres, plusieurs d’entre-elles en avaient bien besoin.

Sa plus grande préoccupation concerne l’oratoire, où elle nous conduit. Je suis surprise par la beauté de la pièce : de grandes fenêtres, une jolie lampe, un sol magnifique. Cependant, les murs sales et la poussière amoindrissent fortement le charme de la pièce.  

Après un long débat avec les volontaires concernent le choix des couleurs, le blanc l’emporte pour les murs et le gris pour les grandes fenêtres en bois.

Docteur Jeannette nous donne une seule consigne : « ne touchez pas à l’image de la Vierge Marie accrochée au mur ». C’est donc sous la protection de la Mère de Dieu que nous commençons à travailler.  

Patiemment, nous nettoyons la crasse, la poussière et les tâches de peinture qui imprègnent l’ensemble de la pièce. Tandis qu’une équipe ponce les fenêtres, l’autre commence à peindre le plafond. Mais la tâche s’avère plus compliquée que prévu, la peinture n’adhère pas à la surface.

Pendant plusieurs semaines, nous grattons plusieurs couches de mauvaise peinture avant de pouvoir appliquer la nouvelle. La fin des travaux, qui ont duré trois mois, est un grand soulagement. Je suis fière de l’effort fourni par les volontaires et repense avec émotion à tous les beaux moments partagés : les thés, les conversations, les blagues etc. 

sos chretiens orient egypte oratoire alexandrie vierge marieIl ne nous reste plus qu’à aménager la pièce. Une dizaine de chaises recouvertes de petits tapis, réalisés par les filles handicapées, sont disposées en cercle.

Au centre, sur un petit oratoire, sont posées une bible, une statue de la Vierge à l’Enfant et deux bougies. Différentes images religieuses sont accrochées au mur, parmi lesquelles saint Georges, le Christ bénissant et la Vierge.

Le jour de la bénédiction de l’oratoire, les filles handicapées, le docteur Jeannette et les volontaires se pressent autour du Père Piotr, prêtre syriaque catholique polonais, pour prier en arabe (le Notre Père) et chanter en français et en espagnol. Un très beau moment, récompense de notre persévérance, en l’honneur de Celui qui continue de nous inspirer : Notre Seigneur Jésus.  

Désormais, avant chaque activité, nous nous rendons dans l’oratoire afin de prier quelques minutes : les unes en arabes, les autres en français. Une nouvelle habitude qui convient à tous ». 

Après la prière, l’activité commence par quelques jeux en extérieur. Cela permet aux filles d’exercer une activité physique dans la journée. Que ce soit « tomatem ketchup » ou « le chef d’orchestre », une chose est sûre, Fahima tente de nous défier en ne suivant ostensiblement pas les règles. Mais cela fait partie du jeu, entrainant ainsi des fous-rire qu’il est difficile de vous décrire ici.  

sos chretiens orient egypte volontaires alexandrie personnes handicapees

Merwat a un peu froid et demande à rentrer. C’est le signal ; tout le monde se précipite pour ranger les chaises qui nous ont servi à jouer.

Les plus valides aident celles qui en ont besoin ; il est frappant de voir comme elles prennent soin les unes des autres.

Heba est notamment très patiente avec Annie, qui demande toujours à ce qu’on embrasse sa main, en souvenir du geste que lui faisait sa maman. C’est un contact qui la rassure et qu’elle recherche aussi bien auprès de ses compagnes que des volontaires.

Une fois à l’intérieur, elles se dirigent vers la grande salle-à-manger, attendent que nous déballions les jeux que nous avons apportés : puissance 4, cartes, kaplas et dominos. Ces derniers sont le jeu préféré d’Heba, qui peut enchaîner vingt parties à la suite, surtout si Anne, sa compagne SOS Chrétiens d’Orient est présente ! Nous changeons de jeux de société régulièrement et jouons tous ensemble jusqu’à l’heure du thé, que nous offre gentiment le docteur Jeannette. C’est le moment pour échanger un peu avec elle, avoir des nouvelles de l’état de santé des filles et organiser les prochaines activités.   

A notre départ, nous avons finalement l’impression d’avoir passé une après-midi entre amies. Nous nous sentons comme chez nous à la Maison de l’Espérance, entre la personne bienveillante de docteur Jeannette et la joie simple des filles qu’elle a recueillies.  

Après nous avoir dit au-revoir, Amal, Annie, Fahima, Heba, Mariem, Merwat et Sosso retourneront à leurs occupations. Elles confectionnent en effet des bougies, des tapis, des naperons (la spécialité de Sosso qui est sourde) et des dizainiers qui sont vendus par la suite. Elles participent également aux différentes tâches ménagères et entretiennent la maison sous l’œil attentif des deux animatrices.

Docteur Jeannette a à cœur de maintenir cette organisation afin de permettre aux filles de rester actives, de réaliser des objets dont elles peuvent être fières et d’obtenir ainsi une réelle autonomie.          

Pour assurer les activités auprès des personnes handicapées de la « Maison de l'Espérance, les volontaires procèdent régulièrement à des donations, comme par exemple, celles des paires de chaussures d'une valeur unitaire de 9€.

Vous pouvez améliorer le quotidien de ces femmes, faites un don.

Marguerite et Maria, volontaires en Egypte.