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Safar, jeune chrétienne de Mossoul, raconte pour la première fois le récit de son évasion.

FR - 07/06/2019

Depuis mon arrivée en Irak, j’avais hâte de visiter les familles déplacées à Erbil. Je voulais avoir l’occasion de leur dire que nous ne les oublions pas, et que des milliers de personnes dans le monde prient pour elles. Je souhaitais également entendre les récits de ce qu’elles ont vécues pendant la guerre, de leur persévérance dans la foi malgré les épreuves, et de leur évasion des territoires conquis par Daesh. Je me préparais à recevoir des témoignages difficiles de la part de personnes ayant beaucoup souffert, et je n’ai pas été détrompée sur ce point. J’ai eu le privilège d’être la première personne, en dehors du cercle familial, à entendre le récit de Safar, une femme originaire de Mossoul. Je ne suis pas prête d’oublier cette marque de confiance.

J’apprécie beaucoup la simplicité avec laquelle nous sommes reçues chez les Irakiens. Bien que je les connaisse à peine et que les visites ne soient pas forcément prévues et annoncées longtemps à l’avance, je me suis toujours sentie accueillie comme quelqu’un de proche. C’était le cas avec Safar. Le traducteur qui m’accompagne l’a appelé il y a une vingtaine de minutes seulement, et pourtant elle a tout mis de côté pour nous accueillir.

Elle nous attend devant sa maison, et nous reçoit dans son salon, où j’ai la joie de voir trôner en bonne place une statue du Cœur Immaculé de Marie, pour laquelle j’ai une dévotion particulière. En cette chaude après-midi d’été, le verre d’eau fraîche qu’elle nous propose est le bienvenu (il faisait 39 °C !). Mais passés les traditionnels « Ahlan wasalan » (bienvenue en arabe) et la cérémonie du thé, les visages redeviennent graves. Safar commence à parler.

« Le 8 juin 2014, ma mère, ma sœur et moi avons quitté Mossoul après avoir appris que Daesh était en route pour la ville. Mais, arrivées dans un village voisin appelé Bashiqa pour y chercher refuge, nous n’avons pu trouver aucune place pour nous héberger et sommes retournées à Mossoul. Deux jours plus tard, la ville tombait. Je ne sais pas comment Daesh a eu mon numéro de téléphone, mais ils m’ont appelé sur mon portable. C’est peut-être mon propriétaire qui le leur a donné après qu’ils lui aient demandé ma religion. Ils m’ont dit qu’ils savaient où j’habitais, et que je devais quitter la ville ou me convertir à l’Islam. Nous n’étions plus en sécurité à Mossoul, et je n’avais pas confiance dans leur proposition de partir sans être inquiétée. Alors nous avons décidé de fuir.

Le 18 juillet 2014, nous étions en plein préparatifs et ma mère était seule chez nous, occupée à rechercher des documents importants qu’elle comptait emporter. Daesh est entré dans la maison à notre recherche et l’a trouvée à la place. Ils l’ont torturée pour obtenir des informations sur nos allées et venues. Ils lui ont cassé la colonne vertébrale. Elle ne pouvait plus marcher. Heureusement ils ne l’ont pas tuée. Quand ma sœur et moi sommes revenues quelques jours plus tard, nous l’avons trouvée sur le sol. Malgré son handicap, nous avons réussi à fuir. Je pense que Dieu nous a aidé, notamment lors du passage des points de contrôle. Alors que nous étions parvenues à sortir d’une zone très surveillée, nous sommes tombées avec effroi sur une position djihadiste. Nous l’avons passé sans encombre, alors même que Daesh avait nos noms et savait que nous tentions de fuir. Nous avons vraiment eu peur de mourir. Ma mère a beaucoup souffert, et se déplace désormais en fauteuil roulant. Mais aujourd’hui, nous sommes en sécurité et je remercie le Ciel pour sa protection. La Bienheureuse Mère nous a sauvées. »

sos chretiens orient irakÉmue, Safar ne peut réprimer quelques larmes. Un peu gênée, je lui tends un mouchoir, tout en me demandant s’il est bien opportun de la laisser poursuivre son récit qui lui fait revivre ces souvenirs douloureux. Mais elle nous confie qu’en dehors du cercle familial, nous sommes les premiers à entendre son histoire, qui d’ailleurs trouve une fin plus heureuse.

Réfugiées à Erbil, la vie reprit le dessus et sa sœur se maria quelque temps plus tard. Quant à Safar, qui devait s’occuper de sa mère, elle pria Dieu de lui envoyer un mari qui voudrait bien les accepter toute les deux, et fut exaucée. Mariée en 2016, elle a aujourd’hui une petite fille d’un an et demi qui fait toute sa joie. « Merci à Dieu. Il nous a donné une fille afin d’oublier tout ce que nous avons traversé. »

J’étais heureuse de constater qu’un semblant de normalité avait fini par revenir, et avec elle la joie de vivre. En quittant Safar, je la remercie de sa confiance et l’assure de ma prière et de mes pensées. Revivre ces moments difficiles a été dur pour elle, mais cela n’a pas été vain. Car elle est désormais pour moi un exemple de courage et de confiance en Dieu. Nous nous quittons sur une bénédiction réciproque.

La présence des volontaires aux côtés des chrétiens d’Orient est indispensable pour apporter du réconfort et du soutien aux populations persécutées d'Irak. N’attendez pas pour les rejoindre.