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« En Syrie, malgré tout, il faut continuer de vivre. »

FR - 03/05/2019

Comme tous les mardis, je me retrouve au local de SOS Chrétiens d’Orient avec des volontaires syriens pour les visites-donations.

J’arrive en avance car il faut préparer les listes des familles que nous partons visiter et répartir les colis pour chaque foyer. Alors que je travaille avec Suzy dans la pièce fraîchement repeinte, Giosué, un volontaire italien, donne un cours de langue à une dizaine de Syriens : « Alora, come ti chiami ? ». Je souris en entendant l’accent chantant de notre ami sarde qui fait répéter patiemment à ses élèves des brides de phrases…

Aujourd’hui, je visite deux familles. En compagnie de Mike et de Liliane, je m’avance dans les rues d’Alep en portant les sacs de donations. Tous les deux étudiants, ils viennent régulièrement avec nous car ils veulent aider leurs compatriotes qui vivent seuls et qui sont pauvres.

J’entre dans la première maison, celle de Joseph*, un ancien militaire qui a connu la période du mandat et qui a été soldat avec l’armée française. Handicapé, il ne peut plus bouger de son fauteuil roulant depuis longtemps et, malgré cela, je peux voir dans son regard une flamme vive, la flamme d’un homme qui est heureux d’avoir donné sa vie pour son pays, d’avoir servi les autres et de s’être engagé pour une cause qui le dépasse. Nous discutons tous ensemble et, fièrement, il nous montre une vieille photo. Malgré le jaunissement et la poussière, je peux aisément reconnaître notre ami, en grande tenue militaire avec toutes ses décorations ! Son fils nous raccompagne vers la sortie en nous remerciant de ce que nous faisons pour son père.

Impressionné par la dignité et l’humble fierté de cet homme, nous continuons notre chemin vers la maison de Maria*.

Maria vit avec sa mère qui elle aussi est handicapée et sort peu de son fauteuil. En entrant dans le salon, je remarque tout de suite une grande table qui occupe près du quart de la pièce. Sur cette table est entreposé un grand nombre de photos d’une jeune fille. Une ou deux bougies brûlent tandis que l’odeur de bâton d’encens flotte dans l’air. Aux murs, de grands cadres contiennent encore des photos de cette même jeune fille. Dans une ambiance étrange et légèrement pesante, Maria nous raconte l’histoire de Jenny*, sa fille âgée de 17 ans.

Un jour, lors de l’occupation de la ville d’Alep par les djihadistes, un obus est tombé sur l’appartement supérieur de leur immeuble. Sachant qu’une enfant de cinq ans était présente, Jenny est montée tout-de-suite pour essayer de la sauver. Un second obus tombe au même endroit au même moment. La jeune est retrouvée morte tenant dans ses bras la fillette.

Emus, nous écoutons ces deux femmes parler, déverser le trop-plein d’émotions.

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis »

Etre présent aux côté de ces pauvres gens qui ont subi les horreurs de la guerre avec courage, apprendre d’eux qu’il faut, malgré tout, continuer de vivre, voilà ce que j’aime dans ces visites. Chaque semaine, je rencontre de nouvelles personnes et je découvre des histoires différentes. Car ils sont nombreux ceux que l’association SOS Chrétiens d’Orient aide : chaque semaine, une dizaine de foyers aleppins nous accueillent.

Aidez-nous à continuer à soutenir ces familles ! Faites un don.

*Le prénom a été modifié.