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Notre-Dame de Paris, le temps du deuil.

FR - 18/04/2019

Quand Notre Dame a pris feu lundi soir, il y a d'abord eu l'effarement, la colère et la tristesse de voir disparaitre du cœur de Paris celle qui était là, vaillante et gracieuse, depuis avant nous et jusqu'à après nous. Puis très vite, bien trop vite, comme pour rassurer nos égos blessés, a surgi la question de la reconstruction. Le Président de la République annonçait hier qu'il souhaitait une reconstruction en cinq années et les dons ont abondés dans ce sens atteignant bientôt neuf cents millions d'euros. 

Mais qu'en est-il de notre deuil ? Qu'en est-il du temps nécessaire à la résignation et à l'acceptation ? Depuis lundi, emprisonnés dans le déni, nous cherchons par tous moyens à effacer la réalité. Or l'ambition mégalomane d'une reconstruction expresse visant à expier la dimension vexatoire de cette perte, ne nous rendra pas Notre-Dame et conduirait à un désastre. 

L'extraordinaire pouvoir de ce lieu réside dans sa beauté, fruit d'un travail long et lent. La magie de Notre-Dame tient au fait de savoir que celui qui y a posé la première pierre, ne l'a pas vu se terminer. Que restera-t-il de cette magie après avoir tenté d'effacer au plus vite l'ineffaçable blessure ? Pourquoi devrions-nous faire comme si de rien n'était et exiger l'immédiate remise en état ? Notre-Dame ne sera alors plus qu'une cathédrale factice, piètre copie, ersatz d'une histoire riche et tumultueuse. Bien sûr elle sera superbe et offrira de jolies photos, mais elle aura définitivement perdu son âme. 

Notre-Dame sera reconstruite, mais prenons d'abord le temps, le temps de l'aimer dans son imparfaite structure décharnée, le temps de célébrer sous ses voutes déchiquetées et le temps de la voir réapparaitre lentement et être le témoin des événements qui font sa grandeur. Ne balayons pas à grands coups de millions et de technologie ce qui fait désormais partie de notre mémoire commune.

Ce que les anciens ont bâti en deux cents ans, les modernes ne peuvent le rebâtir en cinq.

Agathe, amie de l'association.