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Urgence Jézireh : des familles déracinées, des Français sur le terrain.

FR - 18/11/2019
« Toi aussi tu habites dans une tente ? » me demandait hier une petite fille. L’enfant avait faim et parvenait difficilement à ouvrir les yeux à cause du vent qui l’aveuglait de poussière !

Chers amis,

Je vous écris de la camionnette qui nous ramène du camp de déplacés de la Jézireh, dans le nord est syrien.

A la suite des bombardements turcs, nous vous avions promis que nous viendrions en aide aux familles exilées les plus pauvres, le plus rapidement possible. Depuis le 4 novembre, c’est chose faite.

Début octobre, nous craignions une crise humanitaire. Celle-ci est arrivée et, aujourd’hui, nous agissons dans l’urgence pour enrayer son engrenage.

Laissez-moi vous raconter notre visite dans ce camp.

Je viens de descendre d’une camionnette, dans laquelle sont entassées les galettes de pains que nous allons distribuer. En quelques instants, c’est la cohue.

sos chretiens orient syrie jezireh familles syriennes camp hassakehLes enfants ont faim, les femmes sont désemparées. Chaque homme en âge de travailler est dans la ville pour trouver de quoi subvenir aux besoin de sa famille ! En attendant, les femmes et les enfants font la queue pour récupérer quelques vivres, de quoi tenir deux jours.

A l'heure où je vous parle, les tracteurs et autres engins de BTP sont encore en pleine activité ! Le camp se fabrique sous leurs yeux où tous les moyens sont mis à disposition pour accueillir les milliers de sans-abris...

L’hiver approche ! Mais comment penser à se chauffer demain quand on ne sait pas ce qu'on va manger aujourd'hui ? La nourriture du corps et de l’âme manquent quotidiennement !

Les familles s'entassent avec leurs enfants dans des écoles. Des morceaux de craies sur le sol, des restes de dessins sur les tableaux accrochés aux murs, des chaises et des tables entassées les unes sur les autres dans la cour de création à côté du panier de basket délabré rappellent qu'il n’y a pas si longtemps, les enfants venaient ici passer des heures sur les bancs de l'école ! Aujourd'hui plus rien ! Mêmes les rires des enfants, pourtant si nombreux à y résider, ont disparu ! L’éducation ? Il faut d'abord pouvoir survivre !

Dans ces quelques kilomètres carrés, j’ai vraiment compris le sens du don gratuit de soi.

Ici, ce sont les personnes confrontées aux plus grandes difficultés financières qui viennent en aide à ces nouveaux malheureux. Des familles, déjà sans le sou, en accueillent d’autres n’ayant que leurs vêtements sur le dos. Des pauvres venant au secours d’autres pauvres !

Un bel exemple de charité. Et nous ? Que pouvons-nous faire ?

Tous les jours, mon équipe part tôt le matin pour procéder aux achats des denrées et rentre tard la nuit après avoir réalisé de nombreuses donations. Ce matin, nous avons pris la route à 4h50.

Notre action d'urgence dans la Jézireh prend bientôt fin mais ces quelques jours, passés au milieu des familles exilées, nous ont lourdement éprouvés physiquement et moralement. L'un de mes équipiers en est tombé malade.

J’ai été particulièrement attristé par la vision de cette petite fille, pieds nus sur un chemin de terre caillouteux, le visage tâché de noir à cause de la poussière. Peut-être est-ce parce que je suis père et que je n’aimerai pas voir mon fils souffrir des conséquences d’une guerre décidée par les puissants de ce monde.

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Votre aide en action !

sos chretiens orient syrie aide urgence jezireh deplace bombardement turcGrâce à vos dons, en deux jours, nous avons procédé à des donations de 9000 litres d'eau, de 140 couvertures et de 70 colis alimentaires, aux familles déplacées.

C’est déjà beaucoup et pourtant bien peu au regard des besoins des milliers de familles déplacées à Hassaké. J’aimerai ne pas avoir à choisir les familles à aider mais par manque de moyens financiers, je n’ai pas le choix : j'ai dû sélectionner les 70 familles les plus nécessiteuses. Je me demanderai toujours, si ce choix était le meilleur.

J’ai bien conscience que vous êtes déjà sollicités sans cesse. Mais ce sont nos jeunes qui sont ici et qui apportent l’aide concrète que vous leur avez permis de transmettre ! Grâce à vous et vos dons, nous ne sommes pas venus les mains vides ! Je vous remercie pour votre générosité.

Alexandre Goodarzy

Chef de mission en Syrie.