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Damas sous les bombardements

FR - 27/02/2018

JOUR 1

« Je m'appelle Béatrice, j'ai 24 ans et je suis chef de mission adjointe en Syrie. En ce moment même, je vous écris depuis Damas, sous les bombardements.

Depuis plusieurs mois, les Damascènes ont vu s'abattre sur leur tête des centaines d'obus de mortiers, tirés depuis les quartiers aux mains des terroristes de la Ghouta Orientale et de Jobar. 

Avant hier, un missile tiré par les terroristes s'est abattu dans le quartier de Ruken Al Din au nord de Damas. Toutes les vitres des immeubles alentours ont volé en éclat, l'explosion a déclenché des incendies dont vous pouvez voir les traces sur les façades des immeubles. 

Plusieurs voitures ont brulé, le mobilier est détruit et les débris jonchent le sol. 

On compte aujourd'hui 3 morts et 55 blessés sans parler des familles et des enfants qui seront à jamais traumatisés.

Je sais qu'en France on parle beaucoup des bombardements dans la Ghouta et je les entends également au loin, mais ce que je veux vous dire c'est qu'il y a des morts des deux côtés. S'il vous plaît, n'oubliez pas les Damascènes. »

 

JOUR 2

Les obus de mortiers tirés par les terroristes depuis la Ghouta Orientale s'abattent toujours sur les civils des quartiers de Damas.

« Hier j'ai rencontré Aziz, il se rendait à l'enterrement de sa tante. Mais il est passé par une mauvaise rue au mauvais moment. Il n'a pas vu la roquette tomber mais il a entendu l'explosion et senti les éclats lui transpercer le corps. 

Au sol, dans une mare de sang, il a hurlé pour que des gens viennent à son secours et s'est évanouit au moment ou il a senti quelqu'un le soulever pour l'emmener dans l'hôpital le plus proche. Les médecins pensaient qu'il ne passerait pas la nuit tellement il avait perdu de sang mais Aziz a survécu. Il a perdu ses quatre doigts à la main droite, il est blessé au coté et à la jambe. Sa famille est venue l'entourer. Ils sont chrétiens, ils habitent à Bab Touma, aujourd'hui ils se posent la question de partir, ils ne veulent pas, c'est leur pays, ils ne veulent pas devenir des réfugiés mais face à cette situation désespérée ils ne voient pas d'autres choix. Sa sœur me confie : « Nous stressons trop, mon frère a failli mourir, ma sœur pleure tout le temps, nous devons abandonner la maison car c'est trop dangereux de rester ici. »

Un peu plus loin dans le même couloir, Fadi témoigne. Lui, achetait des fruits au souk quand le mortier est tombé, il est blessé au ventre et ne sait pas s'il retrouvera l'usage de ses jambes. Son fils aussi a été touché par un obus, deux ans plus tôt, mais il n’a pas survécu. Son fils unique âgé de sept ans. 

« Avant nous étions une famille pauvre mais heureuse, maintenant la guerre nous a tout pris, je n'ai plus de famille, je suis toujours triste et je ne sais pas si je pourrais travailler à nouveau. » Sa mère pleure à côté de lui, elle n'en peut plus, c'est trop dur.

Je vous confie aujourd'hui leurs témoignages semblables à tant d'autres et si personnels à la fois. J'espère leur avoir rendu hommage. S'il vous plait n'oubliez pas les Damascènes. 

 

JOUR 3

A Damas les obus envoyés depuis la Ghouta continuent de tomber, encore trois en une demi-heure. Des deux côtés des enfants meurent, des familles souffrent. Beaucoup de Damascènes m'ont demandé d'alerter les Français de leurs situations. 

Certains ont fui la ville pour se réfugier à Sednaya ou Maaloula, les hôtels sont complets alors ils dorment dans leurs voitures. Toutes les images et les témoignages ont été recueillis cette semaine. Je vous laisse écouter cette religieuse de l'école des Franciscains. 

Merci pour toute l'attention que vous porterez à ses paroles, s'il vous plait, n'oubliez pas les Damascènes.

 

JOUR 4

Il y a trois jours, pendant le « cessez le feu », les djihadistes dans la Ghouta ont bombardé le quartier chrétien de Bab Tuma. Ce n'est pas inhabituel mais cette fois-ci ils ont touché deux écoles chrétienne et la cathédrale grecque-melkite catholique. « Ils font exprès pour faire peur aux familles, les enfants commençaient tout juste à revenir à l'école » me confie Mgr Arnaoutian, l'êvèque arménien catholique de Damas. 

Deux petites filles me racontent que depuis, elles ne sortent plus du tout et que quand les bombes tombent elles se cachent dans la cuisine. La grande soeur, Sofia, 11 ans, m'explique : « Une de mes amies pleure tout le temps depuis 3 jours, sa maman était dans la rue et elle est morte. » Une volontaire syrienne nous raconte qu'elle est inquiète pour son petit cousin :« Il était dans l'école au moment où la bombe a explosé. Il a eu très peur, il est choqué. Il ne veut pas témoigner car il craint que les djihadistes le reconnaissent et viennent le tuer ensuite. C'est un petit garçon mais maintenant il réfléchit comme un adulte... ça me fait beaucoup de peine. »

De part et d'autre les bombardements continuent. Par leur innocence, leur fragilité, les plus jeunes payent le prix d'une guerre qui ne s'arrête pas.

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Béatrice
Chef de mission adjointe Syrie