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Témoignage volontaire en Syrie – Dans un coin du monde où la vie a vaincu la mort.

FR - 29/11/2019

Mercredi 13 novembre, je quitte le petit village si célèbre de Maaloula et je me dirige vers Damas. Demain, je serai de retour dans mon pays. Le soleil couchant colore le ciel d'un rose saumoné et l'air frais rappelle les dernières touches d'un été qui semble s'éterniser.

Mon regard se pose sur ces déserts rocailleux, arides et rébarbatifs. C'est la dernière fois que je peux imprégner ma mémoire de ces doux souvenirs.

Alors que je rentre en France dans quelques heures, une sourde mélancolie monte en moi. Cela fait déjà 13 mois que je suis arrivé dans ce pays levantin. Mon expérience syrienne s'arrête-là mais ma mission continue : je me dois à présent de témoigner de ce que j'ai vu, de ce que j'ai fait et de ce que j'ai vécu.

On m'avait dit que j'étais fou d'aller là-bas, que c'était de l'inconscience et que j'allais perdre une année de ma vie... On m'avait promis l'apocalypse, un déluge de bombes et une insécurité permanente...

sos chretiens orient madaya ruines volontaire syrieLa réalité est tout autre et bien plus complexe que ce que je pourrais résumer en ces quelques lignes.

Ce que j'ai vu en Syrie est à l'opposé de ce que racontent les médias.

La Syrie subit sur son propre sol une guerre aux dimensions internationales depuis presque neuf ans maintenant. Plus de 50% de la population a dû se déplacer ou se réfugier. Plus de 350.000 personnes sont mortes depuis le début du conflit.

Et pourtant, les infrastructures routières que j'ai empruntées, les hôpitaux que j'ai aussi utilisés (!), la sécurité policière, les services publics, tout cela montre la puissance d'un pays développé.

Évidemment, le blocus économique imposé par l'Occident, États-Unis en tête, est impitoyable pour la population qui souffre de l'absence de gaz, d'essence et de mazout. L'hiver arrive et la grande préoccupation de tous ces amis, que je laisse derrière moi, est de savoir comment ils vont arriver à passer l'hiver avec les 100 litres de mazout disponibles par foyer...

En avril 2019, les restrictions énergétiques ont mis à l'arrêt l'ensemble de la contrée : l'autoroute qui relie Damas à Alep était vide de véhicules, les magasins alimentaires de Maaloula commençaient à s'épuiser et les labours ont pris deux mois de retard car les paysans ne pouvaient pas faire fonctionner leurs machines agricoles.

sos chretiens orient syrie damas personnes agees volontaireLa population syrienne souffre de l'inconscience mortifère de technocrates qui veulent détruire ce coin de monde mais, aujourd'hui, elle se bat pour vivre.

Face à ces violences, que faire ? Certes, notre action ne peut en aucun cas influer sur le cours des évènements mais elle peut et doit aider les populations.

Au cours de ces treize mois, j'ai eu la grande chance de travailler et d'agir dans l'ensemble du pays : Damas et Alep, Homs et Hama, Tartous et Lattaquié, Maaloula et Khabab, Mhardeh et Squelbieh, Palmyre et le Krak des Chevaliers, Qara et Deir Azzer, Kessab et Deir Safra sont autant de lieux qui me sont devenus familiers.

En tant que volontaire SOS Chrétiens d'Orient, je ne suis pas un politique qui viendrait s'exercer sur le terrain, je ne suis pas un membre de milice privée qui prendrait parti pour tel ou tel organisme, je suis un simple humanitaire qui participe à la reconstruction de maisons ou qui apporte des colis alimentaires et des couvertures à des personnes pauvres, qui donne des cours de français à des orphelins ou qui visite des personnes âgées dans les maisons de retraite.

Bachar, père de famille à Maaloula, n'arrête pas de nous dire merci. Interloqué car l'association ne l'a pas aidé directement, je lui ai demandé pourquoi il nous disait merci. Simplement, il m'a répondu les yeux brillants de joie : « Merci car vous, vous êtes là ».

