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Témoignage volontaire - Dans la pauvreté se révèle une richesse inattendue.

FR - 10/01/2020

SOS Chrétiens d’Orient envoie des volontaires tout au long de l’année. Comme Maria Caterina, venez vivre une expérience inoubliable en Egypte. Ne vous posez pas de questions. Les seules limites sont celles que vous vous imposez.

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Au Caire, l'atmosphère est enveloppée dans le brouillard du narguilé qui, en se mélangeant à la lumière du soleil, accompagne l’observateur dans un monde onirique bien différent de celui de l'Occident.

Notre attention est invariablement attirée par les mains des personnes âgées assises dans les bars de rue, une bague au doigt et quelques fois, une cigarette allumée au coin des lèvres. Les prières du Muezzin sont la musique de fond de nos nombreuses activités et bien qu'elles s'imposent parfois presque violemment et de manière autoritaire au silence, elles me font réfléchir sur la pauvreté spirituelle occidentale. Leur appel continu à quelque chose qui dépasse tout ce qui est purement immanent, me fascine.

Comme le dit le Pape Benoît XVI : « On n'échappe pas au dilemme d'être un homme. Ceux qui prétendent échapper à l'incertitude de la foi devront tenir compte de l'incertitude de l'incrédulité ». Les jours qui suivent mon retour de la mission sont dominés par ce sentiment de gratitude. Je garde en tête la beauté de certaines personnes âgées, vêtues de tuniques cousues de bagues de pierres ou de mystérieuses gravures, qui les enveloppent d'une aura très particulière. Certaines d'entre elles, en raison d’une élégance innée, révèlent une pauvreté dépourvue de négligence.

sos chretiens orient egypte maison de esperance alexandrie volontaireJ’éprouve de la gratitude pour le témoignage de ceux qui ont pu se faire derniers parmi les derniers, à travers un oubli de soi sain et fécond. Comme cette jeune femme qui, après son diplôme, a consacré trois ans de sa vie aux filles handicapées de la Maison de l’Espérance.

Aujourd’hui sa mère, le Dr. Jeannette dirige la maison. Cette femme nous a conquis. Si élégante dans ses mouvements et dans son discours et pourtant si ferme et résolue dans la poursuite de sa mission qui n’est pas dépourvue d’obstacles psychologiques et économiques. Grâce à elle, ces femmes ont une famille.

Ses mains fines et soignées fermant avec élégance les pots de confitures ou autres délices, comme les dattes chaudes au jus d'agrumes et aux épices, sont un doux souvenir de cette maison accueillante.

Les filles handicapées m'ont beaucoup appris sur la patience dont elles doivent faire preuve pour prendre soin les unes des autres. Elles tentent de combler les difficultés avec une simplicité qui par moments pourrait être prise pour de la naïveté enfantine, mais qui s'est souvent révélée être le fruit d’un esprit sage et mûr. Le temps passé avec elles a le pouvoir de transformer, silencieusement.

Nous avons passé beaucoup d'après-midis avec les Sœurs de Calcutta. Elles sont si lumineuses et se contentes de si peu. Elles sont accueillantes et offrent de la chaleur dans leur petite oasis qui contraste avec la dégradation à l'extérieur de leurs murs. Elles font tout par amour, sans l'attitude d'un justicier.

Un soir, après avoir souhaité bonne nuit aux femmes hébergées, la mère supérieure me conduit à la chapelle... dépourvue de chaises. C'est ainsi que Mère Thérèsa l’avait voulu. Tout au long de l'Avent, la mangeoire del'Enfant Jésus dans la crèche fut construite jour après jour par les religieuses.

Pour chaque sacrifice qu'elles faisaient par amour pour cet enfant, elles mettaient un fil de foin.

La petite chapelle est leur refuge sobre et accueillant. Ici, les gens frappent pour demander de l'aide, parfois avec un élan violent. Leur amour est un abandon simple et confiant qui prend par la main et mène à Dieu à travers l'expérience toujours si vivante du service quotidien envers les derniers.

« Si vous voulez servir les pauvres, vous devez vivre comme les pauvres ». Elles témoignent avec une totale spontanéité du fait que « L'église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction ». J’ai trouvé cette phrase dans un livre sur les martyrs d'Algérie qui m'a été donné, justement par une religieuse italienne de l'ordre.

Le dernier jour une religieuse nous remercie : « nous avons besoin de votre présence ». Aujourd'hui, tout le monde court, assoiffé d’attention et de quelqu'un qui leur en accorde. Lorsque vous ne parlez pas la même langue et n'avez pas le même passé culturel, il n'y a pas d'automatisme dans les rencontres, tout doit être conquis, à commencer par un sourire.

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sos chretiens orient monastere saint antoine egypte volontaireUn jour nous nous rendons au très ancien monastère de Saint-Antoine. L'architecture rappele les livres illustrés sur l'enfance de Jésus et ce lien, ces origines communes, donnent le sentiment d’être à la maison.

