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Podcast #12 - Quand les mots ne suffisent pas, il reste le regard

FR - 19/03/2019

C’était en fin de journée, nous sommes trois volontaires à distribuer des colis alimentaires depuis deux jours et il ne nous reste plus qu’une famille à visiter avant de rentrer. Cette famille habite dans un immeuble, dans les hauteurs et loin du centre. Le taxi nous dépose devant l’immeuble. Nous sommes accueillis par le père qui nous aide à porter les colis alimentaires et les colis d’hygiène.

Nous entrons dans une toute petite pièce, très sombre, ressemblant à un ancien débarras aménagé. Dans un coin un lavabo et une mini-étagère en guise de cuisine et de salle de bain. Une vieille planche de bois est dressée pour créer une sorte de chambre pour les enfants. Des semblants de matelas sont posés à même le sol. Une simple couverture recouvre le lit. Ils sont trois à se la partager. Juste à côté de cette paroi, se trouve un objet luxueux : un canapé.

Nous sommes accueillis comme des rois par cette famille qui ne possède rien. Les parents ont l’air fatigués mais restent souriants et ne cessent d’exprimer leurs reconnaissances pour ce que nous faisons et ce que nous leurs offrons. Dans un coin, les trois petits bouts s’amusent, en toute simplicité et insouciance.

Nous nous apprêtons à partir lorsque la mère de famille me rattrape et plonge son regard dans le mien. « Shukran » ! Ce merci, je ne l’oublierai jamais. C’est l’un des rares de ma vie à être entièrement sincère, un vrai merci ; celui qui vous émeut et que vous ne pouvez oublier. Ne parlant pas arabe pour ma part et elle ne parlant ni français, ni anglais, nous ne pouvons communiquer par le langage. Il ne nous reste que les gestes et le regard. C’est à la fois un échange frustrant mais aussi un échange d’une richesse énorme. Elle prend mes mains ; nous restons ainsi cinq minutes. En silence, par ce regard à la fois doux et intense, nous exprimons notre reconnaissance et tant d’autres émotions.

Ce moment m’a bouleversé et m’a fait comprendre qu’un simple échange de regard peut exprimer cent fois plus que des paroles. Ce petit bout de femme extraordinaire s’est ensuite hissée sur la pointe des pieds et m’a embrassé le front comme une mère pour sa fille. Je suis repartie les larmes aux yeux, remplie de reconnaissance et d’amour pour cet échange. Un simple regard peut tout changer comme en témoigne ce moment. Cette femme forte et remplie de courage, malgré les épreuves, restera à jamais gravée dans ma mémoire.

Sixtine, 20 ans, volontaire de SOS Chrétiens d’Orient.

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