Quant au Père Malek, curé de la paroisse chaldéenne de Damas, il m'a confié un jour :

« Le plus beau travail de SOS Chrétiens d’Orient, c'est d'être avec nous, à nos côtés. Ça, c'est le vrai visage de la France ». 

sos chretiens orient syrie khabab volontaire donation familles pauvresÊtre présent à leur côté, pour les accompagner, pour participer aux événements heureux tels que les mariages, comme aux événements malheureux tels que les enterrements, voilà comment j'ai pu aider les Syriens. Être généreux en présence et en esprit à leurs côtés, être là avec eux, se donner soi-même tout simplement.

Mon expérience en Syrie a été une incroyable aventure où la charité et l'espérance des populations ont été deux marqueurs indélébiles, que je ne pourrai jamais oublier.

À chaque instant, j'ai été frappé par l'accueil bienveillant et par la générosité orientale. Malgré les conditions précaires dues à la guerre, ces traditions ancestrales sont respectées et maintenues.

Partout où nous sommes invités, nous recevons un café arabe dont le goût prononcé de la cardamome dilate les papilles gustatives d'une saveur si particulière. Même la plus humble des demeures reçoit l'hôte avec une incroyable chaleur.

Ces moments-là sont l'occasion pour nous d'apprendre à mieux connaître les populations d'Orient et plus particulièrement les chrétiens.

Enfin, la dernière chose qui m'a profondément marqué, c'est l'inexpugnable espérance que porte en elle cette population. Certes le présent est noir et l’horizon semble bouché. L'exode massif de la jeunesse est préoccupant car l'émigration des populations chrétiennes qui répond aux sirènes menteuses d'un monde occidental meilleur, entraînera inconditionnellement une déstabilisation géopolitique de tout le Moyen-Orient.

C’est pourquoi, ceux qui veulent rester, reconstruisent le pays à une vitesse impressionnante : la Ghouta que j'ai découvert quand je suis arrivé est totalement différente de la Ghouta que je quitte aujourd'hui. Lors d'un entretien avec Monsieur Simon, chef de la Défense Nationale de Mhardeh, il m'a dit :

« On reste, on ne s'enfuit pas. On reste car c'est notre terre, la terre de nos pères, la terre de nos grands-pères. Et cette terre nous ne l'abandonnerons jamais. »

sos chretiens orient syrie alep enfants ruinesCes chrétiens sont chez eux et ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient partir. Ils ont pris conscience qu’après les douleurs de la Passion, il y aura la gloire de la Résurrection. Alors, inlassablement, ils reconstruisent leur village, leur ville, leur pays.

Oui, la Syrie est un coin du monde que certains ont voulu détruire militairement, politiquement, économiquement et médiatiquement, mais qui, aujourd’hui, reste un coin du monde plus vivant que jamais.

Oui, la Syrie est un coin du monde qui ne veut pas se laisser imposer des lois et des directives par des technocrates, un coin du monde qui veut reprendre sa destinée en main pour revivre et assurer à ses enfants une vie digne.

Oui, la Syrie est un coin du monde enfoncé dans un chaos apocalyptique mais qui veut sortir de son désespoir en étant porté par l’espérance d’un avenir meilleur.

sos chretiens orient syrie weekend pentecote volontairesIls s’appellent Ramez, Samer, Fimy, Waël, Lawandios, Abouna Toufik et Abouna Malek, Sœur Lydia, Sœur Nouhade et Sœur Fida, Monsieur Simon et sa femme Reem, Salem, Fahed, Rosy, Talal, Mariana, Joseph, Abu Tamam et Om Tamam, Estaz Khalil, Tamam, Athar, Muhammed, Nabil, Rita, Fady, Souher, Georges, Jacques, Mike, …

Ils ont des caractères complètements différents, des âges aux antipodes, des croyances hétérogènes mais pourtant, ils n’ont qu’un seul but en tête : travailler ensemble pour reconstruire leur pays.

Keulkon 3l rassi laano ana armelet ktir m3kon : bala entou, l Souria mukhtalif. Shouhran beaucoup mechan keulou w keul chi. Habibati, mishteulkon ktir bes insh’Allah ra7 nshoufna badden. Allah m3kon!

Baudouin, volontaire en Syrie.

SOS Chrétiens d’Orient envoie des volontaires tout au long de l’année. Comme Baudouin, venez vivre une expérience inoubliable en Syrie. Ne vous posez pas de questions. Les seules limites sont celles que vous vous imposez.