Actualités

Il était une fois, la vieille Alexandrie.

FR - 09/07/2019

Paulette Farès est née en 1920 à Alexandrie. Aujourd'hui âgée de 99 ans, elle vit chez les soeurs de Notre-Dame-des-Douleurs à Alexandrie. Régulièrement, les volontaires de SOS Chrétiens d'Orient viennent lui tenir compagnie. C'est au cours d'une de ces visites, que Paulette leur a raconté son histoire.

sos chretiens orient egypte faroukQuelle était la situation politique à Alexandrie lorsque vous êtes née ?

Il y avait beaucoup d’Européens en ville. Du temps du roi Farouk, lorsque vous marchiez dans la rue, vous entendiez parler français, italien, grec…il y avait plein de langue ! Puis, à l’arrivée de Nasser, les étrangers ont été expulsé à tour de bras…Alexandrie changeait aussi vite que je grandissais.

Certains de vos proches ont-ils été explusés ?

Des parents même oui ; comme ma tante mariée à un Anglais et ma cousine à un Français. Ils ont tous dû quitter l’Egypte. Mon cousin germain a suivi sa femme expulsée car elle était juive. C’est très difficile de voir des personnes que vous fréquentiez tous les jours disparaitre ainsi. C’est terrible. Au fur et à mesure, les rues se sont vidées des Européens. Mais la vie continue. On a beau être secoué et bouleversé, la vie continue.

Pensez-vous que le règne de Farouk a marqué l’âge d’or d’Alexandrie ?

Pas du temps de Farouk non, bien avant, du temps de ma grand-mère. Quand j’étais petite elle me racontait sa jeunesse : les grands bals, les soirées à l’opéra, les belles robes et les bijoux…Ça c’était la grande époque, l’âge d’or d’Alexandrie. C’était grandiose ! La ville était réputée dans le monde entier pour son port et pour ces grandes réceptions.

Vous n’avez pas connu de belles heures à Alexandrie ?

De belles heures comme pendant l’âge d’or ? Non, tout avait tant changé…Il y avait bien le club ou j’allais tous les matins pour faire du sport, mais il n’y avait pas beaucoup de réceptions. Seulement le jour de l’an.

Que faisiez-vous pendant vos journées ?

Les journées classiques d’une dame mariée ! Pendant qu’une nourrice Arménienne s’occupait de mon fils, j’allais au club de sport. L’après-midi je recevais souvent des amies pour jouer au bridge.

En tant que chrétienne, vous étiez libre de pratiquer votre foi ?

Bien sûr, on ne se cachait pas ! On faisait de grands mariages, des processions dans toute la ville pour la fête de la Vierge… Les musulmans ne disaient rien. Il n’y avait aucun problème. Il parait que maintenant ce n’est plus possible. Même les musulmans, qui ont vécu avant, vous disent que la vie n’est pas la même. Les frères musulmans sont beaucoup plus nombreux en ville. Un jour j’ai rencontré un homme qui m’a dit « Paulette les gens comme toi et moi il n’y en a plus. La vie a changé. Tout a changé. »

sos chretiens orient egypte alexandrieQuels ont été vos plus beaux souvenirs à Alexandrie ?

Vous savez j’ai eu une vie assez fatigante, un peu tourmentée, alors je n’ai pas vraiment de bon souvenir. J’ai été un peu malmenée par la vie. J’ai vu des personnes que j’aimais beaucoup souffrir. J’ai perdu mon père très jeune, mes grands-parents aussi. Je ne me sentais pas à ma place. Il fallait que j’aille en Europe je pense, grandir avec des personnes comme moi. J’aurai aimé grandir dans un pays chrétien, avec des prêtres qui nous donne des conseils. Si j’avais été davantage accompagnée, j’aurais été une autre personne. Mais ici on ne voyait les prêtres qu’à la messe.

Vous êtes-vous mariée ?

Oui, et ça a été un grand malheur ! Mon papa est mort lorsque j’avais 16 ans. J’étais très malheureuse. Ma mère était très jeune et elle avait peur de se retrouver seule avec moi, c’était une grande responsabilité. Alors, sur les conseils de sa cousine, elle m’a fiancé au meilleur ami de mon défunt père qui avait 20 ans de plus que moi. C’était un homme très bon mais ce n’était pas un homme pour moi. J’étais si jeune, je n’ai pas su dire non et ça a eu des conséquences désastreuses. Des années après j’ai voulu divorcer, mais que serais devenu mon fils ? Je ne pouvais pas l’abandonner comme ça, et puis j’étais trop bonne chrétienne pour séparer ce que Dieu à uni.

Pourquoi vos petits-enfants sont-ils partis travailler à l’étranger ?

C’est à cause de la religion je pense. Ce n’est pas tous les jours facile d’être chrétien. Ils sont constamment discriminés à l’embauche. Surtout que la religion apparait sur la carte d’identité. Ils se sentent mal à l’aise je crois…

sos chretiens orient egypte alexandrie volontaireCela fait bientôt un an que les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient viennent vous rendre visite plusieurs fois par semaine. Que vous a apporté leur venue ?

De la joie bien sûr ! Vous savez cela fait vraiment plaisir d’avoir une visite dans la journée, ça met du baume au cœur. Parce qu’ici on est dépendant des autres, on ne se sent plus utile. Pour des personnes qui ont eu une vie très active c’est difficile. Merci pour votre soutien et vos prières.

Les Egyptiens ont tous une histoire à vous raconter, ne vous contentez pas de la lire, rejoignez-les pour les entendre.