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Le jour se lève sur Ezbet el Nakhl

FR - 17/08/2018

Le jour se lève sur Ezbet el Nakhl, les coqs chantent et la rue s’anime petit à petit. Un pas dehors et c’est l’atmosphère du lieu qui vous emporte. L’odeur rance des lieux montent aux narines, de temps à autre elle est délicieusement remplacée par une odeur de pain qui cuit ou d’épices que les étals des vendeurs exposent.

Un cri retentit, il faut éviter un ballon de football, un enfant vous salue, il sourit et s’en va, sa partie ne fait que commencer. Un peu plus loin c’est le bruit méthodique d’un hachoir qui vous surprend, la viande est en train d’être découpé, elle sera vendue dans la journée.

Au milieu de cette effervescence, les volontaires de l’association partent comme tous les matins à l’école de soutien de Miss Marlène et à l’école Mahaba, toutes deux au cœur du bidonville. A l’école de Marlène, ils donnent des cours d’anglais à de jeunes enfants de chiffonniers. A l’école Mahaba, fondée par Sœur Emmanuelle, il y a 40 ans, les jeunes volontaires enseignent le français.

Sœur Emmanuelle avait compris que l’espoir pour les chiffonniers viendrait de l’éducation. C’est l’éducation qui permettra aux enfants des bidonvilles de rêver à un avenir meilleur. C’est l’éducation qui leur donnera une solide formation pour les aider dans leur vie de tous les jours à l’intérieur comme à l’extérieur du bidonville. Aujourd’hui, son action est continuée par des personnes qui l’ont connu et qui œuvrent tous les jours au sein du bidonville. Parmi elles, le Docteur Adel Ghali, qui travaille depuis 40 ans à Ezbet el Nakhl et qui a connu Sœur Emmanuelle. Depuis 40 ans ils aident les chiffonniers, il les défend, les soignent et apprend à les connaitre. Du centre Salam à l’école Mahaba, du couvent de Filles de Marie à la paroisse Mar Girgis, il agit pour aider les habitants du quartier à avoir un avenir. L’œil pétillant, le regard clair et avec un sourire qui ne le quitte jamais, il parle de l’action de Sœur Emmanuelle comme d’un miracle, comme de l’action du Saint Esprit. Ses explications claires aident les volontaires à comprendre les enjeux du développement du bidonville. Il les aide à connaître les chiffonniers, ces personnes si particulières.

De temps en temps il accompagne les volontaires pendant les activités. Ce matin le docteur visite des classes de l’école de Marlène et les volontaires l’accompagnent. A son entrée, les enfants se lèvent et l’écoutent religieusement, de sa voix calme et bienveillante il présente les nouveaux. Aussitôt parti, le joyeux brouhaha des classes reprend et les volontaires s’escriment de nouveaux à enseigner les subtilités de la langue française.

Du toit de l’école, une vue imprenable sur le quartier, le bidonville et les immeubles en construction, la rumeur des rues monte et les odeurs chatouillent à nouveau les narines. Au loin, on entend des hurlements de cochons, un coq chante. Le toit de l’école est un chantier non terminé, qui ne le sera sans doute jamais. L’association a donc décidé de mettre en place un projet de rénovation mené par les volontaires. Il s’agit de remettre le toit à disposition de l’école pour que les enfants puissent profiter d’un espace de détente.

En sortant de l’école de Marlène, il faut remonter la rue pour arriver à l’école Mahaba. Sur le chemin, des hommes s’affairent à creuser des tranchées dans la terre pour enfouir des tuyaux d’eau. Le portier salue les volontaires, comme tous les matins. Ils rejoignent leurs classes et le cours commence.

Dans cet établissement fondé par Sœur Emmanuelle, les élèves sont au nombre de 3 000 pendant l’année. La grande majorité sont des enfants de chiffonniers, les autres enfants viennent du quartier. L’alphabétisation de ces enfants est une priorité pour le docteur Adel. C’est ce qui permettra à chacun de pouvoir envisager le futur avec sérénité. Parmi les anciens élèves de l’école certains sont devenus médecins, d’autres sont ingénieurs, d’autres encore professeurs. Aujourd’hui, 40% des professeurs de l’école Mahaba sont des anciens élèves, preuve que l’action de Sœur Emmanuelle, du Docteur Adel et des autres porte ses fruits.

Si le docteur Adel parle de miracle lorsqu’il évoque l’évolution du quartier c’est qu’il a vécu beaucoup de changements depuis qu’il a rejoint sœur Emmanuelle. Il y a 40 ans, la plupart des chiffonniers vivaient dans des cabanes en tôle et en carton, aujourd’hui 19 000 des 20 000 chiffonniers vivent dans des bâtiments en dur, avec l’eau courante et l’électricité. Il parle d’un vrai miracle et continue à œuvrer pour sortir toutes ces familles de la pauvreté et de conditions de vie parfois très difficiles mais selon lui, l’important est de « se laisser diriger par le Seigneur ». Pour le Docteur Adel, Tassony Maria, mère supérieure du couvent des filles de Marie et pour toutes les autres personnes rencontrées, l’éducation est la clé de la réussite. Aujourd’hui l’enjeu est autant de convaincre certaines familles d’envoyer leurs enfants à l’école que de trouver des places pour les accueillir. Chaque année, 1500 enfants ne peuvent aller à l’école faute de places disponibles. C’est à l’aune de ce constat que le projet de la construction d’une école a émergé à l’été 2017. Construite au nord du Caire à la limite du quartier d’Ezbet el Nakhl, elle permettra d’accueillir 3000 enfants dont de nombreux enfants de chiffonniers.

Un peu plus tard dans l’après-midi, deux volontaires se rendent au couvent des Filles de Marie, à côté du centre Salam, fondé par Sœur Emmanuelle et qui abrite un hôpital. La nuit commence à tomber, la rue s’anime à nouveau avec le retour d’un air frais qui vient balayer la chaleur lourde de l’après-midi. La porte du couvent passée, on entend les oiseaux chanter et le klaxon des tuk-tuk paraît alors lointain. C’est dans ce havre de paix que les volontaires viennent donner chaque soir des cours de français aux novices de l’ordre. A Ezbet el Nakhl, les Filles de Marie agissent aux quatre coins du quartier : à l’hôpital du centre Salam auprès des grands prématurés, dans les écoles du quartier, avec les personnes handicapées… Ces religieuses coptes orthodoxes ont fait don de leur vie pour servir les plus pauvres. Leur foi, leur dévouement et leur joie du service sont des exemples à suivre pour les volontaires.

La journée à Ezbet se termine et le quartier rentre petit à petit dans le silence de la nuit même si les rues resteront animées jusque tard dans la nuit. Les volontaires continueront leur service, les chiffonniers continueront de ramasser les déchets du Caire et les enfants, eux, continueront de sourire, sur le chemin de l’école.

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