Revue de presse

SOS pour les chrétiens du Liban.

Laurent Dandrieu

07 juin 2019

Au pays du Cèdre comme dans tout le Proche-Orient, la situation des chrétiens reste difficile. Nous y avons suivi le fondateur de SOS Chrétiens d’Orient, Charles de Meyer, qui œuvre à leur redonner des raisons d’espérer et de ne pas quitter leur terre.

La guerre. Si, pour la plupart des Occidentaux, la guerre du Liban apparaît comme de l’histoire ancienne, surplace elle reste omniprésente. Pas seulement à l’état de trace historique, sur les murs de nombreux immeubles de Beyrouth ou d’ailleurs qui restent criblés d’impacts de balles, ou dans les souvenirs des Libanais, dans la conversation desquels elle revient de manière obsédante. Mais circuler dans le pays vous oblige à passer d’innombrables checkpoints qui vous rappellent de manière très concrète que cette « histoire ancienne » est en réalité très vivante. Certes, cette présence militaire est souvent symbolique et, durant notre séjour, il nous aura suffi de marquer l’arrêt pour que les soldats ou les policiers en faction nous fassent rapidement signe de la main pour nous autoriser le passage; il n’en reste pas moins qu’elle matérialise une situation potentiellement explosive dans ce pays qui reste trop souvent un terrain de jeu pour les rivalités des puissances régionales.

Au sud, le Liban reste techniquement en guerre avec Israël et, s’il n’y a plus eu d’affrontements militaires depuis 2006, les incidents de frontière sont récurrents. Au nord, le conflit syrien continue de peser sur le Liban, qui a souvent servi de base arrière aux djihadistes, et a provoqué de nombreux affrontements et attentats jusqu’en 2017. Quant à l’Iran ou à l’Arabie saoudite, on sait le poids qu’ils continuent d’avoir sur la vie libanaise.

Dans ce contexte toujours incertain, la situation des chrétiens libanais reste éminemment difficile. Dans ce pays où le système politique est organisé sur une base confessionnelle, les postes de responsabilité étant constitutionnellement répartis entre les diverses communautés religieuses, la démographie est évidemment un sujet explosif et, prudemment, le pays s’est abstenu de tout recensement depuis… 1932. À l’époque, les catholiques maronites étaient largement majoritaires. Aujourd’hui, on estime les chrétiens à 30 ou 35 % de la population libanaise, les maronites représentant à eux seuls 20%.Alorsquela démographie musulmane est beaucoup plus dynamique, que nombre de chrétiens se trouvent désormais enclavés dans des zones à dominante musulmane, que la situation économique n’est guère florissante, la tentation de l’exil est d’autant plus forte pour les chrétiens que l’existence d’une puissante diaspora dans nombre de pays occidentaux leur ouvre plus de portes qu’aux musulmans.

Tel est le premier enjeu pour les chrétiens libanais: éviter de ruiner, par un exil massif, la nature profonde du seul pays de la région qui s’est construit, en tant que nation, autour de son identité chrétienne. C’est ce que nous confirme Sa Béatitude Grégoire III Laham, patriarche émérite de l’Église catholique melkite. En tournée d’inspection des antennes libanaises de SOS Chrétiens d’Orient, Charles de Meyer, président de cette association qu’il a fondée avec Benjamin Blanchard, réserve sa première visite à ce prélat qui leur a apporté un soutien décisif pour s’implanter en Syrie et au Liban. Il nous reçoit chez lui, non loin de Sidon, avec une simplicité chaleureuse: « La tentation de l’exil est très forte, car les gens ont peur. Les islamistes ont voulu détruire toute possibilité de relation entre chrétiens et musulmans. Quand Daech commettait des attentats contre des chrétiens, c’était moins pour s’attaquer aux chrétiens en tant que tels que pour dresser les communautés les unes contre les autres. Or, la présence des chrétiens ici est cruciale, non seulement pour la chrétienté, mais pour le pays tout entier: car les chrétiens jouent toujours le rôle de trait d’union entre les communautés. Si le trait d’union disparaît, le pays n’a pas d’avenir.Le grand défi, aujourd’hui, pour les Églises orientales, c’est de réveiller l’attachement des chrétiens à leur terre, les convaincre qu’ils doivent rester ici, pour être le levain dans la pâte. »

Aider les chrétiens d’Orient, et notamment ceux du Liban, à rester sur leur terre, c’est justement l’objectif que s’est fixé SOS Chrétiens d’Orient, comme Charles de Meyer le rappelle dans le livre d’entretiens qu’il a accordés avec Benjamin Blanchard à notre consœur Charlotte d’Ornellas, Au secours des chrétiens d’Orient (Via Romana), pour retracer la genèse de l’association. Tout au long de notre périple commun, il ne cessera de le répéter: ce qui compte avant tout, c’est apporter aux chrétiens d’Orient le soutien d’une présence. D’où le choix d’envoyer sur le terrain des volontaires pour des missions de plusieurs mois.

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