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Témoignage volontaire - « Ne pas bouger, ce n’est pas vivre. Ce que vous donnez au temps, il vous le rendra. »

FR - 21/11/2019

La première année de médecine ne peut que surprendre les étudiants qui osent s’y confronter… Vous vous découvrez une rage de vaincre, de relever ce défi que les concours vous posent et surtout une envie d’ailleurs. Sans vous prévenir, un jour, vous vous réveillez avec la détermination de partir. Ce fut mon cas.

A l’approche de la nouvelle année, alors que certains vous annoncent leurs bonnes et nombreuses nouvelles résolutions, j’entamais mes recherches pour un futur et proche départ.

sos chretiens orient egypte bidonville ezbet el nakhlPuis me voilà partie pour l’Egypte, berceau de civilisation. Après une semaine passée au Caire, je suis envoyée à Ezbet el Nakhl, le bidonville du Caire, majoritairement habité par des chiffonniers, communément appelés les Zabalins, issus de milieux extrêmement pauvres, coptes. Ils y travaillent traditionnellement au ramassage et au tri des ordures du Caire.

Une misère passée sous silence par les autorités ainsi que par la population locale. Et pour preuve, combien de fois avons-nous dû expliquer le chemin aux chauffeurs de taxi ou aux citoyens cairotes. Devant cette fourmilière géante, qui se dévoile à mes yeux, je ne savais pas trop à quoi m’attendre.

A vrai dire je n’avais qu’une envie, celle de voir l’humanité, la vraie, la simplicité, celle que toute personne partie en humanitaire recherche, s’y confronter et enfin me savoir vraiment utile.

Et c’est avec les enfants, les femmes et les mères que je me suis rendue compte du bien qu’un sourire peut vous apporter.

Les enfants ne sont pas aussi lymphatiques que nous autres adultes. Ils vivent sans filtre ; les affections sont franches et les sentiments vrais. C’est donc durant une matinée passée avec ces petits monstres d’Ezbet que la simplicité et la dure réalité de la vie m’a fait signe.

J’ai ressenti que malgré nos différences, la barrière de la langue, et des cultures bien dissemblables, nous avions tous une sensibilité. Au fond, nous sommes construits à l’identique.

Nous avons tous une tête emplie d’émotion, des caractères et des tempéraments distincts mais un même idéal : le bonheur.

Nous partageons des gènes, en somme, bien communs malgré les mentalités, les apparences et aprioris.

sos chretiens orient volontaires et enfants egypteUn enfant pleure, lorsqu’il est contrarié, rit avec vous et quand l’envie lui prend peut se transformer en un vrai petit morveux intenable. Un enfant ne sait pas s’arrêter. Il est spontané. Le portrait d’un enfant est souvent un autoportrait, un miroir qui ne renvoie que l’image de ce que vous êtes vraiment. C’est le constat et l’expérience que j’ai vécu avec Bolo.

Bolo un petit bout d’homme de six ans. Haut comme trois pommes, coupe au bol, sans histoire, un enfant joueur, bourré d’énergie… Mais une fois dans la rue, son comportement est tout autre. Comme si les bruits de la ville, les regards, les sensations le surprennent. Comme si l’avalanche d'une armée d'âmes affairées qui s’élance à travers les rues étroites lui était inconnue et effrayante.

Je ressens alors sa petite main se serrer toujours plus fort au fur et à mesure que nous franchissons les mètres nous séparant de la garderie, cette douce oasis. Il se colle à mon bras puis finit par se taire, ses yeux se ternissent et je vois maintenant sa petite frimousse d’ange se crisper.

Il ne me faut que peu de temps pour comprendre ce que vit mon petit Zabalin, qui n’est plus à mes côtés mais en train de courir vers l’avant, paniqué, à la rencontre de ses parents, son refuge. Et c’est à cet instant précis que je comprends le déchirement que vit chaque jour ce petit ange à la peau brûlée par le soleil, aux cheveux sombres et sales masquant un front trop grand mais laissant de beaux yeux profonds vous captiver, le tout orné de dents se disputant un maxillaire tordu.

sos chretiens orient egypte chiffonniers du caire ezbet el nakhlChaque matin, Bolo est déposé par ses parents à la garderie. Il n’a pas le choix et ne comprend pas pourquoi ! Je saisis mieux sa joie de retrouver les siens le soir venu et sa tristesse de les quitter une fois la nuit passée.

Je sais aussi que je suis ici non pas pour faire des choses extraordinaires mais pour donner de mon temps, partager des moments de bonheur avec ces enfants, les distraire. Car ce que l’on donne au temps, le temps nous le rendra.

L’humanitaire n’est pas une chose superficielle au contraire c’est une retrouvaille avec soi-même, avec l'autre. Nous redécouvrons les vrais principes, des évidences parfois perdues. Une rencontre avec l’instinct humain le vrai. Vous êtes en quelque sorte naturel, authentique. Vous êtes vous-même.

Et en fin de compte, consoler ce petit, lui parler tendrement sans qu’il me comprenne, le serrer dans mes bras après l’avoir rattrapé et discuter brièvement avec ses parents, me donne une vraie gifle.

Comme en France, j’étais là pour assurer mon rôle de grande sœur, d’aîné, de repère, faire en sorte que tout roule et que tout le monde y trouve son compte. Un rôle parfois oublié.

Bolo, un petit garçon sensible qui m’a étonnée et bien fait rire; d'une intelligence remarquable pas celle que l’on rencontre en forum ou en grand débat scientifique mais une intelligence capable de sentir vos bienfaits et d’en conserver le souvenir. Un esprit sauvage et intact. Petit sourire en coin lorsque je m’approche à pas de loup vers lui ou regard espiègle lors d’un cachecache improvisé en cuisine.

Nous avions avec cet événement créé une relation particulière. Une relation de confiance et peut-être de compréhension sans pour autant vouloir changer le court des choses mais s’y adapter.

Je constate maintenant l’étonnante proximité géométrique de l’infiniment grand et l’infiniment petit. Et nous, humains flottant comme des méduses entre les deux. Mais paradoxalement il ne peut y avoir de progrès que dans l’humain et par l’humain d’où la nécessité de s’y pencher.

sos chretiens orient egypte visite aux familles docteur adel et volontairesAlors une difficulté palpable se présente à vous entre l’opportunité de courir vers la « réussite » bornée et la contemplation de l’Homme comme grenade d’émotion saisissante. Mais s’il n’y avait pas d’obstacle à franchir il n’y aurait pas de plaisir à partager.

Avec cette mission en Egypte un éventail d’émotions s’est présenté à moi : entre la satisfaction d’avoir été utile et la frustration de n’avoir pu vivre le moment d’une façon plus humaine en prenant le temps d’échanger avec les personnes que nous sommes venus aider.

Bref, peu importe où l’on est, ces expériences nous lèguent une liberté, un voyage interne, une connexion à l’humain avec une intensité de partage qui ne peut que nous donner une réelle sérénité en retour. En conclusion, ne pas bouger ce n’est pas vivre. Un jour nous partirons avec nos souvenirs, une valise pour la vie car une parenthèse peut devenir une réelle transition de vie.                

Marie-Eldrade, volontaire en Egypte.

Viens vivre des expériences incroyables et des aventures inoubliables, rejoins les volontaires en mission.

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