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Les ravages de la guerre sur les cœurs des syriens

FR - 31/01/2019

Aujourd’hui, à Homs en Syrie, nous avons été invité par Élias à prendre le mathé chez lui. Au bout d’une rue étroite, en haut d’un escalier escarpé, sa maman et son frère nous attendent avec un large sourire. « Bienvenue, bienvenue, » nous dit-elle tout en nous invitant à nous asseoir.

Quelques minutes s’écoulent. L’eau de la théière, commençant à bouillir sur un petit réchaud, laisse échapper ce petit sifflement caractéristique nous faisant comprendre que l’on va pouvoir servir le mathé. Cette boisson chaude et le poêle présents dans la pièce sont très utiles pour revigorer leurs corps souffrant des températures hivernales. Le plus grand défi est cependant de réchauffer leurs cœurs durement touchés par les horreurs de la guerre.

Élias nous raconte une de ces histoires qui glacent le sang, qui ne devraient exister que dans les livres et qui pourtant ici, en Syrie, sont monnaie courante. A cette époque, il avait 12 ans. « Sur la route d’Alep à Homs, notre car se fait arrêter à un point de contrôle lourdement protégé par des chars, que nous pensions appartenir à l’armée arabe syrienne. Il n’en était rien ! C’était un leurre. » L’étendard aux deux étoiles vertes est rapidement remplacé par celui du Front al Nosra (branche syrienne d’Al Qaeda). Un homme vêtu de noir monte dans le car, balaie du regard les rangées, se tourne vers le chauffeur.  « Y-a-t-il des porcs ici ? » - « Les porcs, c’est comme ça qu’ils appelaient les soldats de l’armée arabe syrienne. » Devant l’insistance du djihadiste, et certainement par peur pour sa propre vie, le chauffeur finit par en dénoncer deux.

 « Ils nous ont tous fait sortir ; ils nous ont aligné. » Des tirs fusent, de la fumée s’élève, deux corps sans vie s’écroulent violemment sur le sol.

Elias se souvient de ce moment, de ses moindres détails. Son cœur restera marqué à tout jamais par cette épreuve qu’il a vécue. Bien qu’il en parle sans tabou, il est fortement impacté. A-t-il besoin d’en parler ? Que doit-on lui répondre quand il nous conte cette histoire dramatique ?

Être volontaire en Syrie ce n’est pas que reconstruire des maisons, faire des activités avec des enfants ou donner des cours de français. Nous avons un rôle bien plus profond auprès de ces victimes dont les horreurs de la guerre sont marquées au fer rouge dans leurs mémoires. Nous devons prendre le temps de les écouter, de leur parler, de les faire rire et sourire afin de couvrir ces souvenirs malheureux par des images de joie et de fraternité.

Jean Rémi, ancien volontaire en Syrie.