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Le silence suspendu entre terre et ciel à Mar Matti

FR - 24/09/2018

Deux jours au monastère syriaque-orthodoxe Saint Matthieu, perché sur un piton rocheux surplombant la Plaine de Ninive. Ce saint mausolée sous le patronage de l’Église syriaque orthodoxe, est un véritable trésor du patrimoine irakien préservé des bombes et des combats qui ont fait rage à cinq kilomètres.

« Quelle magnificence ! Après une ascension d’une vingtaine de minutes, un écrin de beauté s’impose à nos yeux subjugués. À peine le pied posé à terre, les bouches se taisent et les yeux s’émerveillent.

Nous franchissons timidement les portes en fer forgé blanc. La main d’un ermite nous invite à pénétrer. Entre les murs baignés de soleil, les rires des enfants font échos au sifflement du vent, ou est-ce le son feutré des tambours battant et des trompettes de la troupe scoute ? Les majestueuses pierres multi centenaires nous épient, comme les regards de curiosité des Irakiens, qui, comme nous admirent avec le cœur. Notre drone prend de la hauteur. Le son produit pas les quatre hélices brisent momentanément notre contemplation.

Mais déjà, la nuit tombe sur le monastère. Nous profitons des derniers rayons lumineux se posant sur le dôme, pour capturer l’histoire de ces pierres et leur majesté, de peur que tout ceci ne soit qu’un rêve.

Un feu ardent crépite… de hautes flammes fougueuses s’élèvent dans le ciel illuminant la vallée de Ninive. Telle une source de vie, l’âtre éclaire la foule qui s’écarte au contact d’une puissante chaleur. Des prières s’élèvent en chœur, elles célèbrent Saint Matthieu. Ce saint chaldéen qui autrefois a converti un roi païen. Se mêlant aux chants, les flammes crépitent, des échos se répercutent dans la vallée, les chrétiens de Ninive sont toujours là.

Les fenêtres grincent, les portes du couloir claquent. Un moine en bure noire arpente le monastère en récitant des psaumes.

L’aube se lève sur le couvent silencieux. Le feuillage dense et vert bruisse sous l’effet du vent. L’huile d’olive coule sur le pain sans levain, encore chaud. Les premiers volontaires éveillés partagent le petit déjeuner. Ce matin, nous déambulons dans le monastère pour mieux saisir son histoire. A proximité de l’entrée de l’église, au fond de la cour intérieure, un haut relief du baptême de Sarah attire le regard ; dans la crypte, la tombe de Saint Matthieu est un lieu de pèlerinage où touristes et Irakiens implorent le Saint de les bénir et de les protéger.

La messe s’achève, la fanfare scoute claironne. Accoudés au balcon, nous écoutons avec attention les notes de musique se répondrent. Les graves de la grosse caisse s’harmonisent aux aigus des trompettes.  15h, il est déjà temps de partir. Nous reprenons la route la tête remplie de souvenirs gravés dans nos esprits. Laissant l’ombre du monastère planer dans la voiture, le silence s'installe, les yeux se ferment. Ce séjour nous appartient. Nous le partageons et serons les seuls à nous souvenir à tout jamais de ce voile silencieux qui a relié momentanément la terre au ciel.