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SYRIE - Une nouvelle mission qu’il me sera impossible d’oublier.

FR - 21/03/2019

Après une première mission au printemps 2017, je rempile pour trois nouveaux mois. Une nouvelle mission qu’il me sera impossible d’oublier.

J’arrive à Damas peu avant Noël. Après avoir distribué des cadeaux dans un orphelinat et dans un hôpital d’enfants atteints du cancer, nous partons fêter Noël à Khabab, village chrétien situé dans le Sud de la Syrie, et qui fut encerclé par les terroristes jusqu’au mois de juin 2018. Aujourd’hui, la zone est accessible et sécurisée.

Après Noël, je suis envoyée en mission à Homs. Les actions des volontaires de cette antenne s’étendent aux villages limitrophes, dont Sadad, petite ville aux portes du désert, où j’avais séjourné trois mois en 2017. Je suis alors émue et joyeuse d’y retourner bientôt et de retrouver les habitants.

Arrive alors le Nouvel An, que nous allons fêter avec les volontaires d’Alep, après plus de quatre heures de route vers le Nord. La ville m’éblouit par sa richesse culturelle et historique. Ce fut vraiment un voyage exceptionnel ! Pour contourner la région de Hama, toujours aux mains des terroristes, nous empruntons une route magnifique bordée par des villages dont les maisons sont faites de terre, et longeons un grand lac salé.

Nous reprenons vite le cours de nos activités à Homs. Nous sommes au cœur de l’hiver, saison relativement courte ici, mais très froide. Sous un vent glacial, nous distribuons chaque jour du café aux passants et curieux du marché de Noël, afin de leur souhaiter un joyeux Noël et une bonne année.

Une fois à la maison, rien pour me réchauffer : le chauffage électrique est peu efficace, l’électricité étant coupée très régulièrement. Nous décidons de passer chez les voisins leur présenter nos vœux. Nous nous disons en allant chez nos voisins du dessous, Najar et son mari, qu’ils auront probablement un poêle, mais constatons sur place que s’ils en possèdent bien un, il n’est pas allumé. L’époux de Najar sort énervé car il n’arrive pas à se procurer du mazout pour alimenter son poêle. C’est la pénurie à Homs. Il est possible d’en trouver mais non raffiné, difficilement et à prix élevé, et qui dégage une odeur désagréable et certainement nocive. Je prends un peu de recul, et je réalise que si j’ai très froid je suis loin d’être la seule. Un autre voisin allume tout de même son poêle : il se procure du mazout mais le réserve seulement pour les invités ! En cinq minutes la pièce est chauffée, et on discute un peu. Nous rentrons alors à la maison, espérant avoir à nouveau l’occasion de discuter avec nos voisins.

Mais bien occupée par les activités je n’ai pas pu retourner chez lui, j’ai seulement pu le saluer depuis le balcon. J’aimerai passer plus de temps à échanger, rencontrer les autres, essayer de comprendre ce qu’ils ont vécu ces dernières années, et comment. Malheureusement le quartier où nous habitons et ses alentours sont dévastés, ayant été une zone de combats pendant plusieurs années. Tout est à reconstruire, par où commencer ?

L’appartement de Nawal dans le quartier d’Al Hamidyeh est fortement endommagé… Nous entamons un chantier. Dans l’escalier, je ne vois rien. Il fait nuit. Une odeur répugnante se dégage, des inscriptions de terroristes sont tagguées partout sur les murs. Des impacts de balles apparentes laissent à réfléchir sur la violence des combats. Beaucoup d’objets sont détruits, de nombreuses douilles de balles jonchent le sol.

Avec les volontaires, nous retirons des tonnes de débris. L’explosion a provoqué un incendie, les murs sont carbonisés. Je nettoie avec énergie les carreaux de la cuisine et de la salle de bain. C’est un long travail que nous réalisons avec les ouvriers syriens. Un maçon et son équipe, un carreleur, un électricien, un plombier et un menuisier prennent notre relais.

Après deux mois, l’appartement est presque fini, mais combien de temps va-t-il falloir pour rénover cet immeuble, ce quartier, cette ville, ce pays ? Le courage des Syriens m’impressionne. Malgré les épreuves, ils reconstruisent et reviennent. Les magasins rouvrent. En face de nous, l’un vient de refaire une magnifique façade, l’autre a posé de nouvelles fenêtres et de nouvelles portes … Il y a deux ans, la rue était remplie de débris et il était impossible d’y circuler : la vie reprend.

La propriétaire est visiblement touchée de voir des jeunes travailler avec énergie et amour. Plus que nos activités, dons et projets, c’est bien la présence continue à leurs côtés qui les touche.

« Vous êtes les premiers à venir partager notre souffrance, nous avons besoin de votre visite chez nous. Bienvenue ! » s’exclame Tarek, un jeune homme de Sadad, parlant au nom de toute sa famille. Son frère a été enlevé en 2012, ils n’ont depuis aucune nouvelle. Ils voient sur le visage des volontaires un message d’espérance.

Lucile, 18 décembre 2018 au 9 mars 2019.

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