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Les femmes en noir de Sadad #7

FR - 12/04/2019

En cette matinée, le temps est clément. La douce brise, qui se pose sur nos épaules, nous rappelle tout de même que nous ne sommes point à l’abri des fraîcheurs printanières.

Aujourd’hui, les volontaires sont accompagnés par Hiam, une mère au foyer de Sadad. Sa dévotion pour les habitants de sa ville n’a d’égale que son enracinement pour cette terre.

Comme à l’accoutumée, avec un brin d’appréhension, nous nous rendons chez une famille de martyre. Un tantinet nerveux, les volontaires entrent dans le modeste domicile de Monia et Antonios. Les visages sont marqués par la dureté de la vie et surtout par le deuil d’un de leur fils, mort sous les bombes terroristes. D’emblée, ils veulent nous mettre à l’aise. Nous sommes accueillis comme des rois. Cette maxime prend alors tout son sens en Orient. La table de la pièce centrale est garnie de fruits et pâtisseries orientales. Il faut faire de la place pour les verres de thé.

Afin de ne pas rouvrir la plaie de la souffrance et de la tristesse, nous posons de simples questions, peu intrusives autant que faire se peut. Avec amertume et nostalgie, ils nous détaillent la vie d’un fils, mort pour la patrie, pour un idéal de vie, mort contre les terroristes. De son plein gré, Moussa avait choisi de faire son service militaire fin juin 2012. À peine plus d’un an après, embourbé dans les féroces combats de la région de Deraa, il reçoit une roquette alors qu’il conduisait un tank de l’armée arabe syrienne. Il décède à l’âge de 20 ans, le 21 octobre 2013. A quelques kilomètres de là, ce même jour, les habitants de Sadad se trouvaient sous le feu ennemi des terroristes. Leur deuxième fils, Marcelle, est atteint par un éclat d’obus dans la main.

Compte tenu des difficultés de communication en temps de guerre, Monia et Antonios n’apprennent le décès de Moussa qu’une semaine plus tard. La mère cache ses émotions. Le père ne peut retenir sa tristesse. Ses yeux sont humides, sa voix est saccadée.

Les volontaires ne peuvent dissimuler leur embarras face à la véracité et la force d’un tel témoignage. L’atmosphère est quelque peu morose. Nous nous regardons avec empathie. Les uns gardent le silence, les autres masquent leurs gênes en buvant leur thé.

Mais l’ambiance se détend rapidement dès lors qu’Antonios et Monia nous relatent la vie de leurs deux autres fils Marcelle et Michael. Le premier est au Liban, il travaille dans à un restaurant, non loin de Beyrouth. Le second poursuit ses études en économie à Damas. Tous deux se sont engagés auprès d’une association syrienne, venant en aide aux personnes atteintes d’autisme. Par ce dévouement, ils perpétuent l’image de leur frère Moussa.

 

#1 - Les femmes en noir de Sadad : Mayada ne s’habille qu’en noir et se refuse toute nourriture sucrée depuis sept ans.
#2 - Les femmes en noir de Sadad : « Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants. »
#3 - Les femmes en noir de Sadad : « Mon fils ne m’appartient pas, il appartient à Dieu. »
#4 - Les femmes en noir de Sadad : « La dernière information qu’elle détient sur son fils est la vidéo de son enlèvement. »
#5 - Les femmes en noir de Sadad : Une longue période de colère contre Dieu, contre sa foi, contre tout ce qui lui rappelle ses enfants disparus…
#6 - Les femmes en noir de Sadad : « Le temps que les secours arrivent, il se vide de son sang. »

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