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« Chaque homme a deux patries : son pays d’origine, et la Syrie. »

FR - 30/04/2019

sos chretiens orient syrie volontaireFraîchement rentré de ma mission en Syrie avec SOS Chrétiens d’Orient, ce pays occupe encore toutes mes pensées. Tout en me mettant au service de nos frères orientaux, j’ai pu découvrir un peuple, une culture, mais aussi réaliser à mon retour l’inestimable chance d’habiter un pays en paix, car quelles que soient les difficultés présentes, elles sont encore loin d’être comparables à celles que connaissent les Syriens. Parti pour une mission de six mois, j’ai eu la chance de découvrir de nombreux lieux : Damas, Homs, Alep, Tartous, Palmyre, Maaloula, le Krak des Chevaliers, pour ne citer que les plus connus. Cela m’a permis de mesurer la richesse culturelle et historique de cette région du monde, au cœur du Croissant Fertile qui a vu naître les premières civilisations. C’est en ce sens qu’un Aleppin me disait : « Chaque homme a deux patries : son pays d’origine, et la Syrie. » Mais à côté de cela, j’ai aussi pu mesurer les terribles conséquences de la guerre, dont les stigmates les plus impressionnants sont peut-être ces immenses quartiers à l’abandon, remplis d’immeubles en ruine qu’arpentent des enfants à la recherche d’ustensiles pouvant encore servir. Ce pays, que son passé rend si riche et si fragile à la fois, voit hélas son histoire continuer de s’écrire dans le sang.

Car en dépit du silence médiatique qui entoure le sujet, la guerre n’est pas finie en Syrie. Comme nous avons pu le constater lors de nos apports d’aide humanitaire à Mhardeh. Des villages chrétiens, en particulier, continuent de recevoir plusieurs fois par semaine des tirs d’obus sur des cibles qui n’ont rien de militaire, sciemment visées par les terroristes d’Idlib. Il y a une dizaine de jours à peine, à Mhardeh, un jeune chrétien appartenant à la Défense Nationale, Majd Kadissa, était tué par un obus lancé par les terroristes du HTS. La dernière fois, il s’agissait d’une femme enceinte, atteinte par un obus dans sa propre maison. Pour ces populations, la guerre s’éternise, et il est difficile d’en prévoir la fin, puisqu’aujourd’hui son issue dépend moins des forces militaires en présence que des tractations du grand jeu géopolitique international. L’exil n’est pas la moindre des conséquences de la guerre : désespérés à l'idée d'un service militaire qui peut durer sept ans, beaucoup de jeunes hommes quittent le pays pour l’Occident. Canada, Allemagne, Suède, France… en discutant avec les syriens, je me suis aperçu qu’aucune famille n'est épargnée par ce phénomène, qui vide le pays de ses forces vives.

A côté de cela, dans les zones libérées par l’armée, les Syriens subissent les conséquences d’une autre guerre, économique celle-là. Personne ne meurt directement des sanctions économiques des occidentaux, et pourtant, il faut avoir vu les longues files d’attente lors des distributions de gaz ou de mazout pour se rendre compte que cela n’a rien d’une plaisanterie. En empêchant l’économie de redécoller, elles ruinent tout espoir d’un meilleur niveau de vie pour la population, et compliquent les moindres aspects de la vie quotidienne.

sos chretiens orient syrie 6Comme me le faisait remarquer avec amertume Firas, notre ingénieur à Homs, avec qui je venais de passer une demi-heure sur un toit à tenter vainement de réparer une antenne pour permettre la projection d’un match de foot opposant la Syrie à l’Australie : « Here in Syria, everything is difficult ! » Les enfants avaient rangé leurs drapeaux, et chacun était reparti chez soi déçu. Pour anodin que soit ici l’enjeu, cette histoire n’en illustre pas moins les nombreuses difficultés auxquelles font face les syriens quotidiennement. Comment ne pas avoir le cœur qui se serre, en voyant Abou Elias, 70 ans, transporter des parpaings sur un chantier pour pouvoir vivre ?

La grande générosité de la plupart des personnes que j’ai pu rencontrer là-bas n’en est que plus admirable. Je me rappelle d’Abou Abdou nous rattrapant en courant dans la rue pour nous offrir des muffins, alors que, pressés, nous avions dû décliner son invitation à prendre le thé. Menuisier, il avait vu son rythme de travail bouleversé par la guerre, quand les coupures d’électricités étaient devenues récurrentes. Désormais, il se relaie avec son collègue Samer pour assurer la continuité de la production, et il n’est pas rare qu’il passe la nuit à l’atelier pour profiter de quelques heures d’électricité supplémentaires. Régulièrement invités à déjeuner, nous avions là encore l’occasion de constater que l’hospitalité n’est pas un vain mot dans la bouche des Syriens. Les plats se succédaient, tous délicieux et représentatifs de la cuisine locale. En nous donnant avec fierté le meilleur de leur pays, nos hôtes nous montraient à quel point ils l’aimaient. A plusieurs reprises, j’ai vu des commerçants ou des coiffeurs refuser le billet que je leur tendais, juste parce qu’une conversation de cinq minutes avait fait d’eux des amis. Quand on connaît la politique récente de la France dans la région, cela est d’autant plus surprenant. Bien sûr, je suis conscient d’avoir vu principalement les bonnes personnes. Un soir où je discutais autour d’un verre d’arak avec un professeur d’anglais qui venait d’achever sept ans de service militaire, ce dernier, nous entendant vanter l’accueil des Syriens que nous avions rencontrés, voulu nous détromper : « C’est parce que vous n’avez vu que les bonnes personnes… » Lui avait vu les mauvaises…

sos chretiens orient syrie sadadJe me rappellerai toute ma vie de ces six mois en Syrie. Ces moments de fraternité avec les ouvriers sur les chantiers, ces déjeuners avec les jeunes volontaires syriens, ces instants de complicité avec les enfants lors des cours de français, cette soirée où, invités par un syrien ami de l‘association, nous avions fini notre barbecue sur la plage par un bain de minuit, face aux côtes turques… Jamais je n’oublierai tous ces beaux moments passés aux côtés des Syriens et des volontaires français. Mère Thérèsa disait : « Nous réalisons que ce que nous accomplissons n'est qu'une goutte dans l'océan. Mais si cette goutte n'existait pas, elle manquerait. » Et bien, même si notre action là-bas n’est qu’une goutte d'eau, et que les solutions sont avant tout politiques, je suis heureux d'avoir pu y prendre part. Ce sont toujours quelques vies que nous pouvons adoucir, et quelques cœurs que nous pouvons réchauffer. Ayant vu une Syrienne nous remercier les larmes aux yeux de rénover sa maison, je sais combien est précieuse cette solidarité des Français que nous avons la chance de porter sur le terrain, et je tiens pour cela à remercier particulièrement les donateurs, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. Merci !

Louis, volontaire en Syrie pendant six mois.

Viens vivre une expérience inoubliable en Syrie, rejoins les volontaires.