Actualités

Entre les tentes et la pauvreté : un souffle d’espérance au camp de Bardarash.

FR - 26/11/2019

Nord du Kurdistan irakien. Des rangées de tentes blanches s’entassent comme des ruches sur un terrain vague. Quelques cagots de fruits posés sur le bord du chemin rencontrent du succès auprès des familles syriennes. Le camp s’agite et se réveille pour une nouvelle journée en exil.

Qu’ont-ils pris avec eux ? Des vêtements de mi-saison, quelques couvertures, un peu d’argent liquide. Des petites filles aux cheveux nattés passent en trombe devant moi, alors qu’à ma droite une petite moto vétuste me barre le chemin. Je suis, une nouvelle fois, dans le camp de Bardarash.

Un mois après, la tension est toujours palpable ; même les sourires qui nous sont adressés ne peuvent cacher la pauvreté du camp. Après les bombes, la misère.

Début octobre, les forces truques franchissent la frontière syrienne. L’offensive « Source de paix » est lancée dans le nord-est de la Syrie. L’objectif : débusquer les kurdes dont le nationalisme exacerbé exaspère les pays limitrophes. Mais les bombes ne font pas la distinction entre les civils et les militaires. Menacés de mort, des dizaines de milliers de Syriens fuient dans les villages reculés ou trouvent refuge en Irak dans le camp de Bardarash.

sos chretiens orient syrie aide urgence jezireh deplace bombardement turcEn Syrie et en Irak, c’est le branlebas de combat. SOS Chrétiens d’Orient fidèle à sa réputation, lance en urgence des opérations humanitaires pour les familles déracinées et exilées, dont la plupart ont des enfants en bas-âge.

Alors qu’en Syrie les équipes se mobilisent massivement dans les villes de Hassakeh, Qamishli et Raqqa, les volontaires en Irak en collaboration avec la Barzani Charity Foundation (BCF) mènent une première opération à Bardarash. Ils y distribuent 150 colis alimentaires. Bien peu au vu du nombre de familles, mais faute de moyens financiers, Antoine Brochon, chef de mission en Irak, est rendu à faire des choix.

Le 22 novembre, une nouvelle fois dans l’urgence, une petite équipe menée par Julien Dittmar, chef adjoint de la mission, a foulé à nouveau « ce bout de sol syrien » au Kurdistan irakien. Grâce aux dons récoltés suite à la première opération, ils ont procédé à une donation de trente brouettes. Le camp, accueillant plus de 3000 familles, s’étend à perte de vue.

Les distances à parcourir à pied, avec plusieurs dizaines de kilos sur le dos, sont donc souvent très pénibles.

sos chretiens orient irak donation urgence camp bardarash volontairesCes brouettes permettront à bon nombre d’envisager plus sereinement le transport des denrées alimentaires de première nécessité et des provisions entre les zones de stockage et les tentes.

 « Le camp est toujours aussi insalubre, les gens sont agités et les forces de sécurité à l’entrée très autoritaires. Adossée à la portière de notre voiture, j’observe cette scène de désespoir que mes yeux impriment sur ma mémoire.

Des familles entières, entassées à dix dans une voiture avec le peu de biens qui leur restent, des visages éteints, des enfants en pleurs, des parents épuisés.

A l’entrée du camp, alors que je sors mon appareil pour prendre des photos, une petite fille de trois ans en pyjama s’approche de moi. Les cheveux décoiffés et pieds nus, avec un immense sourire et des yeux naïvement joyeux, elle souhaite que je la photographie. Succombant à ce regard si profond, je la prends en photo. Un instant fugace qui s’envole aussi vite que cette petite fille, partie rejoindre sa mère, en me lançant un baiser.

La responsable logistique, membre de la BCF, nous fait signe de passer le portail. Chargés de nos brouettes, nous traversons les allées séparant les tentes.

sos chretiens orient irak familles syriennes camp bardarashAutour de nous, les gamins jouent dans la terre et les femmes étendent leur linge. Devant les zones de stockage, les enfants avec des bidons à la main font la queue pour s’approvisionner en eau. Ils me regardent avec leurs grands sourires dans l’espoir que je les prenne en photo.

Le lieu est très bruyant : entre les passages des camions, les chargements et déchargements de provisions et les plaintes des nouveaux arrivants, contraints de patienter pour les démarches administratives.

Nous déchargeons les brouettes dans une zone de stockage. Trois hommes du camp, étonnés de me voir filmer, s’approchent pour nous prêter main-forte, trop heureux de bénéficier de cet instant « vedette de cinéma ».  Une fois les brouettes livrées et rangées, l’un des réfugiés me regarde avec un grand sourire et me demande de le filmer sortir du camion; je m’exécute. Il me fait une accolade et me remercie.

Je me sens très mal à l’aise et à la fois reconnaissante de tous ces sourires que je reçois pour avoir pris de simples clichés.

sos chretiens orient camp bardarash irak enfants syriensLa mission accomplie, nous faisons un tour dans le camp pour rencontrer des familles. A mesure que nous avançons, des sonorités musicales nous parviennent. Un grand groupe d’enfants grimés est en pleine répétition d’une chorégraphie, sous l’œil vigilant des adultes. Nous observons le spectacle avec leurs parents, heureux de les voir s’occuper, comme dans leur ancienne vie.

Un peu plus loin, des petits commerces de fortune ont ouvert: « salons de coiffure et barbier » dans les tentes, des stands de fruits et légumes, de vêtements et même un touktouk faisant office de taxi.

Nous découvrons alors un autre aspect du camp, semblable à une petite ville, avec de nouvelles installations et un peu plus de vie. Je suis en admiration face à une telle scène :

Celle de réfugiés venant de tout perdre excepté la vie, qui gardent espoir et tentent de retrouver un semblant de normalité.

Cette deuxième visite m’a bien plus touchée que la première. Malgré la détresse, ils gardent précieusement en eux une très grande volonté de se battre pour survivre. »

Cette seconde opération d’urgence a été financée à hauteur de 800$. Une brouette coûte 19$. Aidez-nous à poursuivre nos actions d’urgence dans le camp de Bardarash. Faites un don.

Laurie, chargée de communication en Irak.