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Ma Semaine Sainte en Irak.

FR - 07/05/2019

Actuellement en mission en Irak, j'ai eu la chance d'être aux côtés des chrétiens irakiens pour le moment le plus important de l'année : la Semaine Sainte. Depuis le dimanche des Rameaux, j'ai suivi les communautés chrétiennes dans leur chemin vers Pâques ; j’ai assisté aux cérémonies, au côté de ces âmes à la Foi inaltérable malgré les meurtrissures de la guerre et les souffrances de vies parfois chaotiques.

Ma première surprise fut de voir la célébration des Rameaux : la commémoration de l'entrée du Christ dans Jérusalem est en effet une très grande fête pour les chrétiens d'Orient. La grande procession qui a eu lieu dans les rues d'Alqosh dépassait ce que j'avais pu imaginer. Après la messe célébrée dans les églises de ce village chrétien, toute la foule des habitants, telle celle qui avait accueilli Jésus 2000 ans plus tôt, s'est rassemblée dans l'église Saint-Kardagh pour chanter des cantiques éclatant de joie. Tous étaient bien habillés pour l'occasion, beaucoup portaient le costume traditionnel kurde, aux couleurs brunes et bleues pour les hommes, aux couleurs sombres et scintillantes pour les femmes. Les élèves de toutes les écoles d'Alqosh arboraient fièrement leur uniforme.

Enfin, les enfants de chœurs, portant la croix, sortirent pour la procession, suivis des prêtres et de tous les fidèles. Le cortège en liesse s'engouffra dans les rues d'Alqosh, les chants résonnaient dans tout le village, les enfants criaient des refrains à tue-tête, on pouvait comprendre "Alqosh, Alqosh ! ". Sur le passage de la procession, de nombreux jeunes montaient sur les toits pour mieux admirer ce spectacle, tel Zaché, perché sur son arbre pour apercevoir Jésus. Le cortège rejoignit l'église Saint-Georges. L'allégresse avait embrasé ce village, baigné dans le soleil éclatant du printemps. Nous étions entrés dans la Semaine Sainte.

irak sos chretiens orientJ’étais à Bana Sor pour le Jeudi Saint. C’est dans ce petit village assez pauvre, perché dans les montagnes et construit par des chrétiens ayant fui Mossoul en 2006 que SOS Chrétiens d'Orient a ouvert une antenne il y a un mois. Tous les habitants étaient dans une respectueuse excitation d'accueillir leur évêque bien aimé, Monseigneur Najeeb, archevêque de Mossoul et Aqra. Les jeunes de la chorale avaient revêtu leur habit de fête, et leurs chants ravissaient les oreilles de l'assemblée, très recueillie pour cette messe anniversaire de la Cène. Deux volontaires, Antoine et Gauthier, avaient l'honneur de faire partie des Apôtres du jour. J’ai été surprise de voir qu’après le lavement des pieds, l’évêque servit à chacun des douze un verre de vin et offrit un crucifix et une bible en arabe, prolongeant ainsi la symbolique de la Charité du Christ. Durant l'homélie, Monseigneur Najeeb nous adressa quelques mots en français : « Mais aujourd'hui il faut bien savoir comment laver le cœur, le pêché, l'orgueil, l'égoïsme. Quand on nettoie notre cœur on devient pur. »

Sa bonté et sa joie communicative avait embrasé toute la paroisse. A la sortie de la messe, la foule se pressait autour de lui pour recevoir sa bénédiction, les femmes lui présentaient leur bébé, les hommes s'inclinaient sur son passage, il posait sa croix sur le front de chacune de ses ouailles.

La cloche de l'église, réparée quelques jours plus tôt par les volontaires, résonnait dans la vallée en s'envolant pour Rome. Après la joie de la Cène nous entrions dans la tristesse de l'Agonie.

C’est à Erbil que je vivais le Vendredi Saint. Nous avons assisté à la cérémonie des funérailles du Christ à l'église chaldéenne Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Comme en Occident, il n'y avait pas de messe ce jour-là. Après la lecture de la Passion et l'homélie, nous avons assisté aux funérailles de Christ : le prêtre s'est approché de la Croix en taille réelle qui trônait dans le chœur, il en a détaché le Christ, pour le déposer ensuite dans un cercueil fleuri. Il l'a alors porté en procession à travers l'église ; les fidèles, en pleurs, se pressaient pour toucher le Christ en signe de vénération.

A la fin de la cérémonie, durant plus d'une heure, les fidèles ont défilé auprès du cercueil pour adorer le Christ ; chacun en repartait avec une fleur. Les magnifiques chants de la chorale avaient porté l'assemblée à la prière tout au long de la cérémonie : une grande piété et un profond recueillement habitaient toutes ces âmes. J'étais profondément fière d'être à leur côté en ce sommet de l'année liturgique.

sos chretiens orient irak résurrectionAprès la sépulture du Christ, Sa Résurrection. Le lendemain soir nous célébrions Pâques avec les Syriaques catholiques d'Erbil dans l'église Sulta Al Salem, qui est la paroisse de l’un de nos traducteurs. La plupart de ces chrétiens sont des déplacés, venus de la plaine de Ninive. A notre arrivée, l'église était déjà pleine, les fidèles portaient leurs plus beaux vêtements pour ce grand jour. C'était la première fois que j'assistais à une messe syriaque. Les ornements brillaient de mille feux, l'encens embaumait l'église, des paniers d'œufs décorés étaient déposés au pied de l'autel.

Au début de la messe, le prêtre a retiré le voile noir qui recouvrait encore le cercueil. « Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » L'allégresse des chants résonnèrent dans toute l'église et jusqu'à la sortie de la messe où les chrétiens, en liesse, nous souhaitèrent une belle fête de Pâques. C'est vrai, nous passions une merveilleuse fête de Pâques parmi eux, heureux de pouvoir les soutenir par notre présence et notre prière en cette fête de la Résurrection.

Albane, volontaire en Irak.