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“Cette génération peut changer le monde et redonner son âme à l’Europe.”

FR - 13/11/2018

J’aimerais commencer ce bref rapport sur mes 5 semaines de volontariat en Syrie avec cet échange avec le Père Tony (si je me souviens bien du nom), un prêtre grec-melkite catholique de passage à Maaloula pour la fête de Saint Serge, célébrée le 7 octobre.

« Que fais-tu donc avec des français ? » 

- « Que fais-je ici ?… Je me pose la même question ! Mais un Italien peut s’adapter à toutes les situations ! »

« J’en suis sûr. »

Je m’appelle Nicola. Je suis archéologue italien de 32 ans originaire de Bari, et j’ai choisi de partir en Syrie avec SOS Chrétiens d’Orient.

C’est assez difficile pour moi de vous partager cette expérience et d’expliquer les raisons profondes qui m’ont poussées à emballer mes affaires et à prendre mon sac à dos. De retour chez moi, tout semble différent. J’ai dû me poser, m’asseoir et ordonner mes souvenirs avant de retomber dans la routine italienne quotidienne. Chaque fois que j'ai essayé d’écrire quelque chose, j’ai finis par tout supprimer pour mieux recommencer.

Seule une très grande volonté vous amène à quitter votre pays et à surmonter vos limites personnelles. Ces dernières années, de nombreux européens se sont joints aux terroristes islamistes pour combattre et détruire, se mettre au service d’une cause qu’ils considèrent comme juste. Aller à contre-courant de cette pensée ne va pas de soi ; partir dans un pays en guerre pour le reconstruire ne s’impose pas naturellement à l’esprit.

J'ai été confronté à la réalité syrienne : un pays touché par le fléau de la guerre. Les Syriens sont extraordinaires et, bien qu’ils soient au cœur d’un conflit mondial depuis 8 ans, ils sont toujours profondément joyeux. Ils vous regardent avec le cœur. Chaque personne que vous rencontrez a dans ses yeux quelque chose d’unique et d’authentique, difficile à décoder et à peine détectable.

A Damas, Maaloula et Homs, j’ai participé aux chantiers de reconstruction et aux activités avec les enfants et les personnes âgées vivant pleinement l’instant présent, au milieu de ces personnes inconnues, mais très vite attachantes. Les frontières culturelles et psychologiques sont facilement surmontables en travaillant ensemble.

Toutes ces rencontres je les ai vécues et très peu photographiées. Prendre des photos m'a fait me sentir comme un touriste de la mort. D'un autre côté, je pense qu'il était nécessaire de faire connaître à ma famille et à mes amis la réalité de la situation en Syrie. Le risque est de s’habituer à l’horreur, de devenir accro au chaos.

Le Krak des Chevaliers, magnifique forteresse et pourtant théâtre d'horribles horreurs, apparaît aujourd'hui meurtrie par l'occupation des terroristes djihadistes et transformée par sa reconquête. Il semble que ce château ait transmis aux Syriens le courage de résister. En occident, nous n’avons oublié nos racines et notre identité. Si l’Europe avait vécu 1/10ème de ce que le Proche-Orient a souffert, il ne resterait rien. Le peuple syrien est fort au-delà de la mort ; ils n’ont pas peur de rebâtir à partir des décombres, ils ne craignent pas de se marier, d’avoir des enfants, sans aide particulière du gouvernement, ils n’ont pas honte de leur foi et croient en un monde meilleur.

À un moment donné, la Syrie a besoin de la vraie Europe et l'Europe a besoin de la Syrie. Partout où je suis allé, on m'a dit : les Italiens sont les Arabes de l'Europe. C'est peut-être vrai, nous avons un potentiel énorme que la mondialisation nous a fait oublier.

 Je suis allé en Syrie et j’ai vu un peuple qui n’abandonne pas. Je suis parti parce que je suis chrétien. Je n'ai pas peur de le dire ! La foi n’est pas seulement un sentiment intime à conserver pour soi. Elle doit rejaillir dans la vie, les relations personnelles, la culture, le travail, l'éducation et la politique. Comme on me l'a répété maintes fois : la foi d'un chrétien doit être le méridien qui traverse tous les parallèles de son existence.  Je remercie SOS Chrétiens d’Orient de m’avoir donné l'occasion de vivre cette expérience et toutes les personnes que j'ai rencontrées. A côté de la Syrie des Syriens, il y a pour moi la Syrie des Français ! J’ai trouvé ici des volontaires qui ne fuient pas leur pays mais cherchent vraiment la vérité. Malgré nos différences culturelles et incompréhensions qui en découlent, nous avons vraiment créés des liens forts. Comme le disait T. Eliot, « Dans le monde des fugitifs, celui qui prend la direction opposée aura l’air d’un déserteur. »  Cette génération qui s’engage, qui n’a pas peur de travailler, sous une chaleur torride ou un froid glacial, peut changer le monde et redonner son âme à l’Europe.