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Irak - Fuir le risque de vivre, c’est mourir un peu plus chaque jour.

FR - 08/01/2019

C’est peut-être ces mots que j’avais en tête à force de voir et de ne pas réaliser pleinement tout ce que j’ai pu vivre en Irak. La lutte d’un peuple contre l’absence de futur. Cette idée que comme l’espoir n’existe plus, il faut se le créer. C’est pourquoi ils se lèvent le matin d’un pas fier et qu’en eux se dessine l’imposante identité d’un homme qui n’est pas irakien, kurde ou arabe, mais chrétien.


De connaissances sur l’Irak je n’avais que quelques images de médias, biaisées, qui ne disent en fait rien sur l’Irak. De motivations, il y avait la rencontre avec un peuple héritier des racines de notre religion, l’évasion, l’aventure, tout lâcher de cet hameçon de confort français pour s’éprouver dans cet inconnu redouté et tellement riche. Ce qui est dur n’est pas de partir, c’est de décider de partir. Mais si vous lisez ces mots c’est que cette décision va peut-être arriver. Un seul conseil, laissez-vous faire par Dieu. Voilà quel était le contrat : « Seigneur, je te donne quatre mois pour faire de moi un homme ». 


L’angelus est terminé, je me chausse, me couvre, n’oublie pas mon passeport. Dehors dans la voiture, Idmon, notre traducteur, nous attend. Ce matin nous allons au cimetière de Sarsink pour donner un peu plus de panache aux tombes oubliées. Dans ma tête je ne peux m’empêcher de penser que cela n’aide pas vraiment les chrétiens d’Orient à survivre. Et je me rends compte de mon erreur aujourd’hui parce que dans cette petite antenne de Badaresh, nous sommes au milieu d’une petite population qui nous compte parmi ses habitants. Notre mission, c’est aussi ce dîner avec le neveu du Mokhtar (chef de village), c’est aussi d’inviter Matthias ou Abou Luis à prendre un thé. Notre mission c’est aussi d’aller saluer notre ami Zacharia ou d’accepter le fromage fabriqué par la mère de Nisha…

Bien sûr, nous sommes présents et c’est cette présence qui leur rappelle ainsi qu’à nous que l’Église est Une. Toi, dans ta peine, qu’attends-tu d’un ami ? Qu’il te plaigne ou qu’il soit simplement là ? Ce peuple est oublié de l’Occident, et il lui demande de se rappeler qu’il est son berceau. J’ai appris en Irak que la taille de ta pierre n’importe pas, il importe de savoir où tu la poses. Alors dans chacun de nos projets, nous ne devons pas regarder la réussite matérielle de celui-ci mais l’ardeur placée dans ces projets. Rebâtir une chapelle, aider les pommiculteurs à reconstruire leur économie, balayer un cimetière, repeindre un commerce, construire un parc, jouer avec les enfants, donner des cours de français, jardiner chez les sœurs Dominicaines… Toutes ces petites missions sont ici pour en servir une seule : construire un pont entre l’Orient et la France en devenant des témoins. Ce n’est pas pour rien que l’on m’a dit et redit que ma mission ne commençait pas le 14 septembre, mais bien le 4 janvier.


Partez ! Abandonnez-vous et rayonnez ! Je ne sais pas ce que l’Irak changera en vous mais elle ne peut vous laisser indemne. Parfois j’avais l’impression que ma mission c’était le temps passé avec les autres volontaires, parfois de faire la vaisselle. Entre nous les joies sont simples et si douces en même temps. Je suis reparti avec tellement plus que ce que je venais chercher. Je ne cherchais pas d’amis, j’ai trouvé une famille ; je voulais poser une pierre dans ma vie, j’ai construit un mur ; je voulais m’en souvenir, et c’est ancré en moi. Pourquoi ? Parce que quatre mois c’est court et dans l’intensité de cette mission, tout se vit à fond, c’est une maxime à laquelle on ne déroge pas.

La mission Irak… Guy de Larigaudie l’a résumé en quelques mots :  « Il est aussi beau de peler des pommes de terre pour l’amour du Bon Dieu que de construire des cathédrales ».

Adrien, volontaire en Irak.

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