Actualités

Au coeur du Krak des chevaliers

FR - 29/11/2018

Dans un matin brumeux du mois de novembre, une petite voiture blanche dont on ne soupçonnerait pas le capot de cacher quelques cent-cinquante chevaux, s’approche du point de contrôle de Kafra, à cinq kilomètres du Krak des Chevaliers. A son bord, le Professeur Hazem, directeur adjoint et ingénieur archéologique du site du Krak, et 4 volontaires de SOS Chrétiens d’Orient, découvrant le lieu pour la première fois. A mesure que la voiture s’approche, tous oublient le bruit ronflant de la voiture montant vaillamment à l’assaut d’une pente raide. Immuable de majesté, la silhouette de l’édifice se dévoile peu à peu à leurs yeux, qui ne se doutent guère des incessants émerveillements qu’ils transmettront à leurs propriétaires durant toute cette semaine.

Comme chaque mois, quelques volontaires ont le privilège de travailler pendant une semaine à l’entretien du Krak des Chevaliers. Unique au monde par sa taille et son état de conservation, cet édifice colossal, dont la majeure partie fut édifiée aux temps des croisades, est l’un des innombrables joyaux adoubant la Syrie du titre de carrefour des civilisations.

Cette semaine, c’est au pied de la tour de commandement que les volontaires ont dû nettoyer la grande cour intérieure, au centre du château. Il s’agit d’enlever la végétation et la terre qui lui sert de refuge, pour laisser apparaître à l’œil du visiteur les pierres de jadis et les lignes architecturales remarquables.

Isaure, le balai brosse dans sa main gantée, gratte patiemment la terre d’une pierre qui se dévoile peu à peu.  « Il y a quelque chose de vraiment spécial de comprendre que cette pierre fut posée là il y a près de 900 ans, par des européens. De temps en temps, on s’arrête de travailler, et on se répète cette incroyable réalité ». Pas question en effet d’utiliser la fourche et la pioche, de peur d’abîmer le trésor que l’on dévoile. Et c’est à l’aide de brosses, mais surtout de leurs mains que les volontaires s’activent à rendre cette place à sa beauté originelle.

Luc, volontaire tailleur de pierre, passe sa main sur le mur de calcaire et de basalte et s’imagine les efforts colossaux de ses prédécesseurs. « Ça fait plus de huit siècles que ça n’a pas bougé. Depuis ce temps-là, nous n’avons rien inventé de mieux ni d’aussi durable. Je prends une belle leçon ! ».

Le professeur Hazem, qui travaille ici depuis 2005, raconte les ravages effectués par la guerre. Deux années durant, le site fut occupé par les rebelles terroristes. Le Krak fut aussi le théâtre de nombreux massacres, et les villages voisins de la Vallée des Chrétiens ne furent pas épargnés par l’habituel cortège des horreurs du terrorisme.

Au cœur du château, la chapelle offre une acoustique incomparable. Première construction du krak, à une époque où l’on avait encore le sens de Dieu, elle dévoile des fresques recouvertes ensuite de crépis par les ottomans. « Nous avons pris le temps de prier et de chanter dans la chapelle. Je ne peux m’empêcher d’entendre les prières en latin des chevaliers résonner dans ces voutes. C’est très émouvant ».

A la tombée du soleil, les vielles pierres rougissent de leur beauté. Après quatre jours de travail, la place a retrouvé quelque peu de son éclat d’antan. Louis s’arrête un instant pour s’émerveiller une dernière fois de la voute sculptée de la grande salle des chevaliers. Tous les volontaires mesurent leur chance unique de participer, aussi modestement soit-il, à la mise en valeur de cet héritage exceptionnel. Tous aussi, se font la promesse de revenir.