Dans une grotte, nous perdons en contemplation alors qu’un moine orthodoxe entonne une prière très douce à la Vierge, en arabe. A notre tour, sur sa demande, nous chantons de tout notre cœur. Depuis longtemps, il enregistre les chants religieux du monde entier pour en faire une vidéo. Ce soulèvement des cœurs et ce face-à-face avec Dieu à travers le chant est palpitant. Le moine en est presque ému.Il semble sincèrement heureux de nous voir et continue de rendre grâce pour nous, un groupe de jeunes occidentaux venus là pour donner un peu de notre temps en Égypte et chanter pour le même Dieu, liés par la même foi qui remplit les distances.

Nous montons ensuite à la grotte où vécut le saint ermite. Tout le chemin est jonché de détritus, principalement de bouteilles d'eau avec lesquelles les pèlerins se désaltèrent pour affronter les trois-cent marches menant à la grotte. Les jeunes volontaires commencent à les ramasser et à les jeter dans des poubelles, dans le silence du désert. L'un après l'autre, ils se courbent et se relèvent, comme s'ils avaient fait leurs les paroles du moine :

« Dans l’ancienne tradition iconographique, les personnes sont représentées avec de grands yeux pour observer et de petites bouches pour ne pas parler pour ne rien dire, dans une attitude d'écoute et de service. »

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À Alexandrie, les trains sont comme de vieilles photos jaunies et tachées de café. Je me suis laissée séduire par les ruelles colorées, par la danse du linge pendu qui s'entrelace, par ces images qui se composent et se décomposent comme dans un kaléidoscope.

C’est comme si les couleurs des épices et des tissus devaient compenser le gris des bâtiments jamais terminés, du désert tout autour, des bidonvilles pleins d'ordures et envahis par la fumée noire.

Un homme avec une charrette pleine de légumes passe par les rues étroites, miteuses et puantes. Une dame du deuxième étage fait descendre un panier recouvert de velours rouge.

sos chretiens orient bidonville ezbet el nakhl egypte chiffonniers du caireDans les bidonvilles, certains se soucient de leur dignité et dépensent le peu qu'ils possèdent pour le soin de leur maison, pour faire des décorations sur les murs.

Nous prions ensemble avec les familles que nous visitons, en arabe, en français et en italien.

Chacun sourit en entendant l'autre prier dans sa langue parce que, même si nous ne comprenons pas, nous nous sentons liés les uns aux autres.

À Alexandrie, nous respirons la gloire d'un passé qui a été rongé par l'histoire, les conflits et la pauvreté.

La cathédrale Sainte-Catherine en est un exemple frappant et les beaux alentours de la paroisse maronite révèlent également la splendeur d'un temps passé qui cherche à revenir à la vie. Dans cette dernière paroisse, un séminariste nous confie :

« Fût un temps où l’on célébrait 3 baptêmes par semaine. Actuellement, le prêtre présent depuis 2 ans et demi n'a pas encore célébré un seul baptême. »

sos chretiens orient egypte garderie miss leila caireFace au sentiment de mélancolie que peuvent provoquer certains récits, l'insuffisance et la pauvreté de mon être se révèlent dans l'urgence de maintenir la cohérence à distance, non plus seulement en offrant une présence momentanée, comme une fin en soi. Tout implique un questionnement, en particulier les « pauvres en esprit » qui révèlent leurs richesses.

Devant mon incapacité à devenir vraiment comme eux, pauvre, dans un oubli total de moi, je m'arrête devant la crèche avec les autres volontaires.

Un de mes plus beaux souvenirs est peut-être celui d'un volontaire, tard dans la nuit, dans l'étreinte des ténèbres, le chapelet à la main, à genoux, priant devant la Vierge.

« L'omnipotence de Dieu ne se révèle que dans la faiblesse de l'homme qui prie » (cit. Divo Barsotti).

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Je remercie particulièrement les volontaires avec qui j'ai partagé cette expérience, pour l'humilité et la spontanéité dont ils ont fait preuve au service des plus pauvres. L’abandon et la confiance quotidienne dans la prière s’est transformé en une présence joyeuse dans les activités, avec l'attention d'écouter et d'essayer de comprendre un monde lointain.

Merci, pour m’avoir ainsi amusée et émue dans un jeu d'émotions qui me remplit encore de gratitude.

Maria Caterina, volontaire italienne en Egypte.

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SOS Chrétiens d’Orient envoie des volontaires tout au long de l’année. Comme Maria Caterina, venez vivre une expérience inoubliable en Egypte. Ne vous posez pas de questions. Les seules limites sont celles que vous vous imposez.

Par jour, la mission d’un volontaire coûte 33€ à l’association. Si vous ne pouvez pas partir, soutenez un volontaire en mission, faites un don.