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Zacharia, la mémoire de Benatha

FR - 01/02/2019

Nous sommes un jeudi, jour pluvieux dans les hautes montagnes de Gara, où siège là, niché au milieu des monts et vallées, le petit village de Benatha. La rue est calme, seul résonne le craquetement de quelques poules. Nous remontons de la chapelle, épuisés mais heureux. Nous sommes trois volontaires. Trois à être revenus sur ces hauteurs pour la dernière fois alors que la neige fouettait nos joues, mais que la chapelle, elle, restait de marbre, bénie par le père Ambroise. Seulement, aujourd'hui est un autre jour.

L'appareil photo attaché autour du coup, nous parvenons au coin d'une ruelle que nous connaissons tous. C'est le détour que nous prenons tous les jours en revenant de la chapelle, pour déposer nos outils. Les nôtres ? Non... Ceux de Zacharia à vrai dire, l'un des doyens du village. Il n'y aurait pas de projet de chapelle s'il n'y avait pas Zacharia. Il fait partie de Benatha, tout autant que la petite église sur laquelle nous nous affairons tous les jours. Monument du village, doyen, personne incontournable... Est-ce son sourire qui semble en avoir connu plus que nous tous réunis, la gentillesse de ses yeux, est-ce ceci qui rend pour nous le projet d'autant plus essentiel ?

Nous accueillant à bras ouvert, Zacharia nous reçoit chez lui. C'est un rite maintenant de passer le voir. Sa maison est la nôtre, sa porte nous est toujours ouverte. Déjà, sa femme Thérèse s'affaire à la cuisine pour nous faire un thé, dont l'odeur sucrée vient emplir la chaleureuse maison. Zacharia, lui, porte sur ses genoux sa petite fille, l'enserrant de ses bras alors qu'elle nous fixe les yeux curieux. Ses yeux tombent sur nos vêtements de chantier. Un sourire vient tordre le coin de ses lèvres. Il sait d'où nous revenons, il sait que ce matin, l'hiver s'est enfin levé et que nous avons pu retourner nous affairer à la chapelle.

Il ne m'en faut pas moins pour sortir l'appareil photo. Une sorte de rituel, dira-t-on, de lui faire partager l'avancée progressive des travaux, nos rires là-bas, parfois nos chansons. Bien sûre, Zacharia y retourne tous les jours. Il sait que les travaux de la chapelle avancent. Mais la voir ainsi habitée, pleine de vie, lui donne un sourire qui pour nous veut tout dire. Ses yeux brillent sous les images aériennes, tournoyantes, du petit édifice qui peu à peu sort de terre, s'élève vers le ciel. C'est son souvenir qui resurgit en même temps, c'est la « Mémoire de Benatha. » Leur « histoire » me confiera-t-il plus tard. L'enfant aussi a les yeux rivés sur ces images, sur une chapelle qu'elle n'a pas encore connue, mais que grâce à la détermination de son grand-père, elle verra bientôt elle aussi. « Merci...» murmure-t-il, ses yeux bruns se relevant sur nous. « Merci » Sa main vient presser son cœur, son regard se pose sur chacun de nous, et nous emplit chacun de cette conviction : C'est pour lui, pour eux, c'est pour tous les chrétiens de Benatha que nous poursuivrons ce chantier. C'est leur Histoire que nous faisons renaître, c'est leur foi à tous. Et il n'y a pas de plus beau projet pour nous que celui-ci, car il nous ramène à ce pourquoi nous sommes tous venus : Servir les chrétiens d'Orient.

Pour ce projet, nous manquons à nous-seul des capacités nécessaires pour le mener à bien. Tailleurs de pierre, maçons, c'est autant de personnes et de volontaires qui feraient grandir notre chapelle et notre mission de façon plus solide encore. Si toi aussi tu te sens appelé à venir mettre tes talents au service de tes frères, ou à donner pour mettre ta pierre à l'édifice, rejoins-nous ! Zacharia t’invite !