Actualités

A Alep, apprendre le français dans un petit coin d'Arménie

FR - 20/05/2019

Vendredi 10 mai, 15h. Après que le taxi nous ait déposé Vincent et moi, au pied de l’orphelinat arménien d’Alep, nous rejoignons les élèves qui nous attendent pour un nouveau cours de français.

Construit suite au génocide, pour accueillir les enfants ayant perdu leurs parents lors des massacres commis par les Ottomans, l’Institution assure depuis près d’un siècle, sa mission d’accueil des orphelins. Initialement situé dans le quartier historique chrétien de Jdaydeh, exposé aux combats pendant la guerre, l’orphelinat a dû déménager plusieurs fois au cours de la bataille, pour se baser provisoirement à Midan (quartier arménien).

Malheureusement aujourd’hui, la classe est vide. Beaucoup d’élèves sont tombés malade. Calmement, les enfants rejoignent leurs places, et Vincent, volontaire fraîchement arrivé, prend en charge un petit groupe tandis que je m’occupe d’aider une élève en difficulté. La tâche n’est pas facile, puisque celle-ci ne parle ni l’arabe, ni l’anglais mais uniquement l’arménien. Heureusement une francophone est là pour me faire la traduction.

Autour de moi le poids de l’histoire de cette communauté n’est pas bien loin, j’aperçois dans la pièce un panneau commémoratif du génocide. Les enfants communiquent entre eux en arménien, et on devine aisément la force et la solidarité qui règne au sein de la diaspora.

Alors que Vincent fait le point avec son groupe sur les exercices vus en classe et donne des éclaircissements sur ce qui n’a pas été compris, j’aborde la question ardue des auxiliaires « être » et « avoir » auprès de mon élève, puis plus tard du passé composé. Les notions ne sont pas faciles, et j’essaye au mieux de rendre mes explications compréhensibles, pratiques, et ludiques. Je suis admiratif devant ces jeunes gens qui veulent apprendre ma langue, pourtant si difficile. Tandis que mon acolyte entame l’apprentissage du vocabulaire animalier, à l’aide d’un livre de sciences naturelles, j’essaye de revoir avec elle quelques notions de base : les jours, les mois, ou encore les chiffres, qu’elle a je l’espère, bien intégré.

L’horloge tourne, et après 1h30 de travail déjà, nous sentons chez nos élèves un brin de fatigue. Quoi de mieux pour terminer la leçon, que de faire un petit jeu pour tester sa connaissance du vocabulaire français ? Chacun leur tour, les élèves dessinent au tableau un animal de leur choix, que les autres doivent deviner et nommer, dans la langue de Molière naturellement ! Certains, timides, y vont à reculons, mais d’autres plus enthousiastes, demandent à le faire encore et encore. Un serpent aux allures de ver de terre, un magnifique cheval, mais aussi une superbe grenouille, clin d’œil peut-être à notre étrange habitude alimentaire, tout y passe. Puis c’est à mon tour, je dessine un éléphant, qui remporte les félicitations du public. Le temps de voir l’orthographe de toute cette belle faune sauvage, et voilà que le cours touche à sa fin.  

Pleins d’idées et de projets pour la semaine suivante, nous partons satisfaits et heureux d’avoir pu modestement et à notre manière, apporté une pierre à l’édifice de l’instruction de cette jeunesse, qui constitue plus que jamais l’avenir de la ville.

Jean-Baptiste, volontaire en Syrie.